dimanche 15 janvier 2017



Si vous êtes hésitante ou hésitant devant les livres étalés chez votre libraire, prenez celui-ci et je vous promets que vous ne serez pas déçus.
Un premier roman très réussi, une écriture simple qui nous touche au premier regard, dès la première ligne.

L'histoire :

Une lignée de femmes fortes, quatre femmes tchèques, Marie qui tient les rênes de cette famille, mère de Magdalena, première bâtarde, Marie a eu cette enfant avec le médecin juif chez lequel elle travaillait, c'était à Vienne,  elle l'aidait lorsqu'une femme accouchait, un peu infirmière, un jour lâchement le médecin est parti avec femme et enfants sans la prévenir en lui laissant une enveloppe qui contenait un peu d'argent, il craignait la montée du nazisme
Elle se réfugiera dans un village perdu avec sa petite fille.
Magdalena sera la deuxième à avoir un enfant de père inconnu, inconnu pour le registre de la mairie mais pas pour elle, Libuse est la fille du fils du patron chez qui elle travaillait, Josef. Josef, son premier amour qui lui aussi fuira la région, l'annexion de la Tchécoslovaquie par les nazis, et surtout fuir les réformes agraires qui se dessinent.

Magdalena se mariera contre son gré avec un boiteux alcoolique et violent, il fallait un père.

Libuse à son tour sera enceinte de, enfin on ne sait pas trop, un allemand, le boiteux violent et violeur ou d'Antonin son ami depuis toujours chez qui elle va chercher de l'affection le soir de son viol.
Libuse subira le joug du communisme.
Eva naîtra, elle aura 20 ans en 1989, l'année de la chute du mur de Berlin. Une autre époque.

Elles n'ont pas honte d'être des bâtardes, elles développent une combativité qui les fait marcher tête haute. 
Marie à inculqué à cette lignée de femmes, une ligne de conduite, ne jamais baisser la tête, ne pas tenir compte des moqueries à l'école, dans le village les gens parlent, il y a du mépris, ce n'est pas important, il faut surtout qu'elles gardent toujours le goût de la liberté.
Marie n'est pas une femme tendre, les câlins sont rarement au rendez-vous, mais c'est une femme forte, le personnage central du roman.

"Je hais ma mère profondément à ce moment-là, d'autant plus qu'elle m'est indispensable (...) Je hais ma mère autant que je l'aime."

Magdalena accouche de son enfant dans les bras de Marie.
La détresse de Magdalena :
"Je suis sûre qu'elle entend encore mon premier cri. Quand elle pense à moi, elle l'a dans les oreilles, il ne peut pas en être autrement. Et moi, je ne sais toujours pas il elle m'aime ou si elle me hait."

J'ai aimé ce roman parce qu'il nous fait aussi traverser toute une période de la Tchécoslovaquie, des années 30 aux années 90, la grande Histoire et les petites histoires.
Un pays sans mer, un pays que j'ai envie de visiter.
L'absurdité des réformes agraires, la réquisition de cette pauvre vache.

J'ai aimé la description de la nature, du monde paysan. J'ai perçu un petit air de Maupassant lorsqu'il écrivait ses nouvelles.

Les scènes de broderie dans cette petite maison, des moments privilégiés.

Je vous conseille de découvrir ces beaux portraits de femmes et certains des personnages secondaires qui sont vraiment très attachants.

Une recommandation de Marie qui peut aussi nous concerner tous :
"Ne laissez jamais les gens avoir pitié de vous. La pitié est ce qui se change en haine le plus rapidement...."

Lisez-le, c'est presque un ordre... Merci à Michelle qui m'a fait découvrir ce livre, je ne sais pas si je vais la remercier pour le prêt du dernier bouquin d'Amélie Nothomb, je ne l'ai pas encore lu !!

Bye MClaire.



dimanche 8 janvier 2017


Un matin, il y a quelques jours, j'écoutais F.Inter, Amélie Nothomb était invitée. Elle est amusante lorsqu'elle est interviewée, elle peut dire des horreurs avec un ton  tout à fait normal.
J'aurais dû me méfier lorsqu'elle a raconté qu'elle avait tué un enfant, elle détestait un garçon de sa classe et toute la nuit elle avait souhaité sa mort, le lendemain en arrivant à l'école, elle avait appris que l'enfant était vraiment mort. Elle se croyait responsable. 
Le journaliste avait eu une hésitation avant de continuer, un peu surpris lui aussi.

