mardi 16 janvier 2018

La librairie de l'île - Gabrielle Zevin







Merci à Nanou pour le prêt de ce livre. Belle découverte, je ne connais pas du tout cette écrivaine, la quarantaine, diplômée de Harvard, écrivaine et scénariste, elle vit au U.S.A. J'ai lu qu'elle avait déjà beaucoup publié, avec succès. Nanou a mis le livre dans mes mains en me disant "Je suis certaine que tu vas aimer" J'ai aimé.
Livre publié chez Pocket, 279 pages, je l'ai lu en deux jours, l'histoire est belle, le libraire est attachant, Maya la petite fille délicieuse, les livres sont le sujet principal du bouquin, les personnages ont tous quelque chose de touchant.

L'histoire :

A.J Fikry exerce l'un des plus beaux métiers du monde, il est libraire, la librairie lui appartient, elle est située sur l'île Alice, côte est des Etats-Unis, il faut prendre un ferry qui part de Hyannis, c'est ce que s'apprête à faire Amelia qui travaille dans l'édition, elle est nouvelle dans le métier et doit visiter un client A.J pour lui présenter les dernières parutions de sa maison d'édition. Elle sait que le client est très exigeant, l'accueil n'est pas chaleureux, A.J ne la connaît pas et n'est pas d'humeur à l'écouter, elle insiste, lui demande ce qui lui plaît, il répond "Ce qui me plaît, répète t-il avec répugnance, et si je vous parlais plutôt de ce qui me déplaît. Je déteste les fictions post-modernistes, ou post-apocalyptiques, les narrateurs,post-mortem, ou le réalisme merveilleux...Je déteste les ouvrages hybrides, les livres de genre type polar ou fantastique. La littérature devrait rester la littérature, et les genres des genres. Les mélanges donnent rarement de bons résultats......." la liste s'allonge.
Amélia rougit, très en colère, elle déteste cette agressivité.
Il avoue tout de même avoir un faible pour les nouvelles. Ouf ! Elle n'a qu'un livre à lui proposer.
 Cette rencontre sera la première d'une longue série, le libraire est veuf, sa femme est morte dans un accident de voiture, il tombera sous le charme d'Amelia qui est un peu plus jeune que lui, 10 ans.

Depuis son veuvage, A.J a l'habitude de boire plus qu'il ne faut, un matin il se réveille avec une bonne gueule de bois, mais un exemplaire rare de "Tamerlan et autres poèmes" d'E.A Poe a disparu, il l'avait sorti de sa vitrine verrouillée et ne se souvient plus de la suite, ivre. Il comptait le vendre si ses affaires continuaient à péricliter.

Le livre a disparu, mais une surprise l'attendra, une petite fille de deux ans a été déposée dans la librairie, un mot écrit par la maman est agrafé sur le torse de la peluche Elmo, la maman est au bout du rouleau, elle ne peut plus s'occuper de sa petite fille, elle lui confie l'enfant et tient à ce que son enfant grandisse entourée de livres. Elle s'appelle Maya.
On retrouvera la maman morte, échouée sur une plage de l'ïle. Le papa n'a pas voulu assuré sa paternité...
Maya se révélera être une enfant adorable, grande lectrice, intelligente, A.J tombera sous le charme, il l'adoptera.

A vous de lire la suite. 

J'ai aimé tous les personnages, Ismay sa belle-soeur, mariée à un écrivain, malheureuse d'être si souvent trompée.
Le policier Lambiase, qui essaie de lire mais ne lit jamais le bouquin qu'il faut, mauvaise littérature aux yeux de A.J.
Amelia, jeune femme pleine d'humour, elle finira par céder, ils ont tant de points en commun.
Maya la petite fille qui se cache dans un coin de la librairie pour dévorer tous les livres qui lui plaisent, ils sont là à sa portée, elle n'a qu'à tendre la main.
J'ai détesté Daniel l'écrivain, seul un livre a eu du succès, il court après la célébrité. Daniel a toujours rendez-vous avec des gens de Los-Angeles, dit avoir appâté des gens du cinéma, mais aucun d'eux n'a encore mordu à l'hameçon.
Il ne faut surtout pas confondre l'écrivain et le roman qu'il a écrit, l'homme peut être décevant.

Et évidemment j'ai adore A.J, ce libraire qui aime avec passion les livres, sait conseiller ses clients.

J'ai aimé l'intrigue, il y a une intrigue...

