vendredi 7 décembre 2018

Anne Quéméré "L'homme qui parle juste."



Vous avez aimé lire Jack London "L'appel de la forêt" "Croc-Blanc." vous devriez aimer "L'homme qui parle juste", j'étais captivée par ce récit.
Anne Quéméré est une navigatrice de l'extrême. Finistérienne, de Quimper.

"La première fois que j'ai posé le pied sur le sol dénudé des Territoires du Nord-Ouest, je ne savais pas ce que j'allais trouver. Alors que je déambulais dans le hameau de Tuktoyaktuk, j'arrivais devant un étonnant bateau en bois, à ses pieds une sépulture où un nom était inscrit, Father Robert Le Meur 1920-1985. Ma curiosité était piquée..Un Breton enterré à Tuktoyaktuk, il fallait que j'en sache plus.."

Aidée par la famille de Robert Le Meur, ses neveux, par Sister Faye qui lui a ouvert la mission de Tuktoyaktuk, par Charles Arnold spécialiste des sociétés inuites, Anne Quéméré a pu écrire ce bouquin, la vie du Père oblat Robert Le Meur parti vivre dans le Grand Nord à l'âge de vingt-cinq ans. Evidemment, elle a dû combler des blancs.

Robert Le Meur quitte sa Bretagne natale à la fin de la guerre, en juillet 1946, il traverse l'Atlantique à bord de l'Oregon, arrive à New-York, descend le fleuve Mackenzie à bord du Sant'Anna, d'autres étapes, il arrivera deux mois plus tard à Tuktoyaktuk sans avoir la moindre idée de ce qui l'attend, mais il reste serein, il va vivre ce qu'il souhaitait, conscient d'avoir laissé une vie derrière lui, sa famille, sa terre bretonne à laquelle il était profondément attaché. Il voulait vivre ailleurs, un ailleurs qui l'attendait.
Il découvrira la langue, la construction des mots interminables, les enfants inuvialuits et en particulier An'ngik, un enfant qui a "le regard empreint de la tristesse qui ne le quitte jamais." Cet enfant le ne quittera pas, nous le retrouverons beaucoup plus tard dans le livre, à Vancouver.

J'espère vous avoir donné l'envie de lire ce livre, vous découvrirez la vie rude de ce peuple, leur hospitalité, la nature impitoyable, les Inuits doivent l'affronter pour vivre. Leur dépendance aux animaux pour survivre. Les femmes et les hommes ont ou avaient des rôles bien définis. Un peuple pacifique et doux.
J'avoue une chose, leur façon de se nourrir n'est pas tout à fait de mon goût, mais lorsque nous avons faim....


"Et parce qu'en Arctique on n'a pas d'autre choix que "d'être ce que l'on est", ceux dont il partageait la vie le nommeront Oqayuyualuk, "l'homme qui parle juste". Un bel hommage à celui qui a défendu un des peuples les plus isolés de notre planète. 

J'ai trouvé ce livre chez Easy-Cash, pour un prix dérisoire, il a été édité chez Arthaud en février 2018, il ne doit pas exister en poche.
J'ai beaucoup aimé ce livre.

Bye MClaire.

mercredi 28 novembre 2018

"Les délices de Tokyo" Durian Sukegawa



Vous avez peut être vu le film tiré de ce roman. Je ne connaissais pas le livre et je n'ai pas vu le film.
Un petit livre lu assez vite, c'était délicieux, une histoire de pâtisserie, de haricots rouges qui vont créer des liens entre celui qui tient la boutique de dorayaki et une vieille femme qui un jour se présente à lui pour lui apprendre la cuisson des haricots rouges. Une vieille dame qui a des doigts déformés, pleine de mystère, elle parle aux haricots "écoute la voix des haricots azuki."

Sentarô, le gérant de la boutique, a eu une vie un peu compliquée, il a connu la prison, en sortant il y a eu la chance d'avoir une proposition, tenir la boutique d'un homme en fin de vie. Sentarô vendra et fabriquera les dorayaki, pâtisseries japonaises, un genre de pancake farci avec une pâte sucrée de haricots rouges
Une vieille dame, Tokue Yoshii, l'observe depuis la rue, elle ne bouge pas jusqu'au moment où elle se présente à lui, elle a lu la petite affichette collée à la vitre, Sentarô recherche un employé et elle a toujours rêvé de confectionner sa pâte de haricots pour régaler les clients d'une boutique.
Sentarô cède, il veut bien l'embaucher mais elle devra rester dans l'arrière boutique, il ne veut pas que la clientèle voit ses doigts déformés. 
Ce sera le succès, les clients feront la queue pour se faire servir, jusqu'au jour où le mystère de ses doigts déformés sera révélé à Sentarô, Tokue a eu la maladie de Hansen...