Je n'avais jamais lu cette écrivaine atypique, je n'y pensais pas et j'étais certaine que ses bouquins ne me plairaient pas. J'avais raison. Après l'interview j'ai eu une légère envie de la lire, très légère, ce n'était pas une obsession. Je suis allée à la Fnac acheter le livre de L.Gaudé et j'ai mis la main sur celui d'Amélie Nothomb "Pourquoi pas, je ne risque rien, il est en poche, si je n'aime pas, pas de regrets."

"Hygiène de l'assassin." est son premier roman, un scrabbleur m'a dit que c'était le meilleur.

L'histoire :  un écrivain célèbre Pretextat Tach, prix Nobel de littérature, va mourir, il est atteint d'un cancer rare. Obèse, laid, impotent, faire des courses pour s'alimenter, nourrir ce corps énorme, sont ses seules sorties. Il va donner des interviews à quatre journalistes, fait rare.
Trois se font éconduire sans délicatesse, il méprise les gens, il les écrase de son mépris et il est persuadé qu'aucun n'a lu ses livres, seule la dernière journaliste saura lui tenir tête, une femme, il ne supporte pas les femmes, des êtres malfaisants qui devraient mourir dès que leur puberté fait son apparition. Conversation musclée, il sera obligé de livrer son secret, la journaliste a fait une enquête.

Dialogue entre le prix Nobel et la journaliste.

- Féministe, moi ? Je hais les femmes encore plus que les hommes.
- Pourquoi ?
- Pour mille raisons. D'abord parce qu'elles sont laides : avez-vous déjà vu plus laid qu'une femme ? A-t-on idée d'avoir des seins, des hanches, et je vous épargne le reste ?
Et puis, je hais les femmes comme je hais toutes les victimes. Une très sale race, les victimes. Si on exterminait à fond cette race-là, peut être aurait-on enfin la paix, et peux-être les victimes auraient-elles enfin ce qu'elles désirent, à savoir le martyre. 

J'ai trouvé ce personnage ignoble, vulgaire,aucun risque de s'attacher à lui. Il est d'une perversité rarement lue.
J'étais mal à l'aise en lisant ce roman. Je n'arrivais pas à entrer dans l'histoire, saisir toutes les subtilités de l'écriture qui sont pourtant bien réelles.
Le livre est bien écrit, pour mon goût un peu trop de mots savants complètement inutiles, l'histoire originale mais écoeurante, choquante, je n'ai pris aucun plaisir à la lire, j'avais raison cette écrivaine adulée par de nombreux lecteurs ne m'obligera pas à rajouter une étagère dans ma bibliothèque pour ranger ses nombreux livres, elle est prolifique, elle publie chaque année un nouveau roman.
Elle ne fera pas partie de mon univers de lectrice. Je dis souvent que je tâte les bouquins, je les hume avant de les acheter, j'avais dû le faire avec un livre d'Amélie Nothomb et j'avais dû le reposer, rien ne s'était passé.

Pour oublier cette mauvaise impression, je me suis aussitôt plongée dans un bouquin prêté par ma copine lectrice :
"Giboulées de soleil." de Lenka Hornakova-Civade, écrivaine Tchèque, premier roman, j'aime beaucoup. Trois femmes, Magdalena, Libule, Eva, de mère en fille, elles naissent de père inconnu, trois femmes fières et libres.

Bye MClaire.







lundi 2 janvier 2017

"Ecoutez nos défaites." Laurent Gaudé



Publié chez Actes Sud, j'aime bien la présentation des livres chez cet éditeur. Le livre est étroit et plus haut.

