vendredi 17 novembre 2017

Les fabuleuses tribulations d'Arthur Pepper" de Phaedra Patrick






Phaedra Patrick est anglaise, elle boit du thé comme le personnage de son livre Arthur, mais peut être pas à heure fixe.

Si je devais résumer ce livre en un seul mot, ou plutôt en deux mots : générosité et tendresse.
Arthur est veuf depuis un an, après quarante années de mariage sa femme est morte, quarante années d'amour fusionnel, ils se satisfaisaient l'un de l'autre, les enfants étaient partis, une vie faite de plaisirs simples.
Ils se sont mariés par amour, Arthur n'avait jamais connu de femme avant Miriam et il est persuadé qu'il avait été son unique amour.
La vie sans Miriam n'a plus la même saveur, il se calfeutre dans la maison pour échapper aux visites de sa voisine Bernadette qui s'est mis en tête de le le gaver de tourtes, de tartes et surtout de le divertir un peu. Elle sonne avec force, il ne répond pas, il ouvre sa porte rarement.
Il se contente de boire son thé à heure fixe et de s'occuper de la plante verte que sa femme aimait beaucoup. Ses enfants, Lucy et Dan se sont éloignés de lui, Dan est en Australie, la communication avec son père n'a pas toujours été simple, et Lucy se débat avec ses propres problèmes.

Au bout d'un an, il doit se résigner à se débarrasser des affaires de sa femme qui sont toujours dans la penderie, il le fait le jour de l'anniversaire de sa mort, et là surprise, dans une de ses bottes il découvre un bracelet où pendent des charmes, des breloques. Un très beau bijou.
Il ne connaissait pas ce bijou, un éléphant serti d'une pierre précieuse est le voisin d'une palette de peintre, d'une fleur, d'un livre, d'un dé à coudre, d'un tigre, d'un coeur et d'un anneau. Autant d'énigmes qu'il ne comprend pas, jusqu'au moment où il aperçoit un numéro de téléphone sur la queue de l'éléphant, il prend sa loupe et lit "Ayah 0091 832 221 897" l'indicatif de l'Inde depuis le Royaume-Uni, 40 ans après le numéro est toujours actif, est-ce possible ?.
Débute une folle histoire après l'appel d'Arthur, il découvre que Miriam avait été nounou en Inde dans une riche famille. Il est abasourdi et décide de résoudre toutes les énigmes des charmes. Lui qui n'était jamais allé très loin de York va se retrouver dans les pattes d'un tigre, dans la maison d'un écrivain atteint d' Alzheimer, à Paris dans une boutique de robes de mariée, il posera nu dans une école de peinture, bien malgré lui .....et découvrira à chaque fois un pan de la vie de Miriam qu'il ignorait complètement.
Comment ne pas se poser des questions sur leurs relations après toutes ces révélations ? Comment ne pas s'interroger sur sa façon d'être avec ses proches ? C'est aussi un peu un livre initiatique qui nous fait aussi penser à notre vie lorsque nous sommes dans son dernier tiers, les enfants, la façon de la vivre le mieux possible dans les dernières années, ne pas tomber dans la routine.

Bernadette sa voisine est un personnage attachant, elle se révélera indispensable à Arthur lorsqu'il rentrera chez lui et il sera celui qui recevra les confidences de Nathan 18 ans, fils de Bernadette, une sorte de grand-père adoptif. A cet âge, on se confie quelquefois plus facilement à des inconnus qu'à sa propre mère.
Je vous laisse découvrir la suite de l'histoire.

J'ai aimé lire ce bouquin, certainement pas inoubliable mais il m'a fait passer des bons moments, j'ai eu de temps en temps les yeux humides, les pages qui racontent l'anniversaire d'Arthur sont émouvantes, ses deux enfants sont là, ils sont enfin réunis, Bernadette et Nathan son fils aussi, il y a même les voisins.
Une merveilleuse fête familiale.
Les belles rencontres avec des inconnus, la générosité de certains, des beaux sentiments. Quelle est notre vision du bonheur ?

