dimanche 19 février 2017




 Gilles Marchand. Premier livre écrit en solo.


















J'ai fini ce bouquin hier et comme toujours j'enchaîne sur un autre, celui de Catherine Cusset "L'autre qu'on adorait." je ne suis pas allée très loin, je me suis arrêtée à l'introduction, un passage de Proust, ce passage aurait dû être cité au début de "Une bouche sans personne." Connaît-on vraiment l'autre, même celui que nous côtoyons tous les jours ?

"Une personne n'est pas, comme je l'avais cru, claire et immobile devant nous avec ses qualités, ses défauts, ses projets, ses intentions à notre égard (comme un jardin qu'on regarde, avec toutes ses plates-bandes, à travers une grille), mais est une ombre où ne nous pouvons jamais pénétrer, pour laquelle il n'existe pas de connaissance directe, au sujet de quoi nous nous nous faisons des croyances nombreuses à l'aide de paroles et même d'actions, lesquelles les unes et les autres ne nous donnent que des renseignements insuffisants et d'ailleurs contradictoires, une ombre où nous pouvons tour à tour imaginer avec autant de vraisemblance que brillent la haine et l'amour."

Le narrateur est comptable, il a droit régulièrement à la question "Vous comptez quoi ?". Une vie bien réglée, faite d'habitudes, travail, bas du visage caché par une écharpe, arrêt au bistrot pour boire un café et un whisky avec ses potes, Thomas qui s'invente des enfants depuis son accident, des enfants qu'il n'a jamais eu  et Sam qui reçoit des lettres de sa mère morte, eux ne posent jamais de questions, il y a Lisa la serveuse, jolie Lisa, douce Lisa et les disques des Beatles.
Arrêt chez la boulangère qui parle toujours au futur et qui ne manque jamais de dire un mot sur la météo ou lorsqu'elle est pressée dit "Et avec ça vous prendrez ?". Rencontre avec une dame qui promène son petit chien mais qui évite de le regarder. La routine. La concierge est morte et personne ne la remplace, les poubelles s'entassent dans l'escalier, il faudra creuser un tunnel pour atteindre l'appartement, à condition qu'un orchestre tzigane n'encombre pas le palier.
Une mouche se promène sur les murs, un python se glissera dans l'escalier, c'est peut être "Gros câlin." sorti du roman de Romain Gary ?

Attention, le livre est tout sauf ennuyeux, touchant, original, très original, un peu loufoque mais profond, léger aussi.

Un jour, le narrateur renverse son café sur son écharpe, découvrant une cicatrice qu'il cachait et là ses amis qui ne connaissent rien de son histoire lui demandent de raconter sa vie. Thomas son ami lui dit : "On ne peut pas indéfiniment cacher ses cicatrices à sa famille." Deux pages magnifiques sur la solitude, Thomas raconte "Un matin, j'ai appris que mon père était mort.Je ne l'avais pas vu depuis deux ans. Éloignement, impression qu'on n'avait plus rien à se dire. Le temps qui passe et on laisse filer. "On aura toujours le temps." On remet à plus tard et on passe du plus tard au trop tard. J'ai eu des remords, j'ai eu de la peine. J'étais seul et je me rendais compte que je ne l'étais pas la veille au soir." Les gens du bistrot sont devenus ses amis, sa famille.

Le narrateur commence à raconter son histoire et chaque soir le public captivé est de plus en plus nombreux dans le bar...
Le grand-père Pierre-Jean tient une place essentielle dans sa vie, merveilleux grand-père qui a remplacé ses parents et qui sans cesse enjolive la vie avec des histoires.
"Il était un peu comme mon père, un peu comme mes frères..Il était tout ce qui me restait de ma famille. Il ne m'a jamais abandonné et a fait couler toutes les années de ma jeunesse et les enveloppant d'humour et d'amour."

Nous naviguerons entre le présent et le passé, l'histoire deviendra rocambolesque, un récit imaginaire et il faudra bien une fin, une fin bien réelle.J'ai pleuré...

J'ai beaucoup aimé ce livre, mais attention il faut aussi aimer l'absurde, le pouvoir de l'imaginaire, j'ai aimé cette histoire d'amitié qui fait oublier la solitude pourtant bien présente dans ce livre.

Bye MClaire.



samedi 11 février 2017

Celle qui fuit et celle qui reste. Elena Ferrante.