C'est le quatrième livre de cet auteur que je lis.
"La mort du roi Tsongor." "Le soleil des Scorta." qui avait obtenu le Goncourt (un Goncourt que j'ai lu, c'est rare."
j'avais aimé. J'avais adoré "Pour seul cortège." Alexandre le Grand et sa marche vers l'Indus.
J'avais écrit une gazette, si ça vous tente

http://gazettemarieclaire.blogspot.fr/2014/11/laurent-gaude-goncourt-pour-le-le.html

J'apprécie l'écriture de cet auteur, ses réflexions philosophiques, l'originalité de ses livres.

"Ecoutez nos défaites" est vraiment original, une construction pas banale. Des destins d'hommes célèbres et d'hommes de l'ombre. Laurent Gaudé entremêle la fiction et la réalité sans que jamais nous nous perdions.

La marche d'Hannibal accompagné de ses éléphants, il marche sur Rome. Il ne vaincra pas mais son nom restera à jamais dans l'histoire.
Le destin d'Hailé Sélassié, Empereur d'Ethiopie qui s'est battu et qui a perdu contre l'envahisseur fasciste. Sélassié et ses Rolls, ses bijoux, son peuple crevait de faim.
Le général Grant et la guerre de sécession. La fin minable de Grant "le boucher".
Assem Graïeb et Job, agents secrets, qui ont vu la mort de Khadafi, la mort de Ben Laden, tant de corps suppliciés, las de la folie des hommes à laquelle ils participent.
A chaque période du livre, les hommes ont été tués par milliers, les soldats se jetaient les uns contre les autres dans des corps à corps mortels.

Il y a Mariam, une archéologue irakienne qui cherche désespérément à sauver des oeuvres d'art avant que les islamistes détruisent tout. Mariam et Assem se rencontreront dans un hôtel, une nuit d'amour au milieu de ces massacres, ils savent qu'ils ne se reverront sans doute jamais. Une nuit d'amour, de douceur pour oublier l'horreur et il y a la petite statuette du dieu Bés, un Dieu monstrueux, nain épais, à gros ventre, nez écrasé, Mariam offre cette statuette à Assem pour qu'elle soit épargnée du pillage.

J'ai souvent vérifié sur Internet si le nom d'un village était réel, si le massacre des enfants dans  une école irakienne était vrai, je sais que des massacres ont vraiment eu lieu et existent encore, la télé n'est pas avare d'images, mais dans un lieu précis, je ne savais pas. 

Ce roman nous pose une question, comment peut-on se déclarer vainqueur après tant de vies sacrifiées, des corps mutilés, de ventres lacérés, des fleuves de sang, de terre rougie, imbibée par le sang.
Les personnages d'Assem et de Job m'ont vraiment touchée, même s'ils n'hésitent pas à tuer ceux qui sont les ennemis de l'Occident. Il y a toujours un moment dans notre vie où nous nous posons des questions sur nos actes.
"Nous n'étions que des hommes, il ne saurait y avoir de victoire, le désir, juste, jusqu'à l'engloutissement, le désir et la douceur du vent chaud sur la peau."

Mariam est aussi un beau personnage du livre, elle assiste impuissante à la destruction du patrimoine culturel de cette région du monde, Hatra, Mossoul, Palmyre, Bamiyan. 
Elle aussi se pose une question : fallait-il déterrer, violer les sépultures de toutes ces merveilles pour les exposer et finalement soient détruites plus tard, ne fallait-il pas mieux les laisser là où elles reposaient depuis si longtemps, loin de la rapacité des hommes ? Le passage du livre qui décrit la découverte des taureaux Apis est très beau. Le nom de l'archéologue Mariette sera pour toujours lié à cette découverte.

J'ai beaucoup, vraiment beaucoup aimé ce livre, sans doute parce que j'aime l'histoire et les épopées flamboyantes, même si à un moment le corps finit par s'incliner pour laisser la place à la mélancolie. C'est vrai, la victoire n'est jamais totale.

Bye MClaire.








lundi 26 décembre 2016


J'avais lu "Séduire Isabelle A." avec plaisir, j'ai trouvé chez Easy-Cash "Mer agitée à très agitée" du même auteur, toujours à un prix défiant toute concurrence, je l'ai acheté. Il attendait d'être lu, son moment est venu. Il était le dernier dans ma pile, je suis allée me réapprovisionner avec mes bons cadeaux et ma fournisseuse officielle Michelle doit avoir des livres à me prêter, en ce moment break de scrabble, les fêtes, nous ne nous voyons pas.