Le livre est publié en livre de poche.

Après "Fief" qui était plutôt dur mais beau, un livre écrit simplement me convenait. Je vais entamer le dernier bouquin de Véronique Olmi "Bakhita".

Bonne lecture.  Bye MClaire.



dimanche 5 novembre 2017

"Fief" de David Lopez









Une jolie petite "gueule" qui n'est pas trop cassée par la boxe.
J'avais lu tant d'éloges sur ce livre, j'ai eu très envie de le lire, je sentais que j'allais l'aimer, je sentais que ce livre avait été écrit dans une complète liberté. Lorsque nous aimons lire nous pouvons tout lire si le livre est bon, des passages un peu crus, des mots qui ne sont pas les nôtres, la description d'un monde qui nous est complètement étranger, avec ses "cailleras", ses trafics, les abus, les petites combines.

David Lopez a écrit du rap et fait de la boxe, la boxe demande de la précision pour ne pas prendre des coups, ses mots sont aussi précis et ils nous atteignent aussi fort qu'un uppercut. 
Au moment où j'ai tenu le bouquin dans mes mains, j'ai dit :
-Il sera vite lu, pas trop épais.
Non, il ne peut pas être lu rapidement, les mots employés nous sont tellement étrangers, il faut s'attarder, lire doucement pour saisir toutes les nuances, je posais le livre sur mes genoux et je réfléchissais, comment arriver à comprendre ces jeunes des cités ou des banlieues désargentées ? Ils n'ont comme horizon que les tours, le petit bois près de chez eux où ils se rencontrent, le shit fumé à longueur de journée, les cartes, les copains d'enfance. Un avenir sans horizon.

Jonas, le personnage principal, est né dans une zone pavillonnaire située entre ville et campagne. Le père est une ancienne petite gloire locale du foot, mère absente. Jonas boxe, s'entraîne dans un lieu miteux. Monsieur Pierrot voudrait faire de lui un champion, beaucoup pour lui, un peu pour Jonas. Le reste du temps Jonas est désoeuvré, il rencontre ses potes, Jonas parle, Jonas cache bien son jeu, beaucoup plus intelligent qu'il veut paraître. Il y a parmi eux le plus instruit qui la ramène toujours un peu, Lahuiss.
J'ai ri, beaucoup ri lorsqu'il leur parle du Candide de Voltaire, Candide cultive son jardin, eux cultivent un plan de shit. Candide raconté à la façon de Lahuiss, tordant mais on comprend tout :
"Bien plus tard donc il retrouve sa meuf, Cunégonde, sauf qu'elle a morflé vénère t'sais, parce qu'elle a eu la lèpre ou je sais plus quoi mais voilà quoi elle a une gueule toute fripée la meuf, on dirait un cookie, mais t'as vu Candide c'est un bon gars alors il la renie pas "
"Ton jardin, si tu le cultives pas, il te donnera pas à manger. ..C'est tout con c'que j'te raconte en fait. Le jardin c'est juste une métaphore pour parler de ton être, de ton esprit"
Ces jeunes ont quand même le sens de l'honneur !
 La dictée proposée par Lahuiss, tordante, ils la font tous avec plus ou moins de fautes.
"Et Céline c'est une meuf ?"

Il y a aussi Wanda, la petite bourge qui s'encanaille, Jonas en pince un peu pour elle, mais il ne se fait aucune illusion, il est habitué à ne pas avoir d'illusions, il est lucide mais jamais honteux.

Les pages écrites sur la boxe sont très belles, très précises. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à mon père qui adorait Cerdan, il s'était levé dans la nuit pour écouter les commentaires du match qu'il livrait aux U.S.A, la radio était dans la pièce où je dormais, je l'avais vu l'oreille collée contre le poste, il ne pouvait pas manifester, il pensait que je dormais, mais je regardais et j'écoutais, j'ai toujours cette image en mémoire dès que j'entends le mot boxe..