Nous ne connaissons toujours pas le visage de l'auteure.

Je suis triste, infiniment triste, je n'ai pas aimé ou plutôt rien n'a fonctionné. J'avais adoré les deux autres "L'amie prodigieuse" et "Le nouveau nom." Comme tous les lecteurs de cette saga, ceux qui aiment, je me suis précipitée sur le troisième tome et là désillusion totale.

J'ai commencé le livre, je retrouvais les personnages, je n'avais pas oublié les noms, les familles, le quartier, les deux copines si différentes, je ne retrouvais pas cette magie qui m'avait fait aimer Lena et Lila, si dissemblables et pourtant si proches.
J'ai continué avec obstination, il allait se passer quelque chose, ce n'était pas possible. Rien.

Dans ce tome, l'histoire se déroule à la fin des années 1960, 
à Paris se déroule la "révolution" de 1968, l'Italie est en pleine mutation politique. Les moeurs seront aussi bouleversées dans un pays aussi macho, les femmes apprennent la contraception, la liberté, les hommes sont interloqués, ils ne comprennent plus ou en profitent.
Histoire banale de cette époque, Lena et Lila auront des enfants qu'elles ne désiraient pas mais qu'elles aimeront. Lena l'intellectuelle, celle qui a fait des études, restera coincée chez elle, mère au foyer, deux fillettes et Pietro un prof universitaire. Elle voyait sa vie autrement, elle vivra une vie sans perspective, un mari de plus en plus indifférent, mais rien de plus banal à cette époque, toutes les femmes ne travaillaient pas, surtout dans les milieux aisés, les femmes des milieux ouvriers travaillaient par nécessité.
Léna voudra s'émanciper, Lila attirera l'attention de ces milieux intellos qui décrivent la condition ouvrière, elle se rebiffera, fidèle à elle-même.

J'ai trouvé les chapitres répétitifs, l'impression de lire et relire toujours la même histoire, il y a des longueurs. Les relations des deux amies toujours aussi compliquées, rien n'avance, la victime et la méchante.

La fin est plus intéressante, sans doute pour nous allécher, nous donner l'envie d'acheter le prochain. Non, ça ne prendra pas, il y a toujours un moment où une saga doit avoir une fin, au risque de lasser.

Rien d'autre à raconter, comme dans le livre.

Bye  MClaire.


mardi 31 janvier 2017

"L'homme qui voyait à travers les visages." E.E Schmitt.




J'ai fini ce livre aujourd'hui. 
J'ai toujours aimé lire cet auteur, pour moi E.E.Schmitt restera à jamais lié à "Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran." mon préféré.
Le mot Coran figurait déjà dans ce titre. Il figure aussi à de nombreuses reprises dans ce dernier roman. Livre consacré en grande partie aux religions, à Dieu, aux croyances, aux rapports entre Dieu et les hommes. 
L'auteur avait eu une révélation dans le désert, il racontait son histoire dans "La nuit de feu.", il avait découvert la foi en Dieu. 

Le lieu de ce roman : Charleroi, ville sinistrée, les usines ferment et la place Charles II est l'endroit où un terroriste a choisi de se faire sauter, devant une église au moment d'un enterrement.

Le personnage principal du roman : Augustin, stagiaire au journal "Demain", sera témoin de l'attentat mais indemne il sera conduit à l'hosto pour des examens, c'est là qu'il devra fournir son témoignage à la police et à la juge Madame Poitrenot. Il n'osera jamais dire qu'il voit les morts, que le terroriste avait perché sur son épaule un homme minuscule qui lui hurlait des ordres. 
Le patron de "Demain" l'infâme Philibert Pégard, ne le paye pas, Augustin doit squatter et se nourrir en fouillant dans les poubelles. Augustin est un enfant abandonné, il ne sait pas qui sont ses parents.

Le roman se déroule de nos jours, des vagues d'attentats secouent l'Europe.