Ce livre a une jolie petite musique, nostalgie, la jeunesse, la vieillesse, la mer, la Bretagne, les vacances.

L'histoire :

Maryline a été un top-modèle vedette pendant les belles années, elle voyageait beaucoup, rencontrait des célébrités, faisait la fête, elle a connu William star du rock, il se droguait, commettait des excès, elle l'aimait, ils s'aimaient. Maryline a hérité d'une grosse bâtisse sur la côte bretonne, elle décidera de repartir dans ce village où elle a passé toute sa jeunesse et surtout éloigner William de ses démons, loin des paillettes du show-biz. Elle transformera la maison en chambres d'hôtes, William ne se droguera plus, boira beaucoup, il se liera d'amitié avec deux drôles de personnages de la station, Herr un antiquaire et Flag hypocondriaque. 
La découverte du cadavre d'une fille sur la plage en bas de la maison bouleversera le cours de leurs vies, à tous.
Surgit Simon le policier, ami d'enfance, premier amour de Maryline, il sèmera le trouble dans sa vie presque bien rangée, elle commençait à se lasser de William qui rentre souvent ivre. Simon sera là, à l'excès, pour lui redonner le goût de la passion. Jusqu'à quand ?
Dans cette grande maison vit la fille de Maryline et de William, une ado difficile un peu ronde Georgia, vit aussi pour quelques mois de vacances, Miss Meriman et Annick la femme de ménage.

Ce n'est pas un roman policier ou si peu, pas vraiment un roman d'amour, un mélange des deux que nous pouvons lire avec plaisir.

J'ai aimé les réflexions de Miss Meriman, sur la vieillesse, sur les couples :
"C'est affreux ces couples qui s'éteignent dès qu'ils sont seuls. il suffit qu'ils se sachent regardés et ils s'animent à la manière des automates. On s'éloigne et leurs mains retombent, mortes le long de leur corps."
Ne plus rien avoir à se dire doit être horrible.

"Avez-vous remarqué que nos états d'âme, nos émotions au moment où ils apparaissent et s'installent dans notre esprit sont des paysages avec leur lumière particulière, une densité propre et leur propre géographie ? Je suis vieille et je ne peux plus compter sur aucun de mes sens. Tout est devenu intellectuel. Il n'y a plus de coulisses, vous voyez ? ..C'est un prodige, vous savez, de rester gai et souriant après soixante-dix ans."
Je ne suis pas d'accord, j'ai plus et j'ai toujours envie de rire.

"Vous savez, ma chère, nous passons notre vie à protéger les autres d'eux-mêmes, à essayer de comprendre de quoi sont faits ceux que l'on rencontre. On finit toujours par s'apercevoir que les personnalités indéchiffrables le sont parce que nous ne parvenons pas à savoir comment eux nous voient."
Je suis d'accord, mais il arrive toujours un moment où nous lâchons prise, les autres sont moins importants, leur avis sur nous compte beaucoup moins, même plus du tout. La sérénité de la vieillesse pour certains.

Il y a aussi les tourments de l'adolescence qui sont très bien décrits.

La description de tous ces personnages est la réussite du livre, ils sont bien croqués. Maryline est une femme de son temps, est-ce qu'elle réussira à préserver l'équilibre de tous ?
Lisez ce livre si vous en avez envie, il oscille entre la comédie et le drame.

Bye MClaire..


samedi 17 décembre 2016

Karine Tuil - L'invention de nos vies.


"Avec le mensonge, on peut aller très loin mais on ne peut pas en revenir", énonce un proverbe yiddish 
Cité dans le roman.

Ce livre a été publié en 2013, il est en poche. Recommandé par un scrabbleur-lecteur. Je n'ai pas regretté une seule seconde de l'avoir acheté, je l'ai lu avec avidité, hier, je suis restée assise trois heures sans bouger, je lisais.