J'ai lu ou entendu que David Lopez voulait appeler son bouquin "L'aquarium" il a dû changer d'idée, un auteur américain David Vann avait publié un livre "Aquarium" alors le mot FIEF s'est imposé, leur fief, leur territoire.
Le livre se termine comme il a commencé.

Je vous laisse découvrir ce bouquin que j'ai beaucoup aimé, mais je dois préciser qu'il ne peut pas être mis entre toutes les mains, si vous aimez Barbara Cartland il vaut mieux éviter. Un premier bouquin très réussi.

Bye MClaire.



jeudi 26 octobre 2017

La petite boulangerie du bout du monde - Jenny Golgan


462 pages d'un pur bonheur, j'avais l'impression d'avoir 15 ans en lisant ce bouquin, je sentais l'odeur des croissants, du pain chaud, j'avais très envie que Polly soit enfin heureuse, que ce grand dadais d'Huckle lui donne enfin un baiser, j'avais envie d'aller habiter sur une île battue par le vent où l'on accède qu'à marée basse, une île en Cornouailles et tout à coup j'ai pensé que nous aussi nous avions l'île de Berder à Larmor-Baden, cette île tant visitée où quelques imprudents se font piéger sur le passage à marée haute, mais c'est juste un peu moins "exotique" pour moi que Polbearne.
Envie d'adopter un macareux, même si ce n'est pas bien d'adopter un oiseau qui ne sait vivre qu'en groupe et pourtant Neil, c'est le nom du macareux, sera heureux avec Polly. Je vous le dis, ce livre n'apporte que du bonheur. Il y a aussi les abeilles, les fleurs, la mer qui peut se déchaîner mais qui nourrit toute l'île, un beau pêcheur, un jeune qui n'aime pas la mer et la pêche, Jayden, mais qui ne peut faire que ça pour nourrir les siens....
Je n'ose plus dire que c'est un livre pour les femmes depuis qu'un joueur de scrabble, lecteur de ma gazette, m'a dit à Sarzeau que lui aussi aimait les livres pour les femmes,

L'histoire :

Polly et Chris ont monté leur petite entreprise à Plymouth, au début tout marche mais avec l'arrivée des nouvelles technologies du numérique, la crise bancaire de 2008, tout s'écroule. La honte de la faillite, l'appartement saisi, un couple qui s'effiloche face aux difficultés, les amis qui n'osent plus poser des questions, ils téléphonent moins, sauf Kerensa, la belle amie fidèle et célibataire, elle propose des solutions à Polly qui refuse, elle tient à faire l'inventaire du positif mais elle se rendra à l'évidence, il lui faudra changer de train de vie, trouver un appartement bon marché, du travail, elle ne trouvera qu'un petit appartement délabré au dessus d'une boulangerie fermée, presque en ruine, sur l'île de Mount Polbearne, à 70 km de Plymouth, ses allocations chômage ne lui permettent que ça. Chris retournera habiter chez sa "môman" en attendant des jours meilleurs, sans se préoccuper de Polly, il n'est pas méchant Chris, juste un peu faible.
Après quelques jours d'abattement, Polly s'organise, elle fait la connaissance des pêcheurs qui débarquent leurs poissons sous ses fenêtres, et puisqu'elle sait si bien fabriquer son pain, ne pouvant pas avaler celui de l'odieuse Madame Manse propriétaire de son appartement et de l'unique boulangerie du village, elle confectionne son pain et le fait goûter aux pêcheurs par gentillesse sous l'oeil hargneux de Madame Manse, les pêcheurs adorent et voilà comment l'histoire de la réussite de Polly commence. Neil, le petit macareux blessé un soir de tempête, aime aussi, il grappille toutes les miettes.
Neil sera soigné avec tendresse, il réapprendra à voler, il faudra l'amener au sanctuaire des macareux pour qu'il puisse vivre comme un oiseau, mais....