Il y a des pages écrites avec beaucoup d'humour, j'ai souvent eu envie de rire, mais j'ai aussi laissé quelques larmes couler à la fin du livre. La vie peut nous réserver de très beaux moments lorsque nous pensons que tout est terminé, il faut savoir les déguster, la fin du roman est triste mais en même temps pleine d'optimisme. Il y a le meilleur, le pire et le meilleur peut encore surgir. La vie, la lecture, les livres peuvent nous sauver.

Je vous recommande ce roman en livre de poche, un vrai délice. Je vais essayer de me procurer d'autres livres de cette écrivaine.

François Cavanna disait "La lecture emplissait tous les interstices de ma vie. A peine éveillé, je tâtonnais de la main vers le livre, comme un fumeur vers ses clopes"  Je comprends..   Bye MClaire.




mercredi 10 janvier 2018

Chanson de la ville silencieuse - Olivier Adam



J'ai lu pratiquement tous les livres d'Olivier Adam, un écrivain particulier, je peux comprendre que vous puissiez ne pas l'apprécier si vous aimez les livres gais, optimistes. Il est mélancolique, un peu torturé, l'enfance et les douleurs familiales sont souvent les sujets principaux de ses livres.
"Chanson de la ville silencieuse" est le titre d'une chanson de Dominique A. un chanteur rare.
Un livre lu très vite, pas épais mais dense en sentiments.
Une fille à la recherche de son père, rock-star, adulé, qui a choisi de se retirer au fin fond de l'Ardèche après une vie intense où l'alcool, la drogue, les copains faisaient partie de son quotidien. 
Il a eu sa fille avec un mannequin, vaguement artiste, qui mène une vie dissolue, une enfant qui s'élève seule, se prépare le matin pour aller à l'école sans l'aide de personne, marche dans les traces de ses "amies" accompagnées par leurs parents, une petite fille invisible, transparente, personne ne s'occupe d'elle, une petite fille solitaire qui assiste à la défonce de sa mère, à son goût pour l'alcool, à la présence des amants qui défilent, assiste à la dérive de sa mère qu'elle n'appelle jamais maman.
Son père lui rend quelquefois visite, l'amène avec lui pour passer un week-end, mais la présence de l'enfant l'encombre, les paroles sont rares, il l'appelle Oiseau. Un jour pourtant il se décidera à amener l'enfant loin de cette mère irresponsable, elle ira habiter cette grande maison retirée, loin de tout, un couple Paul et Irène gère la maison, ils s'occuperont d'elle, lui donneront un peu d'affection. Pour le première fois de sa vie, adolescente, elle aura une amie Clara avec qui elle partagera tout.
Elle est la fille du chanteur "qui grandit sans souvenirs d'enfance". Fragile, émouvante.
Antoine Schaeffer, le chanteur, décidera de tout abandonner, il vivra reclus dans cette maison, loin du star system, n'accordera plus d'interviews, sa chambre a toujours les volets fermés, il s'entichera d'un ermite qui vit sur le versant de la montagne et un jour décidera de disparaître, bouteilles de whiskys vides, plaquettes de médicaments, carte de crédit, papiers abandonnés dans la voiture qui est garée sur la berge du fleuve, ses santiags posées sur la rive, tout fait penser à un suicide, on ne retrouvera pas le corps.
Beaucoup plus tard, une ancienne photo prise dans les rues de Lisbonne, fait penser à sa fille que cet homme qui chante aux terrasses des bars est peut être son père, elle part à sa recherche, parcourt les rues de Lisbonne....Son père ou un fantôme....
Je vous laisse lire la suite.

J'ai aimé : L'écriture musicale d'Olivier Adam, à la fin du roman il donne les noms de ses références musicales. Nous ne savons jamais avec certitude qui a inspiré ce livre, un mélange de Nino Ferrer, de Renaud, j'ai pensé à Jean Ferrat qui avait décidé de vivre loin de Paris, mais non, ce personnage ne lui ressemble pas du tout, vraiment pas, il avait la célébrité mais savait gérer sa vie. Nino Ferrer s'est suicidé, il venait de perdre sa mère, Renaud a plongé dans l'alcoolisme.
J'ai aimé la description de Lisbonne, une ville que nous avons aimée, ses immeubles penchés aux fenêtres obstruées qui côtoient des boutiques mondialisées, cette ville qui s'ouvre sur le fleuve, le quartier de l'Alfama.