L'histoire :

Un trio, Samuel, Nina, Samir Tahar. Samuel et Nina s'aiment ou plutôt sont amants, il l'aime, elle un peu moins. Samir est l'enfant d'une femme de ménage d'origine maghrébine, Samuel est un enfant adopté par un couple d'intellectuels convertis au judaïsme, très pratiquants, la révélation de l'adoption de Samuel sera un choc terrible pour lui, il claquera la porte.  Ils vivent tous les trois dans une cité sous tension de la banlieue

Samuel doit se rendre en Israël, son père et sa mère sont morts dans un accident de voiture, ils voulaient être enterrés en Israël, il accompagnera les cercueils,  il confie Nina à Samir, il doit veiller sur elle pendant son absence, il a tort, une attirance physique irrépressible réunit Nina et Samir, Samuel enterre ses parents et Samir couche avec Nina, mais le retour de Samuel se transforme en tragédie, Nina doit faire un choix, Samuel menace de se suicider, elle restera pendant vingt ans avec lui par pitié. 
Samir s'éloignera, fera des brillantes études de droit à Montpellier, Nina restera son obsession mais il ne cherchera pas à la revoir. Il s'envolera pour New-York, 

Samir deviendra Sam Tahar, il a supprimé deux lettres à son prénom, se fera passer pour un juif séfarade, le nom Tahar peut être juif ou arabe, Sam trouvera du travail dans un grand cabinet d'avocats, Samir n'en trouvait pas, trop arabe. une carrière prestigieuse s'offrira à lui, il deviendra le meilleur avocat pénaliste de l'état de New-York il épousera une riche héritière juive, Ruth, il aura deux enfants. Une vie basée sur un mensonge débute. Sam se permet tout, sûr de lui, inconscient du danger, il peut être démasqué. Infidèle, séducteur, très sexe, manipulateur, un imposteur charmeur.
Il arrive à oublier sa mystification identitaire.
Nous ne pouvons nous empêcher de penser à DSK qui pensait n'être jamais puni.

Il a évincé sa mère Nawel et son demi-frère de sa vie, la seule chose qui le culpabilise, sa mère reçoit sa visite rarement, sa plus grande honte, une faute morale, chez eux la famille est sacrée, quant à son demi-frère il ne le connaît pratiquement pas, François, blond, peau claire, est l'enfant d'un député connu,  Nawel sa mère était femme de ménage chez lui, il ne le reconnaîtra pas, les abandonnera, surtout ne pas briser sa vie de famille bien ordonnée.
François sera celui qui mettra Sam en danger...Mauvaises fréquentations, embrigadement.

Samuel arrivera à l'âge de quarante ans, aigri, il voulait être écrivain, tout ce qu'il écrit est refusé par les éditeurs, il ne sera qu'animateur social, petite vie étriquée, incapable d'offrir à Nina la vie dont elle rêve, mais un soir, un reportage à la télé va bouleverser leur vie, Sam est interviewé par une grande chaîne de télé américaine, ils le reconnaissent, font des recherches sur internet.. Samuel comprendra très vite que Samir s'est emparé se sa vie pour construire la sienne.

Et il y aura Nina, la magnifique Nina.. Le trio se reconstituera et explosera une nouvelle fois.

Je n'en dis pas plus.

Ce que j'ai aimé :

Evidemment l'écriture, rapide, originale, forte, un style qui nous tient en haleine.
J'ai moins aimé les petites notes à la fin de quelques pages, elles me semblent d'aucune utilité, je n'ai pas tout lu.

Ce livre publié en 2013 raconte tous les maux de notre époque, le trafic de drogue aux portes des immeubles, la violence dans les caves, "les tournantes", les jeunes qui se laissent embrigader pour aller combattre en Afghanistan ou ailleurs et qui reviendront pour commettre le pire, qui n'ont pas peur de mourir. La discrimination dans la recherche d'un emploi. C'est aussi un roman social.

Les affres de l'écriture, j'avais lu un jour que le premier livre d'un écrivain est souvent l'histoire de sa vie ou de sa famille, souvent autobiographique. Samuel finira par être publié avec succès en racontant l'histoire de leur trio. Il faudra écrire un deuxième livre et cela deviendra très compliqué.