Ce roman est à déguster comme les petites pâtisseries japonaises. La cuisine est un acte d'amour, faire plaisir en se faisant plaisir. J'ai aimé cuisiner pour ma famille, j'étais heureuse en les regardant dévorer un plat, un gâteau, j'ai compris Tokue qui surveille avec tendresse sa pâte sur le feu, la cuisine est de la chimie.
Ce n'est pas que ça, c'est aussi la belle histoire d'une amitié entre deux êtres qui n'ont pas été épargnés. Un homme solitaire et une femme qui a dû quitter sa famille, son village où poussait une multitude de cerisiers si beaux au moment de la floraison. Elle avait 14 ans. 
Une très belle leçon de vie. Une histoire de transmission, de tolérance, les souffrances de la solitude. 

J'ai appris les conditions de vie au Japon des malades atteints par la lèpre. L'exclusion même lorsqu'ils sont guéris.
"Pouvoir franchir la haie de houx et se promener en ville. Pouvoir prendre le bus ou le train. Pouvoir voyager si l'envie m'en venait. C'était bien sûr une grande joie. Je n'oublierai jamais l'instant où j'ai pu sortir, au bout de cinquante années. Parce que tout brillait de mille feux. Mais, à force de marcher, j'ai compris quelque chose. Où que j'aille, je ne connaissais personne, je n'avais pas de famille non plus. Où que j'aille je n'étais qu'une anonyme égarée dans un pays inconnu.
Il était trop tard, voyez-vous. J'étais trop vieille quand la liberté m'a été donnée."

J'ai toujours eu envie de connaître le Japon, un pays qui me semble plein de délicatesse, de mystère, d'art de vivre, si loin de l'Occident. Je me trompe?

Ce livre est en poche, ne vous privez pas de sa lecture.

Bye MClaire.


mercredi 21 novembre 2018

Yasmina Khadra "Khalil"



















J'ai lu une dizaine de bouquins écrits par Y.Khadra, un seul et c'était le dernier lu "Dieu n'habite pas à la Havane" était à mon avis moins réussi, je n'avais pas aimé, il manquait de souffle. Si vous ne connaissez pas cet auteur, il faut commencer par "Les hirondelles de Kaboul" ou "L'attentat".

http://gazettemarieclaire.blogspot.com/2017/03/  "Dieu n'habite pas à la Havane"



J'ai aimé "Khalil" j'ai retrouvé l'écrivain qui me plaît, celui qui réussit à vous captiver au point de ne pas lâcher le livre, tous les mots sont justes, l'écriture est belle et pourtant simple. Ce roman est écrit à la première personne "Je" un livre d'imagination mais inspiré d'événements réels, alors nous y croyons, le parcours du terroriste est certainement celui des kamikazes qui ont ensanglanté Paris le 13 novembre 2015.

Khalil habite Bruxelles, le quartier de Molenbeek, désoeuvré il passe ses journées à errer dans ce quartier et finit par fréquenter avec assiduité la mosquée, écoute l'imam, c'est là que tout commence pour lui et pour Driss son ami depuis toujours.
Ses parents sont marocains, le père boit beaucoup, tient un petit commerce de légumes, la mère soumise rêve toujours de son Rif, elle est sans repères, met au monde des enfants dans un appartement vieillot, la mère se fait maltraiter, ce quartier est loin du vivre-ensemble des quartiers populaires. Khalil a une soeur jumelle Zahra, leur relation est fusionnelle.
" Mes mésententes avec mon père venaient principalement de là : je lui en voulais à mort de traiter ma mère comme une bête de somme. "
"Il ne s'agit pas de comment ça finit, mais de comment ça commence. Il suffit de bien peu de chose pour que l'on dégringole dans l'estime de soi. Et alors bonjour les dégâts. Tout part en vrille, ça paraît dérisoire, pourtant ça te fout l'existence entière en l'air. Il n'y a pas plus fragile qu'un apatride, Moka."

 Khalil ne peut que constater, il rêve d'autre chose, il sera la proie rêvée pour les prédicateurs, il sera celui qui partira vers Paris avec Driss son ami d'enfance, il devra se faire sauter à la sortie d'une bouche de métro le jour d'un match, sauf que tout ne se passera pas comme prévu, sa ceinture d'explosifs restera inactive...Khalil n'atteindra pas le Paradis promis par l'imam, il lui restera à vivre la suite de cet acte manqué..