J'ai aimé ce passage :
"Dévoré. La scène, m'avait-il avoué un jour s'est ce donner en pâture. Littéralement. Se donner soi sans carapace. Les acteurs jouent un rôle. Les chanteurs peuvent essayer de le faire croire. Mais c'est du flan. Il n'existe aucune discipline où on se fait bouffer à ce point. Les plasticiens. Les écrivains restent derrière leurs bouquins. Les comédiens derrière leurs rôles. Les metteurs en scène ne sont pas sur scène. Les réalisateurs sont rarement dans la salle. Tous, ils vendent autre chose qu'eux-mêmes.....Dans aucune autre forme d'art on avance à ce point nu, vulnérable. Le chanteur sur scène c'est un don brut. Primitif. Un truc de cannibale."

C'est sans doute l'explication de tous leurs excès.

"Depuis mon enfance j'ai rencontré tellement d'artistes. De chanteurs, de comédiens, puis d'écrivains. Et je les ai toujours trouvés en deçà de leur musique, de leurs films, de leurs livres."

J'ai aimé cette fille qui reste incroyablement lucide, sans rancune et qui cherchera enfin à devenir ce qu'elle devrait être vraiment, une femme qui peu à peu se délivrera des fantômes..

Vous pouvez le lire si vous appréciez Olivier Adam, j'ai dévoré ce roman.  Bye MClaire




mercredi 3 janvier 2018

"L"invention des corps" Pierre Ducrozet.



Un jeune auteur, né en 1982, je ne le connaissais pas, son roman est passionnant, le sujet traité est passionnant, Internet, le transhumanisme, les folles idées des hommes qui gouvernent le monde, pas nos présidents, non, mais ceux qui nous manipulent parce que nous le voulons bien, Internet, les réseaux sociaux, les hackers, ces gens sont beaucoup plus influents que Poutine, Trump etc. Ils peuvent décider de qui sera président à une prochaine élection.
En règle générale, je n'aime pas la science-fiction ni les traités d'informatique, ça me barbe, là j'ai été aspirée par l'histoire dès le début.
Il faut dire que le bouquin commence dans un pays que je connais, le Mexique, Oaxaca, Iguala, Cuernavaca, nous connaissons, le Mexique n'est pas qu'un pays violent, nous l'avons visité seuls, en voiture, il ne nous est jamais rien arrivé, la violence est souterraine, le peuple mexicain subit cette violence. La corruption, le trafic de drogues, la puissance des narcos-trafiquants. Alvâro, le personnage principal du roman est né à Mexico, un peu en décalage, mal dans son corps, engagé contre le gouvernement, il dénonce sa corruption, il découvre l'informatique et toutes ses facultés, c'est un as dans ce domaine, un surdoué qui peut rentrer dans tous les systèmes informatiques. Il devient prof d'informatique dans une école d'Oaxaca et décide de participer à une manifestation qui doit se dérouler à Mexico, tout ne se passera pas comme prévu, ce sera le massacre des 43 étudiants tout près d'Iguala, jamais retrouvés, là tout est vrai, cette tuerie ne sera jamais complètement élucidée.
Alvaro arrivera à s'échapper après avoir vu ses copains chargés dans des sacs poubelle, il fuira vers la Californie en marchant, le traumatisme subi le transformera en un être sans sentiments, ses blessures psychiques et physiques seront profondes.
Un "gourou" d'internet le remarquera, ses qualités de hacker peuvent être utiles, Alvâro se jettera dans la gueule du loup, il acceptera de devenir un cobaye en échange de beaucoup d'espèces, l'immortalité est l'idée fixe de Parker Hayes, il a installé un laboratoire dans la Silicone Valley, a recruté une française Adèle, une biologiste très douée qui manipule les cellules souches ....Il y a Lin, surdoué(e) androgyne, qui rêve de connecter son corps....Et il y a Alvaro qui trouvera la volonté de s'échapper avant la transplantation hépatique. Vous lirez la suite.

L'écriture de l'auteur peut être déroutante, hachée, quelquefois sans ordre chronologique, mais il maîtrise parfaitement le sujet, sait expliquer, il rend accessible ce qui me paraissait rébarbatif,  je ne peux pas écrire qu'il nous fait prendre conscience des dangers d'Internet, ça nous le savons déjà, il suffit d'être prudent, mais est-ce que nous le sommes toujours ? Pierre Ducrozet écrit aussi de très belles pages, presque poétiques..L'Amour est toujours là.

Il nous projette dans un avenir qui n'est pas lointain, tout arrivera et ça fait froid dans le dos.

Je suis sur Facebook, je sais que ce réseau peut être formidable mais je sais aussi qu'il peut devenir le théâtre de la haine, d'infâme publications, il faut juste choisir ses amis, ceux que nous connaissons dans le milieu du scrabble ou dans la vie, éliminer les autres, les bloquer et tout se passe bien ou presque bien. Je sais que Facebook et Google savent tout de nous, nous ne savons rien d'eux, mais alors quoi faire ? Jeter nos ordinateurs est la seule solution ! Vous êtes prêts, moi non.