Cette cicatrice au cou que porte Samir et qui résume un peu son histoire, il a essayé de la faire disparaître mais elle est toujours là pour lui rappeler d'où il vient.

J'ai aimé la décision des deux femmes Nowel et Nina, devenir des femmes libres qui ne dépendront plus des hommes. Ne seront plus soumises à leur désir, attendre qu'ils les appellent, ces hommes qui sont souvent des pervers narcissiques, ils veulent des femmes dépendantes d'eux. Elles se libéreront.

Je ne suis pas arrivée à détester Samir, le charmeur, la fin du livre est belle, enfin il pourra être lui même.

Je pense avoir tout aimé dans ce roman, lisez-le.


Noël arrive, faites vous offrir des livres, j'ai souvent un bon d'achat de la FNAC, je vais choisir, le dernier roman de Karine Tuil peut être ?




Bye MClaire.







samedi 10 décembre 2016

"Ce pays qui te ressemble;" Tobie Nathan.



Le visage de l'auteur ne m'est pas étranger, nous avons dû le voir à la télé, je n'ai lu aucun livre de ce psychiatre et spécialiste de l'ethnopsychiatrie. 
J'ai lu "Ce pays qui te ressemble." avec beaucoup d'intérêt, un livre de 540 pages avec quelques longueurs, j'ai sauté quelques lignes, les prières revenaient un peu trop souvent, elles ne me semblaient pas indispensables à la compréhension du livre, mais si elles n'avaient pas été
 citées, l'histoire n'aurait sans doute pas eu toute sa crédibilité. 
Nous comprenons très vite que les habitants juifs d'un quartier du Caire pratiquaient un peu la sorcellerie, étaient très superstitieux, priaient sans cesse pour protéger l'un des leurs et si cela ne suffisait pas s'alliaient aux arabes pour que l'une des leurs enfante, stérile depuis trop longtemps.

C'est une saga qui débute dans les années 1920 et finit à la chute du roi Farouk, Nasser le chasse, en 1952. Un roman historique et un grand roman d'amour.

Zohar, le héros du livre, naît dans ce ghetto juif du Caire, sa mère est considérée un peu folle, sujette à des crises d'hystérie, mais Esther est une jeune fille flamboyante, elle épouse Motty qui est aveugle, un immense amour les réunira lui l'aveugle qui devine tout et elle qui sera la lumière de ses yeux. Elle ne sera pas enceinte pendant des années, une sorcière arabe lui permettra d'avoir un enfant après toutes sortes de rites.
Les mauvaises langues qui se réunissaient sur les marches de la ruelle dite du jeudi critiquaient beaucoup Esther, mais elles la craignaient aussi, elles pensaient qu'elle possédait des dons.
Lorsque Zohar naît, petit garçon chétif, Esther ne peut pas le nourrir, pas une goutte de lait, elle doit faire appel à une nourrice qui allaite Masreya, une magnifique petite fille qui aura une voix d'or et qui plus tard charmera le roi Farouk.
Les coutumes juives interdisent à deux enfants de lait de s'unir plus tard et pourtant Zohar et Masreya seront attirés l'un vers l'autre. La malédiction planera sur eux.
Zohar sera un enfant un peu bizarre pendant quelques années, il aura du mal à trouver sa place au milieu de ses deux parents qui s'aimaient tant. Il deviendra un jeune homme un peu taciturne mais "dégourdi", réussira dans les affaires, jusqu'à ce qu'il soit obligé de quitter l'Egypte, les juifs seront persécutés. Ils possédaient un passeport italien, fourni par les Italiens pour qu'ils acclament le maréchal Pietro Badoglio en visite officielle au Caire, en tendant le bras droit, habillés avec une chemise noire.
En fuite, en quittant l'Egypte, ils passeront tout naturellement par l'Italie.
Le roi Farouk adulé par son peuple lorsqu'il était plus jeune, sera détesté à la fin de son règne et obligé d'abdiquer en 1952.
Un pays où se côtoyaient toutes les religions, un pays envahi par les grecs, les turcs, les coptes, les juifs, les apatrides et qui sera à son tour victime des Frères Musulmans, de quelques fanatiques qui rendront ce pays dur, intolérant, déserté par les touristes plus tard.
Nino le jeune juif ami de Zohar se convertira à l'Islam, des pages sur la façon d'enrôler les jeunes "
– Notre prophète est un chef de guerre. Il nous guide par l’exemple. La communauté se réveillera par la guerre. Le djihad est l’exigence de la guerre… et la mort, notre plus fidèle alliée. – Que veux-tu dire ? – Il te faut comprendre, mon frère, si tu veux nous rejoindre. Notre amour de la mort, c’est la présence de Dieu. Tel est l’enseignement du Prophète. Et il répéta : – Tu dois aimer la mort !