Surgira dans la vie de Polly, Huckle, un américain de Savannah, qui est venu vivre momentanément sur cette île pour fabriquer du miel, miam, miam, le pain au miel pourrait bien rapprocher Huckle et Polly, Huckle est beau comme un Dieu, des poils blonds sur la poitrine, Polly a très envie d'y poser sa tête, mais....

Il y a aussi l'ami d'Huckle Reuben, riche comme Crésus, qui s'est installé sur une plage immense, belle maison, surf, jolies filles, il étale son argent et fait connaissance de la sophistiquée  Kerensa venue rendre visite à Polly, Kerensa a horreur de ce genre de type, mais.....

Voilà en gros l'histoire, il ne vous reste plus qu'à le lire. Il vient de paraître en poche.

Mais avant de terminer, je vais vous livrer une recette de Polly, un pain qui se nomme "focaccia" un pain italien, attention, ne pas jouer ce nom au scrabble.

Chauffer le four à 220 °-
550 grammes de farine
1 demi-cuillerèe à café de sel
325 millimètres d'eau tiède
1 sachet de levure
2 cuillerées à café d'huile d'olive
Fromage/romarin, tout ce que vous voulez sur le dessus.
Mélanger la farine et le sel.
Mélanger à la main la levure et l'eau tiède. Ajouter le résultat à la farine salée.
Pétrir dix minutes. Laisser reposer une heure, en recouvrant pour conserver la température.
Etaler la pâte pour dessiner un rectangle de 30 centimètres sur 20 centimètres, puis laisser reposer encore 20 minutes.
Créer, en appuyant avec les doigts, des petites dentelures, puis faire cuire 20 minutes à 220.
Sortir du four, ajouter le fromage, les herbes aromatiques et encore quelques gouttes d'huile d'olive. Remettre au four pendant cinq minutes.

Je vous souhaite bon appétit, vous aurez remarqué qu'il n'y a pas de beurre, ça tombe bien, période de pénurie.....

Bye MClaire.








dimanche 15 octobre 2017

Anna Gavalde "fendre l'armure"




J'avais découvert Anna Gavalda en lisant "Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part." c'était en 1999, j'avais beaucoup aimé ce livre de nouvelles et depuis je lis ce qu'elle publie, j'ai dû en "sauter" deux ou trois pas plus, la couverture ne devait pas m'attirer. 
Michelle m'a prêté "Fendre l'armure.", il ne restera pas dans ma bibliothèque, je vais lui rendre ! Un livre de nouvelles, encore.
Sept nouvelles plus ou moins passionnantes mais dans l'ensemble j'ai aimé, certaines sont délicieuses à lire, mignonnes, d'autres vraiment émouvantes. J'aime la légèreté du style d'écriture et la faculté de l'auteure à se mettre dans la peau de tous les personnages.

"L'amour courtois." écrit avec les mots des jeunes de la cité, cela pourrait offusquer certains lecteurs, moi j'ai souri. La vendeuse de croquettes de chez ProCanina est tordante et tellement désespérée. Ses mots d'amour sont ceux de sa génération.
-Vous faites quoi ?
-Je suis poète.
"Tain, j'ai eu l'air con. Je ne savais même pas que ça existait encore comme profession.
Et d'un seul coup, rac, il est devenir hyper triste.
Le visage gris et les yeux de cocker abandonné
Sérieux, ça devenait moins drôle et j'avais hâte que ma citrouille se raboule. (la citrouille est le RER)
Si on m'avait dit qu'un jour je prendrais le D de minuit avec Victor Hugo en personne et qu'en plus ça me chaufferait le bedon, franchement je me serais retournée pour voir de qui on parlait.


"La maquisarde." Tristesse d'avoir perdu un être cher, deux enfants, la vie qu'il faut affronter, le whisky bu en cachette, l'alcool qui ne laisse pas de répit et la rencontre avec une femme encore plus malheureuse qui s'épanchera sur son canapé pour être consolée, une liaison clandestine, lui ne veut pas quitter sa femme, elle l'attend. 
Si vous n'avez pas lu "Back Street" de Fannie Hurst, lisez-le, publié en 1931, un beau succès, je l'ai lu il y a longtemps, mais j'y ai pensé. Un amour dans l'ombre. Très beau bouquin qui doit être toujours édité.