Je ne doute pas que vous aurez aussi envie de lire la suite de ce roman. Ce livre est écrit avec beaucoup de tolérance, sans les clichés habituels, les bons et les méchants.
L'auteur est impartial, jamais moralisateur, il va directement à l'essentiel. Combien de "Khalil" dans le monde sont prêts à se sacrifier pour une cause qui les dépasse? Certains jeunes sont fragiles.
J'ai aimé l'amitié qui lie trois garçons si différents, Khalil, Driss qui sont unis par le désamour des mères, des parents qui ne se sont jamais occupés de leurs enfants, des enfants qui perdent leur identité, qui ont la sensation de ne pas exister et Rayan qui au contraire a une mère aimante qui fera tout pour que son fils réussisse ses études, Rayan qui restera celui qui compte pour Khalil dans des moments difficiles. Belle histoire d'amitié. 

Une chose à ne pas oublier, Yasmina Khadra a été militaire en Algérie avant d'entamer une carrière d'écrivain, militaire pendant une dizaine d'années, période noire de l'Algérie, il a dû combattre les islamistes, il sait de quoi il s'agit, ce qui nous fait admirer un peu plus son impartialité.

Lisez Y.Khadra.  Bye MClaire. 












mercredi 14 novembre 2018

"Une vie de garçon" Olivier Papleux














J'ai déjà eu l'occasion d'écrire ce que je pensais d'un bouquin d'Olivier Papleux "La trappe aux oiseaux"

http://gazettemarieclaire.blogspot.com/2016/02/olivier-papleux-la-trappe-aux-oiseaux.html

Son éditeur Poussière de Lune vient de publier son dernier roman "Une vie de garçon". Je l'ai lu, j'ai aimé l'histoire amoureuse de Xavier, sans doute parce qu'il n'est qu'un personnage de roman, mais je me trompe peut être, il doit exister des Xavier partout dans le monde, en Belgique aussi, oui, non?

J'ai souri ou ri dès les premières pages, très bon signe. Ce petit garçon qui naît le jour où Mont-de-Marsan gagne son seul titre de champion de toute l'histoire du rugby, ce petit garçon n'était pas attendu, cela devait être une fille, pour Ysabel tout était prêt, chaussons, bonnet, robe, évidemment de couleur rose.
Le pendule de la mamie s'était trompé.

Pas de prénom choisi, il avait fallu se mettre d'accord :
"Boudu, Laurette, tu me les rasques! Puisqu'on est pas d'accord, on n'a qu'à le déclarer sous X, ce cochou." XY.
Oui, la testostérone avait bien agi sur son Y, le zigouigoui était en forme.
D'où le prénom Xavier, Xavier Pépillou.
La naissance de Xavier avait été fêtée
"J'offris un regard à la vie, si beau et craquant dans ma petite robe brodée de rose" Tout semblait parfait..

Les origines de la famille : Toulouse où vivait le père, Condom ville d'origine de la mère "ce qui ne l'avait pas empêché de tomber enceinte très vite."
Les parents de Xavier emménagèrent à Couyrasse.
Le papa était un pur gascon, il ponctuait toutes les fins de ses phrases de "con", ce "con" est amical dans le midi.

Xavier grandit, très tôt il sera fasciné par les femmes, sa maman, la Vénus de Lespugue qui obligera ses parents à consulter un psy, des passages dépressifs, des convulsions surgissaient s'il ne voyait pas la statuette.
Xavier ne marchait plus, il avait deux ans, il prolongeait le contact physique avec sa mère, se glissait sous la table pour zieuter les jambes de l'invitée, une copie de la Vénus lui rendra le sourire.
Vous avez compris, Xavier était l'enfant qui allait devenir l'homme amoureux des femmes, il avait découvert que "son petit bâton de sorcier" réagissait, il ne lui restait plus qu'à découvrir celle qui le rendrait heureux. La quête n'avait pas été facile, elles seront nombreuses celles qui traverseront sa vie, jupon, sourire, joli minois, prénoms, notes de musique, le mettront en émoi, exalté, il cédera à toutes ou elles lui céderont facilement.
Il sait être très romantique, peut écrire des jolis poèmes, ne pas conclure, les élans sentimentaux lui suffisent quelquefois. "Après quelques séances (de yoga) le découvris la capacité de la pensée à (é)mouvoir à distance mon petit boudha.." 