Lisez ce roman, il est passionnant sur l'histoire du progrès de la technologie et terrifiant, à lire comme un thriller. J'ai adoré la fin de l'île, une île qui devait abriter toutes les expériences, sans le contrôle de l'état.

Une citation qui peut nous rassurer, nous Européens :
«Vous êtes un pays jeune, vous découvrez tout juste la mort. Nous, les Européens, on meurt depuis plus longtemps, on s'est un peu habitués. On a longtemps été au-dessus de ça, maintenant un peu moins, mais on est très vieux de naissance "

Bye MClaire.



mercredi 27 décembre 2017

"ÔR" d'Audur Ava Olafsdottir.






"Ör", j'ai lu "L'exception" "Rosa Candida" du même auteure, et toujours autant de plaisir à me plonger dans ses histoires.
"L'exception" était l'histoire d'un homme qui annonce à sa femme qu'il la quitte pour un autre homme. Tout s'écroule pour Maria.
"Rosa Candida" était un roman initiatique, une histoire très touchante, un bijou de tendresse, j'avais adoré.

"Toute souffrance est unique et différente, on ne saurait les comparer entre elles. Le bonheur en revanche est le même pour tous"

J'ai beaucoup aimé "Ör", un petit livre dévoré en quelques heures.
L'écrivaine au nom imprononçable nous décrit avec talent les moeurs islandaises, les blessures des âmes, sans pathos, avec sensibilité.

"Or" est l'histoire d'un homme qui pense arriver à un croisement de son existence, pour lui tout est fini, sa femme Gundrun est partie en lui révélant que sa fille n'est pas de lui, il a élevé Gudrun avec amour et continuera à aimer "son" enfant, Sa mère Gudrun perd la raison doucement, elle vit dans une maison de retraite. Trois Gundrun.

Jonas, la cinquantaine, a vendu son entreprise, vit seul chez lui, Gundrun sa fille est partie vivre sa vie, elle a l'âge, seul son voisin lui tient compagnie quelquefois, un voisin sympa mais un peu bizarre. Jonas est très bricoleur mais il ne sait pas réparer sa vie, il n'y arrive pas et décide de se supprimer, pour lui c'est la seule issue. Il range sa maison, met de l'ordre dans ses affaires, emprunte un fusil de chasse à son voisin, mais encore une fois il n'arrive pas à se décider, remet toujours à plus tard le moment où il partira. Comment épargner à sa fille la vue de la scène du suicide, il ne veut pas lui imposer la vue de son corps sans vie. 
Il prend une décision, partir dans un pays détruit par la guerre, en paix tout récemment mais qui subit encore les mines enterrées, le pays n'est pas sûr. Il espère ne pas avoir à accomplir le geste irrémédiable, la mort viendra d'ailleurs, presque naturellement.
Le nom du pays n'est jamais cité, j'a pensé à un pays de l'ex-Yougoslavie, mais peu importe.
Il prend l'avion, peu de bagages, une caisse à outils, il lui faut du matériel pour planter le piton qui retiendra la corde. Cette caisse à outils sera son bien le plus précieux, elle participera à sa renaissance, l'hôtel "Silence" verra sa résurrection..Il finira par faire connaissance de lui-même.

Ne pensez pas que ce roman est morbide, bien au contraire, il est plein d'espérance. L'auteure sait raconter avec douceur les plaies de l'âme qui deviendront "ör" qui veut dire cicatrices en Islandais. 

J'ai aimé May et le petit Adam son fils qui a perdu l'usage d'une oreille sous les bombardements, enfant sauvage qu'il faudra apprivoiser.
J'ai aimé Fifi, frère de May qui essaie de faire revivre l'hôtel Silence, heureux d'avoir trois réservations.
J'ai aimé ces femmes sans hommes morts à la guerre qui décident de rebâtir une maison mais surtout de se reconstruire. 
J'ai aimé l'idée qu'avec un rouleau de scotch et un tournevis on puisse penser réparer des objets et donner de l'espoir aux habitants d'une ville martyre. 

Nous pouvons vivre dans une société où nous avons tout mais être malheureux et trouver le bonheur là où tout manque.

Jonas n'avait pas serré une femme dans ses bras depuis huit ans et cinq mois.