"Mon chien va mourir."  Le chien va mourir alors qu'il l'avait aidé à surmonter, un peu, juste un peu, la mort d'un enfant asthmatique, il lui donnait un peu l'affection qu'il n'avait plus à côté de sa femme plongée dans le désespoir d'avoir perdu cet enfant. Une maison où il n'avait plus envie de rentrer, il était bien dans son camion, sur la route, avec son chien.
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle.

"Happy Meal." C'est mignon, la chute est bonne.

"Mes points de vie." Un échange de Pokémon qui tourne mal, un gros chagrin d'enfant.

"Le fantassin." La meilleure nouvelle à mon avis, j'ai beaucoup aimé cette histoire d'amitié qui se noue entre deux voisins de palier, toujours impeccablement chaussés, Louis s'occupera de Paul lorsque tout ira mal. Paul ne sait pas aimer, il n'a jamais été aimé, né dans une famille de la grande bourgeoisie, il reprendra naturellement l'affaire prospère de la famille. L'argent n'est pas synonyme du mot Amour. On peut aussi se sentir misérable avec un compte banque à plusieurs chiffres.

"Un garçon."  Ce n'est pas ma nouvelle préférée, le mariage d'une ex- la beuverie, le retour sur Paris, je n'étais pas convaincue.

Je ne me suis pas ennuyée, j'ai lu ce livre avec plaisir.

Bye MClaire.


dimanche 8 octobre 2017

Claudie Gallay "La beauté des jours"



J'ai lu quelques livres écrits par Claudie Gallay, j'avais beaucoup aimé "Les déferlantes". 
J'aime la présentation des livres d'Actes Sud, hasard, j'aime toujours les livres qu'ils publient, ils font les choix qui me conviennent.

"La beauté des jours" est un livre profondément attachant, Jeanne est attachante. J'avoue avoir été un peu perturbée par elle, sa façon de mener sa vie, faite d'habitudes, de moments précis, attendre que le train de 18h01 passe au bout de son jardin, inventer des vies aux passagers, voilà elle aime les habitudes mais rêve de rencontres improbables, c'est Jeanne.
" De l'intérieur des wagons, on devait la regarder aussi, saison après saison, une femme dans son jardin, sa maison devait faire envie, surtout maintenant, au printemps, un tel pavillon fleuri. "

Jeanne travaille à la poste, un boulot routinier qui lui convient. Elle est mariée à Remy depuis vingt ans, un homme attentionné qui ne souhaite que son bonheur mais qui l'amène tous les étés à Dunkerque alors qu'elle rêve d'autre chose, mais ne le dit pas, New-York par exemple, là où vit Marina Abramovic, une artiste plasticienne, j'ai regardé sur Internet, Marina Abramovic existe réellement, elle pratique un art qui pourrait aussi vous paraître bizarre, allez jusqu'au bout de sa résistance sous les yeux de ses admirateurs. Jeanne collecte tout ce qui se dit, s'écrit sur elle, elle est fascinée. Elle lui écrit des lettres, certaines ne sont jamais postées, son rêve : la rencontrer.

Jeanne et Remy ont deux filles, des jumelles qui se sont envolées loin de la maison, la maison paraît vide.

Jeanne fait aussi quelques folies, elle suit des inconnus dans la rue, une fois, une seule fois pour deviner à quoi ressemble leur vie. Et là arrive ce qui la fera chavirer, elle rencontre Martin, un copain de lycée, elle était amoureuse de lui, elle lui avait fixé un rendez-vous, il était arrivé accompagné de trois copains. Adieu amour de ma jeunesse. Il y aura Rémy.
Martin bousculera sa vie.