"Lorsque je contemplai la femme du boulanger, je manquai d'air. Haletant, je l'interpellai, comme affamé. Je lâchai, telle une inspiration :
"Auriez-vous, bien au chaud, deux jolis petits pains au lait?"

Il se mariera très vite avec Fatiha, algérienne, hôtesse de l'air, ils auront des jumeaux qu'il faudra faire garder par une babysitter, quelle erreur, ce sera la fin de leur mariage. 

Il était dans la force de l'âge, il redeviendra "un obsédé romantique" pour lui la femme sera toujours sacrée.
Il avait connu Béatrix en Belgique à l'âge de huit ans, le hasard fera qu'il la reverra plus tard.. Elle aimera "son beau Gascochon" il l'aimera jusqu'à la fin.

J'ai aimé Xavier, il est fragile, touchant, il fait partie de ces hommes qui se font tout pardonner.
"Heureusement, en ce début de troisième millénaire, il n'était plus obligatoire de paraître macho. Au contraire, l'époque était au raffinement. Les mannequins avaient une démarche de garçonnes, les hommes au foyer ne faisaient plus sourire et même les footballeurs se féminisaient en faisant du banc solaire, en se rasant les jambes ou en se teignant les cheveux. J'avais lu que les humains mâles devenaient plus paons qu'hyènes, car les femmes n'avaient plus peur d'être célibataires. Dès lors, les hommes devraient beaucoup plus séduire que protéger."
Compris?

J'ai demandé à Olivier s'il avait vécu dans le Sud-Ouest, oui il y a passé 52 étés, dans le même camping que Xavier? La description de la région, des gascons est parfaite "le pays des conteurs de carabistouilles"
J'ai aimé l'histoire. Xavier n'est jamais irrespectueux "le culte de la Déesse-mère...cette part de la Déesse-mère lascive et bienveillante qu'il recèle en lui."
J'ai très souvent souri.

A mon avis, une chose est dérangeante dans ce roman, l'abondance des références littéraires et les paroles des chansons, l'histoire est vraiment agréable à lire, bien écrite, assez littéraire, elle pouvait très bien se passer de ces références qui encombrent le livre.

Je souhaite à ce roman d'être aimé par un maximum de lecteurs, l'auteur est belge, la maison d'édition aussi, mais il est possible de se le procurer en France. Olivier a une page Facebook, la maison d'édition aussi.

Bye MClaire.













mardi 6 novembre 2018

Guillaume Musso "La jeune fille et la nuit"




J'ai lu un livre de G.Musso, il y a très longtemps, j'ai lu deux livres de M.Levy, il y a aussi très longtemps, j'ai lu quelques livres de M.Bussi, il n'y a pas longtemps, je ne le lis plus.
Il se passera certainement des années avant d'en lire un autre, ma mémoire sera peut-être défaillante? Ce n'est pas du snobisme, pas du tout, je comprends très bien que d'autres lecteurs apprécient, G.Musso est l'écrivain le plus lu dans l'hexagone. Je n'aime pas.

Je ne l'avais pas acheté, c'est un prêt. Je l'ai commencé, j'ai persisté et finalement je l'ai refermé, mis de côté. Je n'aime pas laisser un livre en plan, je l'ai souvent dit, j'attends toujours le moment où il va me plaire. Je le regardais et je l'ai repris, je compare mon attitude à une histoire d'amour, si vous trouvez que l'autre a vraiment trop de défauts, vous pouvez le laisser et finalement renouer, mais les défauts seront toujours présents, un livre qui démarre mal et qui sera abandonné sera toujours une histoire d'amour ratée.

L'histoire :

Thomas est écrivain, il vit aux Etats-Unis, ses parents habitent toujours la Côte d'Azur.
Une réunion d'anciens élèves sur le campus le ramène en France. Ils étaient trois amis, Maxime, Fanny et Thomas, il y avait aussi Vinca, une jeune fille qu'ils ne reverront jamais, personne n'a jamais réussi à élucider la disparition de Vinca, ni celle d'Alexis qui a aussi disparu, Alexis prof de philo aurait eu une liaison avec Vinca..
Un lourd secret lie Maxime et Thomas, Fanny a aussi le sien.
Les parents de Thomas étaient proviseurs du lycée, Thomas vivait sur le campus. Ils étaient là lorsque le gymnase a été construit 25 ans plus tôt par Francis Biancardini, important entrepreneur de la région,  les murs de ce gymnase renferment deux cadavres et ce gymnase doit être détruit.