"Le nombril est notre point central, notre milieu, autant dire le centre de l'univers. C'est la cicatrice d'une fonction qui n'est plus"

Je vous conseille ce très beau livre, un roman poétique.    Bye MClaire.









samedi 16 décembre 2017

"A l'ombre des cerisiers" Dörte Hansen



Une jolie couverture, "un petit miracle de livre", une note écrite à la main dans le rayon de chez Leclerc-Culture, une note qui disait le plus grand bien de ce bouquin, je l'ai acheté. Il est en poche et ce roman a été un best-seller en Allemagne.
Je l'ai commencé "pas mal, vraiment pas mal" mais il y a un mais, j'ai commencé à m'embrouiller en lisant les prénoms des personnages, pas habituée du tout à la littérature allemande, je confondais Hildegard et Bretta, Ida et Vera, Heinrich avec Hinni, en fait ils ne faisaient qu'un, Carsten et Karl-Heinz surgissaient dans l'histoire, Burkhard Weisswerth, le bobo de service, bref! j'ai eu beaucoup de mal à mémoriser les personnages et j'étais prête à mettre le livre de côté, cela aurait été dommage et Christian qui a des facilités pour prononcer la langue allemande, me reprenait. Le roman est aussi constitué en chapitres qui ne s'enchaînent pas, on revient en arrière, on repart en avant, c'est assez déroutant au début.
J'ai persisté, je n'aime pas laisser un bouquin en plan, il peut réserver des surprises, je n'ai pas eu tort, l'histoire est agréable à lire et plutôt émouvante, les difficiles relations entre une mére et sa fille, les blessures secrètes, les non-dits. J'étais finalement contente d'avoir lu ce livre jusqu'au bout.

L'histoire :

Hildegarde et sa petite fille Vera fuient la Prusse Orientale en 1945, un pays en ruines, il fait très froid, les gens meurent sur la route de l'exil, les mères épuisées pendent leurs enfants avant de se pendre elle-même, Hildegarde voit mourir son bébé dans son landau et le laisse au bord de la route, des scènes affreuses qui marqueront à jamais la petite fille Vera et qui transformeront Hildegarde en bloc de glace.
Elles se réfugient dans une vieille ferme en Allemagne près de Hambourg, dans une région de polders près de l'Elbe. Ida la maitresse des lieux leur offrira le coucher dans une pièce froide mais ne les nourrira pas :
-Il faudrait maintenant à ma fille quelque chose à manger, je vous prie.
Et Ida Eckhoff, forte de six générations de paysans du cru, veuve de son état et mère d'un soldat blessé au front, de riposter : "Moi, j'donne rien !"
Karl blessé, le fils d'Ida vit là avec sa mère, jambe droite raide, il a perdu un peu la raison, cauchemarde toutes les nuits, la guerre, la guerre, il surveille le ramassage des cerises assis sur son banc, Vera la petite fille s'en fera un allié, une infinie tendresse les réunira, Hildegarde deviendra la maîtresse des lieux et Ida mère de Karl préférera disparaître. 
Hildegarde prendra un amant, sera enceinte, accouchera d'une petite fille Marlène loin de la ferme et de Karl, Vera sera abandonnée aux bons soins de Karl. Il l'élèvera comme il pourra, elle héritera de la ferme, sera dentiste mais ne se mariera jamais, elle restera seule dans cette drôle de maison, jusqu'au jour où deux réfugiés se présenteront à sa porte, Anna et son petit garçon Léon, Anna est la fille de Marlène, demi-soeur de Vera...Elle vient de quitter son mari infidèle, meurtrie, elle a quitté le domicile conjugale pour laisser la place à l'autre aux ongles rouges. Le mari et la maîtresse voudraient qu'elle pardonne pour mieux vivre leur aventure, sans remords, ça elle ne peut pas !!
Les deux femmes, tante et nièce, écorchées par la vie tenteront de se construire une existence ensemble, dans cette maison où le soir elles entendent des chuchotements et des soupirs, une maison hantée par le malheur.
Je vais arrêter là....