Les parents de Jeanne ont une ferme, elle a été élevée à la campagne, quatre filles, le premier enfant qui était un garçon est mort-né. Jeanne est l'enfant de remplacement, une fille alors que le père désirait un garçon, pour le nom, la ferme.
Le père ne l'embrassait pas, ils se regardaient. Le père est un taiseux. Il y a aussi la M'né, sa grand-mère qui la comprend.

Dans la rue de Jeanne, habite sa meilleure amie, Suzanne, qui s'est fait plaquer par son mari Jef, un type pas très intéressant, elle souffre, ne peut accepter ce départ, Jeanne est toujours là pour la consoler.

J'arrête, j'ai planté le décor.

J'ai aimé :

Tout, j'ai tout aimé. L'écriture, des phrases courtes, la description des sentiments si précise et délicate. Le personnage de Jeanne, lumineuse, si douce, mais pas soumise, Jeanne qui n'hésite pas à franchir les limites fixées, mais qui comprendra que son bonheur est là, près de Rémy, de ses enfants, avec ses habitudes. Elle ne se sacrifiera pas, elle choisira.

J'ai beaucoup aimé Rémy, sensible, qui devine, mais ne dit rien pour ne pas briser l'harmonie de la famille.

Les femmes n'avouent pas toujours leurs pensées, les gens ne perçoivent que ce que nous voulons bien montrer, Jeanne a une vie intérieure.

J'ai aimé la description de l'île de Teshima au Japon.

"Dans une petite maison de bois noire, le petit musée de Christian Boltanski contient l'œuvre Les archives du cœur. Depuis 2008, l'artiste a enregistré les battements de cœurs d'inconnus à travers le monde. Artiste français le plus prisé au Japon, Boltanski a su toucher l'âme de ses résidents à travers cette installation. Il est même possible d'enregistrer votre propre cœur à l'intérieur de la galerie !"

Martin est parti au Japon, mais avant il a enregistré les battements du coeur de Jeanne, celui de Zoé sa nièce, une enfant différente.
Les messages de Martin sont très apaisants
"Ici, on apprend aux enfants à être libres et heureux, en plus de tout le reste. On leur apprend aussi à ne pas avoir peur. On fait du bonheur une matière à part entière, avant tout, une matière sensible et non notée."
"La douleur c'est secret. Je vis tranquillement. Je regarde la mer."

Un très beau roman pour cette rentrée littéraire, à ne pas manquer, vous aimerez, j'en suis certaine.

Bye MClaire.






mardi 3 octobre 2017

Karine Tuil "Quand j'étais drôle."




J'ai découvert Karine Tuil en lisant "L'invention de nos vies."
J'avais aimé, je l'ai prêté à une amie qui n'a pas du tout aimé,.
"Quand j'étais drôle." pourrait provoquer le même effet. J'ai aimé l'écriture, l'histoire, l'humour de certains passages.
Ce livre était offert, deux livres de poche achetés, un offert, je l'ai choisi.


L'histoire commence lorsque Jérémy est en prison, c'est
celle d'un loser. Jérémy Sandre est un humoriste sous son nom de scène, Jerry Sanders. Il fait partie d'un trio, il y a Alain et Thomas, ses compères. Ils ont un certain succès, sont connus, reçus dans le milieu people, tout roule, jusqu'au jour où Jérémy décide de conquérir l'Amérique seul.
Il décide de partir avec son amoureuse du moment, une russe, Natalia, qui rêve elle aussi d'un avenir au cinéma.
Jérémy avait déjà fait un séjour aux U.S.A lorsqu'il était plus jeune, il avait connu une jeune fille, lui avait fait un enfant, une fille Eve, enfant non souhaité, mais le mariage avait eu lieu, le divorce avait suivi et il était revenu en France.
Pension alimentaire versée lorsque tout allait bien, mais il n'avait jamais assuré le rôle de père traditionnelle, sa fille ne le voyait jamais. Elle a 15 ans, lorsqu'il décide de la revoir.