J'ai aimé les paroles d'Esther ;
"Nous vivons près des Arabes comme un homme vivrait près de son foie. Leur Coran contient nos histoires et notre bouche est emplie de leur langue. Pourquoi ne sont-ils pas nous ? Pourquoi ne sommes-nous pas eux ?"
Question éternelle entre des peuples qui se ressemblent et qui n'arrivent pas à cohabiter.
Faux de croire qu'un pays ne peut vivre qu'habité par une seule communauté, nous avons besoin des autres.

Ce que j'ai aimé :

Apprendre et encore apprendre. Ce livre est un voyage dans une Egypte que je connais très peu, les livres d'histoire ne disent pas tout. L'occupation de l'Egypte par les Anglais qui voulaient grignoter sans cesse un peu plus de territoire.

En lisant les frasques du roi Farouk j'ai souri, les lectures de "Point de vue et images du monde" me revenaient en mémoire. Farouk fréquentait les actrices, les casinos, il était photographié. Il était devenu énorme.
Farouk avait eu un grave accident de voiture en Egypte et il n'était plus du tout le même après son séjour à l'hôpital, choqué. Je ne savais pas qu'il avait été cleptomane, il volait des objets précieux dans les maisons où il allait, au point que les propriétaires cachaient tout avant sa visite.
L'auteur nous fait découvrir les moeurs dépravées des puissants, le Shah d'Iran n'y échappe pas. 
Sa plume est quelquefois acérée.
J'ai aimé les odeurs, les parfums, la douceur de vivre dans cette ville avant la guerre. Les descriptions du désert, des bords du Nil. La sensualité du livre.
J'ai aimé lire la nostalgie de l'auteur "Si j'ai quitté l'Egypte, l'Egypte ne m'a jamais quitté. Quelquefois je pense que c'est seulement mon ombre qui est partie,alors que moi je suis resté là-bas, seul, errant, comme durant ma jeunesse."
Tous les déracinés pensent un peu la même chose.

J'ai en tête la photo de ce magnifique palace au bord du Nil, 
"L'old Cataract" Palace construit dans une Egypte alors britannique, les riches clients pouvaient et peuvent encore voir les felouques glisser sur le Nil. Si je ne me trompe pas, c'est dans cet hôtel que F.Mitterrand a vécu son dernier Noël.
Agatha Christie a écrit "Mort sur le Nil." en s'inspirant de cet endroit.




Je regrette vraiment de ne pas avoir connu ce pays.

Si vous aimez l'histoire, les histoires d'amour originales, apprendre en lisant un roman d'aventure, lisez ce livre, il devrait vous plaire.

Bye MClaire.








mercredi 30 novembre 2016






J'avais lu, il y a déjà quelques années, un de ses livres "Le testament français", c'est normal, il avait eu le Goncourt des lycéens, il  avait eu aussi le Goncourt, fait très rare et peut être unique, il faudrait que je vérifie. Si ce livre, après tout ce temps a laissé une trace dans ma mémoire, c'est qu'il était formidable. Je n'ai pas été déçue en lisant avec passion "L'archipel d'une autre vie."
Je l'ai lu presque d'une traite, laissant quelques pages pour le lendemain, j'ai eu raison, j'ai vraiment savouré ces dernières pages émouvantes, quelle écriture !