Ce que j'ai aimé :

J'ai déjà écrit ce que je n'avais pas aimé.
J'ai aimé la description de ce pays, la vie de ces paysans attachés à leur terre, le chagrin de Heinrich lorsqu'il comprend que ses trois fils ne reprendront jamais la ferme, une peine ajoutée à une autre peine, il a perdu sa femme qu'il aimait tant dans un accident.
"Quand s’était glissée l’erreur ? Quand avait surgi ce malentendu, cette idée que les fils de paysans pouvaient choisir leur vie ? Opter tout simplement pour celle qui semblait agréablement variée et confortable ? "

Les passages sur la nourriture bio qui n'est pas toujours bio et la vie des "bobos" d'Hambourg qui décident de s'installer à la campagne pour vivre autre chose, enfin se retrouver, la campagne n'est pas la ville, j'aurais énormément de mal à m'adapter à la ville et le contraire est aussi vrai.
J'ai aimé Vera, la rude, la froide Vera qui cache tant de tendresse et tant de blessures. L'abandon d'Hildegarde la marquera à jamais.
Anne, qui pensait faire une carrière de musicienne jusqu'à ce que son frère se révèle un véritable génie du piano. Elle en souffrira, abandonnera tout. Sa souffrance est trop intense lorsqu'elle l'entend jouer, elle ne l'égalera jamais. Sa mère Marlene ne comprend rien. Mais Vera dira un jour à Anne:
-Tu ne connais absolument pas Marlene, tu ne connais que ta mère.
Que savaient donc les filles de leur mère ? Elles ne savaient rien. On peut tout demander aux mères, mais encore fallait-il ensuite pouvoir vivre avec les réponses.
La complexité des relations familiales. C'est vrai, nous ne connaissons rien des pensées secrètes de nos mères.

J'ai aussi aimé la façon d'expliquer la froideur des femmes de cette famille brisée. A la fin de l' hiver, les paysans arrosent les arbres, il se forme de la glace autour des bourgeons qui ne gèleront pas. Les femmes de cette maison se fabriquent une carapace de glace pour ne pas geler.
Et pour finir, j'ai beaucoup aimé Léon, le petit garçon très observateur, adorable enfant qui un jour attendrira Vera, elle qui n'a jamais caressé un enfant. Le vieux Karl était son enfant, elle s'en occupera jusqu'à sa mort, 92 ans.

Les passages les plus drôles, ceux qui décrivent la vie des citadins à la campagne

Ce livre est émouvant, bien écrit, je ne dis pas vous devez le lire mais vous le trouverez très intéressant lorsque vous aurez mémorisé les personnages. Une joueuse du club me disait que dans ce cas là elle dressait une liste avec une note "qui est qui" pour la guider au début de sa lecture. Je n'ai pas suivi son conseil, j'ai fini par comprendre.

Bye MClaire.
  





mardi 5 décembre 2017

"L'art de perdre" Alice Zeniter




Un grand roman, merci aux lycéens de l'avoir choisi pour lui décerner leur prix Goncourt, je ne suis pas surprise, ils ne se trompent jamais, je n'ai jamais été déçue.

Poignant, si bien écrit, Alice Zéniter a écrit l'histoire des harkis , ces supplétifs qui ont dû immigrer pour ne pas être abattus à l'indépendance de l'Algérie, ils avaient défendu la France et ne se pliaient pas aux ordres du FLN. Ali, le grand-père avait aussi vécu la bataille de Monte Cassino pendant la guerre de 40, bataille qu'il ne racontera jamais tant elle était chargée d'horreurs. Mon père aussi a combattu à Monte-Cassino, dans les Zouaves, il n'en parlera jamais. Les hommes n'aiment pas raconter la guerre, ils ont leurs raisons.

Ce livre me concerne aussi, je suis née là-bas, je me suis mariée à Miliana, j'ai eu mon premier enfant et nous avons dû partir, un matin très tôt, presque en cachette, le but était d'atteindre l'aéroport de Maison-Blanche, au milieu d'une cohorte de français, les pieds-noirs comme ils étaient appelés, qui laissaient tout pour sauver leur famille, l'exode, . Mon histoire est différente, nous savions où aller en posant les pieds à Marignane, Christian est d'Aix-en-Provence.
 Les harkis prenaient le bateau, comme du bétail, sans savoir où ils seraient logés. Le pire les attendait. Ils étaient français sur le papier, mais kabyles ou arabes avant tout pour la France, il fallait les parquer pour éviter le danger, quel danger ?
Alice Zéniter raconte à travers la voix de Neima l'histoire de sa famille, en 1962,133 harkis sont arrivés à Ongles dans les Basses-Alpes. Son grand-père y était.
Dans le roman, Ali et sa famille seront hébergés dans l'affreux camp de Rivesaltes qui avait vu passer des juifs; des espagnols, dans des conditions d'hygiène déplorables, sous des tentes cernées de barbelés..Certains, ne sortiront pas pendant des années, ne connaîtront rien du monde extérieur jusqu'à ce qu'ils soient transférés dans les Bouches-du-Rhône à Jonques, le camp s'appellait du joli nom "Le logis d'Anne" seul le nom était beau, les logis étaient en bois ou en fibrociment; Ali travaillera  pour l'Office national des forêts.
Plus tard, sans leur demander leur avis, ils seront de nouveau transférés en car pour rejoindre Flers, la Basse-Normandie, des barres de HLM, un tout petit logement pour loger sa nombreuse famille. Il travaillera à l'usine.