A vous de décider si ce livre vous passionnera en lisant la suite de l'histoire.

La Côte d'Azur est bien décrite, c'est là que Guillaume Musso a grandi.
A mon avis le livre part un peu dans tous les sens, l'intrigue est bien là, les rebondissements aussi mais je ne suis pas arrivée à le trouver passionnant. L'écriture est banale, trop de références à des auteurs célèbres, des citations.

J'ai bien aimé la citation d'Anthony Burgess :
"Il y a des moments où il y a ni beauté ni bonté dans la vérité"

Bye MClaire.







mardi 30 octobre 2018

Jacques Expert "Sauvez-moi"






Je ne lis pratiquement jamais des romans policiers, des San-Antonio dans ma jeunesse, c'est tout.
Je ne sais pas ce qui m'a poussé à acheter ce bouquin, l'auteur peut-être, journaliste à la télé, j'aimais beaucoup, un vrai pro. Je ne savais pas qu'il écrivait.
Je n'ai pas été déçue, mais pas du tout, au contraire, ce livre vous tient en haleine du début à la fin, pas envie de le lâcher, avancer dans ma lecture pour enfin connaître l'assassin, nous ne devinons jamais qui tue, nous pensons être sur la piste et puis non, alors qui? Ce n'est pas qu'un thriller, c'est aussi un bouquin qui analyse la psychologie des flics, des juges, des commissaires, nous vivons avec eux au 36 Quai des orfèvres. C'est aussi un roman qui nous fait prendre conscience qu'à tous les moments de notre existence, nous pouvons être des victimes d'une erreur judiciaire parce qu'un instant nous avons fait confiance à quelqu'un.

L'histoire :
Nicolas Thomas est libéré, il passe les portes de la prison de Clairvaux, il avait été condamné à mort et gracié par le Général de Gaulle après avoir sauvagement assassiné quatre femmes, ça c'est que la justice lui reproche, il a toujours clamé son innocence.
Après vingt-neuf ans de prison, il obtient sa liberté conditionnelle, on lui a trouvé un employeur en Normandie, il doit se présenter à la gendarmerie chaque semaine.
Le commissaire divisionnaire Sophie Ponchartrain avait obtenu ses aveux. Pendant des années elle recevra du courrier "Sauvez-moi". 
Nicolas Thomas en liberté, aussitôt les meurtres recommencent, la même façon de tuer. Nicolas Thomas ne s'est jamais présenté à son employeur, il s'est évaporé dans la nature..

C'est un roman policier, je ne vais tout de même pas vous raconter l'histoire complètement, ni la fin... Alors lisez-le.

J'ai aimé le rythme de l'écriture, pas un moment d'ennui, l'auteur arrive à nous faire aimer Nicolas Thomas, ce jeune homme aux yeux bleus que la vie n'a pas gâté, nous voulons qu'il soit innocent malgré quelques ambiguïtés. Il est entré en prison illettré, il en ressort cultivé. 
J'ai détesté très vite cette Sophie Ponchartrain, manquant de patience, autoritaire, arrogante, exigeante, tête à claques que les policiers craignent, en douce ils l'appellent Pimpon mais ils ne mouftent pas lorsqu'ils sont face à elle.
Il y a aussi son assistante, la douce Rachel complètement soumise à sa patronne, admirative.
Tous les personnages sont bien décrits.
Nous pouvons nous poser des questions sur ces interrogatoires. Nous pouvons nous demander combien d'innocents croupissent en prison alors qu'ils clament leur innocence. Cela doit être un peu moins vrai de nos jours, la science a fait des progrès, elle peut fournir des preuves.

-Je vous demande de ne pas me tutoyer, répète obstinément Chambaraud, comme si c'était sa seule défense.
-Je te tutoie si je veux!
-Dans ce cas, je ne répondrai à aucune de vos questions, en attendant quelqu'un de plus respectueux que vous.
Dupouy a sorti son arme et l'a collée contre sa tempe.
-Et là aussi, tu ne répondras à aucune question, ordure ?
..
-Vous ne me faites pas peur.
-Ah oui? Je dirais que tu as tenté de me reprendre mon flingue. On me croira puisque tu ne seras plus là pour raconter le contraire! et ça me fera un bien fou...
-Ne me tutoyez pas!

Pourquoi tutoyer? Le tutoiement peut être amical ou la forme d'un profond mépris.

Un bémol, j'aurais bien voulu savoir où se rendait Sophie Ponchartrain chaque nuit...Rien sur ce détail.