Le décor est planté. Vous n'aurez plus qu'à croire aux fantômes, à la rencontre d'Augustin avec Dieu, après avoir avalé une potion fournie par l'auteur lui-même E.E Schmitt.
Oui, l'auteur est un personnage du roman qui nous reçoit chez lui, au milieu de ses chiens qu'il adore.
C'est loufoque, bizarre, original, philosophique, nous apprenons que Dieu n'est pas chargé de nous protéger, il nous a laissé libres face à ce qu'est devenu le monde et libres de croire ou de ne pas croire.
Combien de fois entendons nous "Si Dieu existait, rien de ce qui se passe ne serait possible." Nous nous trompons, d'après l'auteur Dieu existe mais pas de la façon que nous imaginons. Le dialogue entre Dieu et Augustin est une réflexion philosophique qui ne manque pas d'humour.
Dieu est vraiment un écrivain incompris.
Nous devinons que l'auteur veut nous amener à nous poser des questions sur notre rapport avec la foi, sur certaines croyances, il veut nous faire emprunter des chemins que nous négligeons. A nous de croire ou ne pas croire.

J'ai aimé le personnage du juge Poitrenot, bizarre, directe, cette femme fait elle même le travail de la police, méprisant le commissaire Terletti qui mène l'enquête. Son attitude est très amusante.

Le personnage d'Oulm Kalsoum alias Robert Peeters est bien campé, personnage secondaire mais important.

Evidemment, nous fondons de tendresse pour Augustin, ce jeune homme qui voit Colette, Mozart, Diderot, Molière, Milarepa, flotter autour d'E.E.Schmitt, lui parler, lui dicter ses paroles. 
Augustin qui essaie de sauver le frère du terroriste qui s'est fait exploser devant l'église et qui veut à son tour tuer le maximum de gens.

La fin du livre est surprenante. 

Pour aimer ce livre qui ne ressemble à aucun autre, il faut absolument entrer dans l'univers de l'auteur, se laisser entraîner dans cette histoire, ne pas rester en retrait, sinon rien ne se passera.

A vous de décider, le lire ou pas.

Bye MClaire.


dimanche 22 janvier 2017

"Sur les chemins noirs" Sylvain Tesson.




J'ai toujours et j'ai toujours eu une grande admiration pour les gens qui osent, pour ceux qui ne se recroquevillent pas dans leur coquille et qui sont ouverts au monde. Ils ne  sont pas toujours exemplaires mais ils osent..
Sylvain Tesson fait partie de ces hommes, j'ai lu un de ses premiers livres il y a longtemps "On a roulé sur la terre" il était en compagnie d'Alexandre Poussin, nous avions vu un documentaire à la télé, Alexandre avait traversé l'Afrique en compagnie de sa femme Sonia, grand ami de Sylvain Tesson, jeunes ils grimpaient sur les murs des monuments de Paris.
J'ai lu Berezina il n'y a pas longtemps, je n'ai pas lu "Dans les forêts de Sibérie." Nous voulions aller voir le film et le temps est passé.
Sylvain Tesson adore grimper, l'Himalaya, toutes les montagnes, c'était autre chose que de grimper sur le toit d'une maison après une soirée bien alcoolisée, il est tombé, a fait une chute de huit mètres, s'est fracassé sur du béton, brisé, en miettes, le beau visage de cet homme s'est transformé, bouche de travers, crâne défoncé, sourd d'une oreille, l'oeil touché. Colonne vertébrale farcie de clous, les poumons touchés, il est resté quatre mois à l'hôpital et lorsque le médecin a parlé de rééducation, il a préféré marcher sur des chemins oubliés, de la frontière italienne au Cotentin. Marcher sur des chemins plutôt que sur un tapis roulant, c'était son choix. Il avait connu Valparaiso, le Népal, la Russie, il ne connaissait pas le Cotentin. C'est cette histoire qu'il raconte.

Une grande leçon de vie, d'endurance, un récit riche de mots, de beaux mots malgré ses maux qu'il ressent en marchant, les descriptions des paysages écrites dans un langage admirable, des réflexions empruntées à des grands philosophes, Agamben par exemple, les écrans qui prennent possession de nos existences:
"Le corps social le plus docile et le plus soumis que soit jamais apparu dans l'histoire de l'humanité."
Les expériences de Jean-Henri Fabre, naturaliste de la fin du XIXème siècle qui faisait comprendre qu'on pouvait s'ouvrir au monde dans le secret d'un jardin.
Le livre n'est pas qu'un récit de voyage, il est aussi une réflexion sur notre société.
Les campagnes qui se dépeuplent, Les belles rencontres dans des vieux bistros, les derniers.
Ses difficultés à renoncer à l'alcool, absolument interdit, alors qu'il traverse les vignes de Provence. Il ne boira plus, lui qui avait tant abusé. Il doit boire du viandox ! Tout le monde ne connaît pas le viandox, en Mayenne, à Entrammes plus exactement il demande un viandox à la patronne d'un café;
-Qu'est-ce que c'est ? dit-elle.
-Un bouillon, dis-je.
-Jamais entendu. Où trouvez-vous cela ?
-Partout. A Brûlon, il m'en ont servi un hier.
-C'est dans la Sarthe ça! dit-elle. Cela ne m'étonne pas d'eux.