Retour à New-York, un contrat dans une salle qui tourne au fiasco, les français n'ont plus la faveur du public, la guerre d'Irak est passée, Bush est réélu, une blague court :
"Comment appelle-t-on un avion français qui vient en aide aux troupes américaines et anglaises en Irak ? Un mirage."
Boycott sur tout ce qui est français, Jérémy subit le bouche- à-oreille qui fonctionne mais à l'envers, il cumule les handicaps. N'importe quelle personne sensée serait retournée en France avant d'être oubliée, lui non, il persiste et touchera le fond de la misère financière et morale.
Il fait croire à ses parents et à ses frères qu'il a du succès, n'ose pas avouer ses échecs, un vrai affabulateur qui vivra dans l'imposture, il sera découvert lorsque son père se rendra à New-York, à la fausse adresse, celle d'un ami fortuné. Son père a fait le voyage pour lui annoncer qu'il quitte sa mère, veut vivre une nouvelle vie avec une autre femme  et il a besoin d'argent...
"Une histoire d'adultère, voilà ce qui t'a fait venir jusqu'ici ?" ai-je demandé.
"Non, m'a t-il corrigé, une histoire d'amour."
J'étais abasourdi. "Qu'est-ce que cette femme à de plus que maman ?"
"Cinq ans" a t-il répondu.

Il rentrera en France, retournera vivre chez sa mère, Eve sa fille le rejoindra, une Lolita qui use de son pouvoir sur les hommes, le pire se produira et Jérémy se retrouvera en prison...

Je ne raconte plus, vous lirez la suite si vous arrivez à vous procurer ce bouquin qui est en poche.

J'ai aimé :

Rien de plus horrible pour un humoriste d'entendre de la bouche d'une femme qu'il pense aimer "Tu ne me fais plus rire." Le rire est important dans une relation qui débute sur ce critère "Tu me fais rire.".
L'humour de certains passages, il a des allergies "Avez-vous des antécédents familiaux." "Je n'ai que cela."
Ses relations avec son père "Longtemps, je me suis cherché un père, un père alors que le mien était vivant..."
Ce père s'invente une maladie neurologique et profite de toutes sortes d'aides.
"Comme les escrocs milliardaires s'installent dans des édens fiscaux, il s'était choisi un paradis social, la France, pour y vivre une retraite paisible."

La description du milieu artistique, être au sommet, gâté, et le jour d'après plus personne ne vous connaît, le téléphone ne sonne plus, on ne vous rappelle plus. C'est très justement décrit.

Cet homme est lâche, il geint sans arrêt, menteur et mauvais fils, cynique, mais nous finissons par nous attacher à son personnage. L'auteure a réussi à se mettre dans la peau d'un homme, ce qui n'est pas toujours évident pour une femme..

Un bouquin plaisant à lire.

Bye MClaire.














lundi 25 septembre 2017

Jules Vallès.























Je flânais dans la librairie éphémère située à Argelès-Plage, tous les étés ils vendent des livres à des prix assez bas, j'ai été attirée par la couverture du livre et par le nom de l'auteur que je connaissais un peu, un vague souvenir de mon adolescence. J.Vallès a écrit à la fin de sa vie, pendant son exil une trilogie, "L'enfant." "Le bachelier." "L'insurgé." 
J'ai acheté "L'enfant." et je suis retournée acheter "Le bachelier."ils n'avaient pas "L'insurgé."

'L'enfant." est un livre long à lire, dur, sombre, quelques traits d'humour, mais passionnant.

"« C’est dans cette prison que j’ai passé les heures libres de ma vie d’enfant...» Publié dans un journal.

Le décor est planté, cette maison est située dans un quartier pauvre du Puy-en-Velay. Le père est professeur aux maigres revenus , la mère est issue du milieu paysan, pingre, chaque sou compte et il se verra reprocher pendant toute sa jeunesse le moindre sou qu'elle dépensera pour lui. Enfant battu, il est le souffre douleur de cette mère qui exige de lui des bons résultats à l'école et qui arrivera à lui faire croire qu'elle le bat pour son bien, elle l'aime, elle fait bien de le battre, nous saisissons toute la perversité de cette relation.