Je le lisais tellement concentrée, qu'en parcourant les lignes qui suivent, j'avais l'impression que l'homme était là, dans mon salon ou dans le saloon, le début du livre me faisait penser à un western :
"Il se dressa au-dessus de moi et je le vis, à la ceinture, un long poignard dans un fourreau de cuir. Sans un mot, il approcha sa torche de ma tête. Croyant qu'il allait me brûler les yeux, je plissai fortement les paupières. Il toussota, l'air de se dire : c'est bien ce que je pensais."

L'histoire se passe au début des années 1950, dans une Russie communiste vieillissante, Staline est encore là, le goulag aussi. La guerre de Corée fait rage, il y a la menace d'une guerre nucléaire. Le personnage principal du livre Pavel Gartsev doit réintégrer l'armée en tant que réserviste pour des manoeuvres aux confins de l'Extrême Orient russe, le Pacifique est tout près, pas le Pacifique des côtes du Mexique, là l'océan est glacé, inquiétant, inhospitalier.
Au cours de ces manoeuvres, les supérieurs donnent l'ordre à cinq hommes, dont Pavel, de partir à la chasse d'un fuyard, un évadé du goulag, ils sont dans la taïga, un terrain inconnu, dangereux, le fuyard lui connaît tous les pièges, il ne se laissera pas capturer aussi facilement, il est agile, il sait se nourrir de ce que la forêt offre, lutter contre le froid.
On ne marche pas dans la taîga, on doit s'y mouvoir avec la souplesse d'un nageur. Ils doivent absolument ramener le fugitif vivant.
Les accidents seront inévitables, les petits chefs sont plutôt froussards et ne pensent qu'à leur retour auréolés de gloire. Pavel est celui qui sera désigné pour capturer le fugitif, sinon ce sera le goulag et la mort. Il terminera cette chasse à l'homme seul, les autres sont blessés.
La véritable identité du fuyard changera complètement la donne, la vie de Pavel en sera bouleversée.
Aura t-il encore l'envie de capturer ce drôle de personnage qui finalement lui sauvera la vie.

Nous retrouverons dans le récit, l'enfant devenu homme qui avait suivi Pavel dans la taïga au début du roman. Ce sont les plus belles pages. Nous découvrirons ces îles des Chantars, là où elle avait dit "Nous allons y vivre.", peu de mots chargés de tant de sens. Un phénomène se produit sur ses îles, la 


boussole perd le nord, elle s'affole;


J'ai aimé la description de la nature et des hommes qui complètement privés de repères dans un milieu hostile, réagissent chacun à leur façon. 
Celui qui se sacrifiera pour un ami, d'autres cruels, ambitieux, l'auteur explore tous les tréfonds de l'âme humaine, ce n'est pas toujours beau. L'homme est quelquefois bestial.
J'ai aimé cette histoire d'amour, un amour infini qui se vivra qu'à deux sur une île déserte, cette île sera saccagée à cause de la cupidité d'hommes d'affaires, faire accoster des paquebots de croisière. Cela ne vous rappelle pas Venise qui meurt chaque jour sous l'oeil des milliers de touristes qui déferlent sur ses quais. ?

Nous savons que l'homme n'a pas besoin de grand chose pour vivre, mais nous faisons semblant de l'ignorer, consommer toujours consommer, le roman nous prouvera le contraire, l'auteur décrira tous les petits gestes, les trucs à connaître pour survivre et puis vivre tout simplement.
Nous pouvons entrevoir un monde où les hommes seraient enfin réconciliés, un monde où il n'y aurait plus ni des vainqueurs, ni des vaincus.
Ce livre ressemble à une fable, et les enfants adorent les fables, nous redevenons tous des enfants lorsque nous lisons, prêts à croire qu'un monde meilleur pourrait exister.

"Nous descendrons sur la berge et, sans avoir besoin de nous mettre d'accord, ramassons des branchages, allumons trois feux face à l'île Bélitchy."

En lisant ce livre vous comprendrez pourquoi trois feux.

L'auteur est épris de liberté, nous le ressentons tout au long de ce livre magnifique. L'adolescent du livre est l'auteur, toujours passionné par son pays qu'il a fui, il dit :
"La Russie peut être cruelle, atroce.....elle n'est jamais petite." 
Le sujet de "C'est dans l'air" ce soir "Poutine, le maître du monde." A méditer. 

Bye MClaire.