La prison vétuste de Clairvaux fermera définitivement en 2022.

Je vous recommande ce bouquin, vous passerez un excellent moment, d'accord, vous ferez peut être un cauchemar, vous entendrez une porte s'ouvrir pendant votre sommeil, vous attendrez qu'une main vous saisisse dans la nuit après avoir repéré quelqu'un qui vous suit.....

Bye MClaire.

mardi 23 octobre 2018

"La tour abolie" Gérard Mordillat.








Vous avez peut être vu "Vive la sociale" à la télé, le film est sorti en 1983, vous avez peut être lu "La brigade du rire", deux exemples parfaits de l'univers Gérard Mordillat. Il est de gauche, même très à gauche, il a du talent.
Je n'écarte jamais les livres des gens de droite ou de gauche s'ils ont du talent.
J'avais beaucoup aimé "La brigade du rire", j'ai acheté "La tour abolie" en poche.

En haut de la tour Magister, trente-huit étages, qui pourrait se situer dans le quartier de la Défense, une grande compagnie d'assurances, tout son état major travaille là, son but le profit.
Des bureaux occupés par Nelson, William, Quentin, Xavier, Frédéric, Gladys et le Président Robsen. Ils sont des cadres supérieurs rémunérés deux cent cinquante mille euros plus les bonus :
"Les bon, vous les notez mal et vous les payez très bien. Les mauvais, au contraire, vous les notez très bien et vous les payez mal.."
"Le mauvais bien noté mais mal payé sera une proie offerte à nos concurrents. Ses notes témoigneront d'une excellence (factice) et son salaire d'une injustice. On se le fera piquer sans problème! Ce qui aura le double avantage de nous débarrasser d'un naze et d'en fournir un à la concurrence..."
Le cynisme règne.

A l'accueil, Peggy, blonde, bien en chair, minois de poupée et pas farouche. 
Les épouses des cadres supérieures ont aussi une vie un peu agitée, il faut bien s'occuper lorsque les maris sont souvent absents !! Vies privées difficiles.

Dans les sous-sols et les parkings, des misérables et Peggy qui dort là dans une voiture, avec son frère qui est un illuminé. Peggy prend tous les jours le RER pour tromper le personnel, elle revient lorsque plus personne ne risque de la surprendre. Peggy n'a pas les moyens de payer une location.

Deux mondes qui ne se côtoient jamais, la police vient quelquefois vider les lieux à grands coups de Karcher, mais ils reviennent, il y a des Popovs, les Rats, les Zombies, des drogués, des ouvriers sans papier qui travaillent sur les chantiers et qui se nourrissent avec les déchets du self, la cantine qui ne rapporte pas assez et qui doit être supprimée pour laisser la place à un Fitness plus rentable. La révolte viendra de là, les containers sont aspergés de javel et le self doit fermer.

Le décor est planté. 

Je suis partagée, j'ai aimé et moins aimé.
J'ai aimé les passages qui décrivent notre monde, les très nantis et les misérables, ceux qui consomment et ceux qui n'ont rien, l'auteur sait manipuler les mots, il décrit très bien le monde des grandes entreprises, plus aucune humanité que du profit. Les cadres supérieures ne voient rien arriver, ils sont manipulés et arrivera la grande remise en question.
Tout s'effondrera, le feu embrasera le trente-huitième étage.
Un feu d'artifice.
J'ai aimé Thelma, la femme de William, cadre chez Magister, Thelma écrit un blog, une révolutionnaire qui se contrefiche de ce que pourrait penser la direction de Magister. Elle soutient les sans-papiers, les marginaux. Une femme forte.
"Vous savez quel est le mal du siècle?
L'indifférence, dit Thelma. Tout le monde ferme les yeux, tourne la tête et se tait devant l'horreur du quotidien comme si cela suffisait pour être épargné."

J'ai beaucoup moins aimé les passages très crus, les mots grossiers prononcés par la faune. L'auteur n'était pas obligé de les transformer en animaux sans pudeur pour rendre son livre intéressant. J'ai souvent hésité à poursuivre ma lecture et le passage suivant me réconciliait avec le livre.

Alors quel conseil donner? Vous pouvez aimer, le style est tout de même flamboyant, l'histoire très intéressante, le destin des personnages peut concerner chacun de nous, vous pouvez être au sommet et plonger dans un abîme de misère, Nelson un cadre connaîtra la rue, la faim, la folie.
G.Mordillat dépeint très bien notre société, il y a du rythme, autant de choses qui peuvent vous décider à le lire.

Bye MClaire.