Les seuls moments de liberté de bonheur, d'insouciance, sont les vacances qu'il passe à la campagne, à Farreyrolles, chez ses tantes et son oncle Jean qui dit le Bénédicité, le mot Amen est celui qu'il entendra le plus souvent lorsqu'il était petit.

Le père est muté à St-Etienne puis à Nantes, après une infidélité du père, la vie deviendra impossible, la mère reprochera sans arrêt cette incartade rendant le père violent, l'enfant sera battu par le père autant que par la mère. Il rate la fin de ses études et finit par obtenir le droit de retourner à Paris, il y avait vécu un an pendant ses études, le père avait jugé qu'il valait mieux se séparer de lui.
Jules Vallès avait écrit à son père "JE VEUX ETRE OUVRIER." injure suprême pour ce père qui s'était hissé dans la société, d'une famille ouvrière au rang de professeur.
"Te voilà, fainéant ?"
Et il a continué son chemin.
Fainéant ? - Ah ! j'avais envie de courir après lui et de lui demander pourquoi il m'avait jeté entre les dents, et sans me regarder en face, ce mot qui me faisait mal !
Fainéant ! - Parce que, dans le silence glacial de la maison, ce travail de bachot et cet acharnement sur les morts m'ennuient, parce que je trouve les batailles des Romains moins dures que les miennes, et que je me sens plus triste que Coriolan ! Oh ! il ne faut pas qu'il m'appelle fainéant !
Fainéant ! "
La fin du livre décrit un duel avec un St-Cyrien qui s'était attaqué à son père, il sera blessé mais couché dans son lit il entendra une conversation entre son père et sa mère :
"Il vaut mieux qu'il parte." dit le père
"Tu l'embrasseras avant de partir."
"Non. Tu l'embrasseras pour moi. Je suis sûr que j'aurais encore l'air chien sans le vouloir..C'est le professorat, je te dis ! Tu l'embrasseras et tu lui diras, en cachette, que je l'aime bien...Moi, je n'ose pas."

"Ah ! Je crois qu'il eût mieux fait de m'aimer tout haut ! Il me semble qu'il me restera toujours de ma vie d'enfant, des trous de mélancolie et des plaies sensibles dans le coeur."

C'est à Nantes que "Jacques" le prénom emprunté par Jules Vallès pour le désigner, deviendra un révolutionnaire, c'est là qu'il manifestera pour la première fois, trois ans plus tard il sera sur les barricades à Paris. Toute sa vie il défendra les Droits de l'Enfant au même titre que les Droits de l'Homme, la liberté de la presse lui doit beaucoup.
Il sera journaliste dans différents journaux  au « Figaro », au « Progrès de Lyon », au « Globe », à « L’Evénement » et à « L’Auvergnat de Paris », il crée plusieurs titres : « La Rue », « Le Peuple », « Le Cri du Peuple ».

Il a été publié en 1879 mais j'ai retrouvé des scènes de vie des années 1950, les choses ont évoluées plus tard. Tout a basculé à la fin des années 50. 
Lorsqu'il parle du respect du pain, enfants chez mes parents nous l'avions ce respect, nous ne finissions pas notre pain à la fin du repas, nous le retrouvions dans notre serviette pour le repas suivant, nous ne jetions pas le pain.
Les vêtements qu'il portait jusqu'à l'usure, nous n'avons pas connu ça mais il n'y avait pas Camaieu, Pimkie etc...le tissu coûtait cher, il y avait les habits pour aller à l'école et les vêtements du dimanche et il n'était pas rare que les vêtements de l'aîné ou d'une cousine passent au suivant..

J'ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre, que je n'aurais sans doute jamais lu si je n'avais pas eu l'idée de rentrer flâner dans cette librairie. Bouleversant, émouvant, révoltant.
Un livre à lire.

Bye MClaire.