Le roman se divise en trois :
-L'Algérie de papa
-La France froide
-Paris est une fête. 

L'Algérie de papa, c'est celle du terrorisme, des embuscades, des tueries, les horreurs vécues, tout est vrai.
Je tiens à préciser que les crimes étaient commis de chaque côté, l'armée et le FLN, la vengeance était terrible. 
C'est à cette époque qu'Ali doit choisir son camp, il en paiera le prix.
Nous connaissions un arabe qui était adorable, il travaillait sous les ordres de mon père, Krim avait un petit garçon, et quelques mois avant de partir il était rentré chez nous avec son gamin dans les bras et il avait dit dans un éclat de rire :
"Il faut que tu montres à monsieur Crabos ce que nous allons lui faire " et le gamin avait fait le geste d'égorger. Krim avait choisi son camp. Nous étions stupéfaits.

La France froide, c'est celle des camps et du HLM de Flers, c'est la France d'Hamid, le fils aîné de la famille et le père de Naima. Une France peu accueillante, les difficultés pour s'intégrer, un père de famille qui rétrécit, des enfants qui s'échappent, Hamid qui est las de se voir attribuer des responsabilités trop lourdes pour son âge, il sait lire et écrire, pas ses parents. Hamid est brillant à l'école, il aura son bac et partira, il tombera amoureux de Paris et de Clarisse. Ce sera Paris est une fête.

L'instituteur d'Hamid dira à Ali "Votre fils peut faire des grandes études, Polytechnique ou Ecole Normale Supérieure" et Ali très fier mais qui ne connait pas ces écoles répondra "Il fera les deux"

Je ne vais pas vous cacher que j'ai pleuré à gros sanglots en lisant certains passages de ce roman, j'en profitais, Christian était dans le jardin. Oui, je pleure en lisant, au cinéma, mais j'ai beaucoup de mal à pleurer si un événement terrifiant arrive, je pleure quinze jours plus tard.

Emue aux larmes devant les déchirements d'Hamid, ses parents ne ressemblent pas aux parents de ses copains, il sait qu'il a un peu honte des effusions de sa mère qui ne parle pas français et qui serre encore et encore dans ses bras Clarisse, comme cela se fait en Algérie, sa culpabilité, ses silences, sa difficulté d'aimer complètement. J'ai été émue en lisant le mot "meskina" les mauresques prononçaient ce mot en nous voyant pleurer, "meskina" ma petite ça va aller, ça va passer. J'avais oublié ce mot. Je disais souvent à mes enfants "ça va aller, ça va passer"

Emue en lisant les efforts de Yema pour s'intégrer, acheter des langues de chat aux enfants pour faire comme les français, alors que ses gâteaux au miel sont mille fois plus délicieux.

Le coeur serré en lisant les retrouvailles de Naima avec sa famille sur la crête en Algérie, près de Palestro. Ses hésitations, les sentiments mélangés, elle sait qu'elle ne pourrait pas vivre avec eux, elle a envie de se retrouver chez elle, mais il fallait qu'elle fasse ce voyage, pour enfin trouver la paix après la violence de sa recherche d'identité, découvrir ce que son père n'a jamais raconté.
Oui, les vérités sont souvent assassines.

Je dis souvent que j'ai très envie de reposer les pieds sur cette terre d'Algérie mais après avoir lu ce livre j'ai un doute.
Est-ce qu'en revoyant l'Algérie ce pays m'offrirait ce que j'étais venue chercher ? 
Neïma dit à sa mère :
-Tu voudrais y retourner, Yema ? Est-ce que tu voudrais que je t'emmène avec moi si j'y retourne ?
-Oh benti, benti...murmure tristement Yema. Moi je voudrais mourir là-bas, c'est sûr. Mais aller comme ça ? Pour les vacances ? Je connais plus personne..
Elle dit : je ne vais pas rentrer chez moi et aller dormir à l'hôtel.

Alors si Yema qui est kabyle prononce ces paroles, comment comprendre la nostalgie d'une française qui est née là-bas mais qui sait très bien que l'Algérie n'est pas son pays ?
Christian me dit "Mais quand même, c'est le pays où tu es née et où tu as vécu toute ta jeunesse, c'est normal que tu aies envie de le revoir."  Je ne sais plus..
L'Algérie est pour Naïma son pays d'origine mais pas de naissance, pour moi c'est le contraire.

Lisez ce livre, il est magnifique, captivant, les jeunes générations connaissent très mal cette période tourmentée, ce roman peut faire sauter certaines barrières, rendre les gens plus conciliants. J'ai adoré, mais le contraire aurait été étonnant.   
Je vais choisir un roman léger pour digérer la lecture des deux derniers.  

Bye MClaire

vendredi 24 novembre 2017

"Bakhita" Véronique Olmi.




Magnifique, bouleversant, j'étais étranglée par l'émotion, il m'arrive d'avoir des larmes qui coulent en lisant mais là si je ne m'étais pas retenue j'aurais pu éclater en sanglots, je serrais les dents. 
Véronique Olmi a écrit le plus beau de ses livres. L'histoire vraie de Bakhita, ce n'est pas tout à fait une biographie, ce n'était pas possible mais elle a dû certainement passer un temps fou dans ses recherches pour raconter la vie de cette petite fille razziée à sept ans dans un village du Darfour. Une petite fille arrachée à ses parents, à sa soeur jumelle, à sa famille, par des marchands d'esclaves sans foi ni loi.

Bakhita est une petite fille presque heureuse qui chante, garde les vaches, va chercher de l'eau au ruisseau, elle fait ce que nous avons tous fait lorsque nous étions enfants, elle imagine, joue, invente des histoires, insouciante malgré une première alerte lorsqu'elle avait cinq ans, des hommes étaient venus brûler le village, des hommes qui enlevaient enfants, femmes, hommes pour les vendre comme esclaves, Kishmet sa grande soeur qui avait déjà un bébé a été enlevée, les hommes ont semé la mort dans le village et sont repartis en ne laissant que cendres, odeurs des corps brûlés. Des habitants se sont cachés.
Nous sommes en 1876.
A sept ans Bakhita ne va jamais seule mener les vaches à la rivière, la méfiance règne, cela ne suffira pas, les prédateurs seront là.... Esclave à sept ans, elle subira les pires horreurs, battue, affamée, violée plus tard, sera vendue cinq fois, servira de jouets aux filles de son dernier maître, sera scarifiée pour plaire aux invités, tatouée au rasoir dans d'atroces souffrances. Le Soudan est en guerre, les Turcs fuient, l'Italie est là, le Consul est un homme doux, il veut amener Bakhita avec lui en Italie pour l'offrir à sa femme, elle sera sa domestique. Ils prendront le bateau à Suakin...
Elle affrontera les regards des habitants, un diable noir, ils n'ont jamais vu de femme si noire, comment peut-elle ressembler aux autres ? Une lutte permanente pour se faire adopter. Les enfants auront peur, lui jetteront de l'eau pour voir si le noir déteint, mais ses plus beaux moments seront ceux qu'elle passera avec eux.
Comment garder toute cette humanité lorsque les hommes sont si cruels ?

L'esclave sera béatifiée et canonisée, Jean-Paul II la déclarera sainte. Toute une longue histoire à lire avant ce dernier épisode, un récit passionnant qui traversera l'Histoire, les guerres de 14 et 40, la montée du fascisme, Mussolini et ses chemises noires.

Je n'ose même pas employer le mot "aimer" pour dire combien cette histoire m'a émue. On aime ce qui est beau, nous ne pouvons pas "aimer" l'histoire d'une enfant soumise aux hommes, nous ne pouvons qu'être bouleversés par la souffrance de cette femme qui toute sa vie a essayé de se rappeler de son prénom, d'imaginer sa mère, son père, ses soeurs et qui ne savait pas où elle habitait lorsqu'on lui montrait une carte de l'Afrique. Une femme d'une force exceptionnelle qui n'oubliera jamais les chaînes qui l'entravaient, toute sa vie elle se consacrera aux autres, aux plus démunis, aux plus pauvres.

Il y a l'histoire de la foi, on peut ne pas croire, repenser à l'évangélisation de l'Afrique par les missionnaires qui constataient la misère sans agir, leur but baptiser, mais la foi de Bakhita est si pure, ce sont des vrais moments de grâce, un immense amour pour celui qu'elle appelle "El Paron"


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Il ne faut surtout pas oublier que l'esclavage est toujours d'actualité dans le monde, des hommes, des femmes sont vendus, soumis à la violence des hommes.

L'écriture de Véronique Olmi est belle, des phrases courtes qui nous transpercent, une écriture remarquable. Lisez ce livre.
Il faut que je remercie Michelle qui me l'a prêté avant de le lire !

Bye MClaire.