Les milles façons de fuir le monde en dépliant cette carte qui lui indique "les chemins noirs." Une carte IGN, une carte de l'hyper ruralité, qui lui permettra d'éviter les grands centres commerciaux, les autoroutes, les villes.

Il arrive que des amis l'accompagnent pendant quelques jours.

J'ai reconnu les endroits le long de l'Indre, les noms des villages qui sont morts ou en train de mourir. Villages bien vivants, connus il y a longtemps.
J'ai reconnu les endroits où son voyage se termine, dans ce magnifique Cotentin, tout là haut, près du phare de Goury.


La fin du livre est très belle.
"C'est fini", me dis-je. Le destin m'accordait la grâce de marcher à nouveau tout mon soûl et de dormir à la belle étoile, sur les avant-postes vivables : Les vires des parois,
les sous-bois, le bord des falaises. Le pays était là, sous mon dos. Personne ne savait très bien ce que lui promettaient les métamorphoses. Les nations ne sont pas des reptiles : elles ignorent de quoi sera faite leur mue...."

Mais lui sait qu'il peut encore trouver des vallons où s'engouffrer, sans rencontrer personne, tout près de chez lui.
Un livre plein d'humanité.

Un livre qui peut vous donner l'envie d'enfiler vos chaussures de marche, prendre un sac à dos et partir sur ces chemins oubliés où poussent les mûres, des pommiers, des noisetiers.

Il cite une phrase de Bernanos "Il n'y a plus beaucoup de liberté dans le monde, c'est entendu, mais il y a encore de l'espace."

J'aimerais rencontrer Sylvain Tesson au salon du livre de la ville de Vannes, je ne sais pas s'il a déjà fait le voyage Paris-Vannes.

Bye MClaire.


dimanche 15 janvier 2017



Si vous êtes hésitante ou hésitant devant les livres étalés chez votre libraire, prenez celui-ci et je vous promets que vous ne serez pas déçus.
Un premier roman très réussi, une écriture simple qui nous touche au premier regard, dès la première ligne.

L'histoire :

Une lignée de femmes fortes, quatre femmes tchèques, Marie qui tient les rênes de cette famille, mère de Magdalena, première bâtarde, Marie a eu cette enfant avec le médecin juif chez lequel elle travaillait, c'était à Vienne,  elle l'aidait lorsqu'une femme accouchait, un peu infirmière, un jour lâchement le médecin est parti avec femme et enfants sans la prévenir en lui laissant une enveloppe qui contenait un peu d'argent, il craignait la montée du nazisme
Elle se réfugiera dans un village perdu avec sa petite fille.
Magdalena sera la deuxième à avoir un enfant de père inconnu, inconnu pour le registre de la mairie mais pas pour elle, Libuse est la fille du fils du patron chez qui elle travaillait, Josef. Josef, son premier amour qui lui aussi fuira la région, l'annexion de la Tchécoslovaquie par les nazis, et surtout fuir les réformes agraires qui se dessinent.

Magdalena se mariera contre son gré avec un boiteux alcoolique et violent, il fallait un père.

Libuse à son tour sera enceinte de, enfin on ne sait pas trop, un allemand, le boiteux violent et violeur ou d'Antonin son ami depuis toujours chez qui elle va chercher de l'affection le soir de son viol.
Libuse subira le joug du communisme.
Eva naîtra, elle aura 20 ans en 1989, l'année de la chute du mur de Berlin. Une autre époque.

Elles n'ont pas honte d'être des bâtardes, elles développent une combativité qui les fait marcher tête haute. 
Marie à inculqué à cette lignée de femmes, une ligne de conduite, ne jamais baisser la tête, ne pas tenir compte des moqueries à l'école, dans le village les gens parlent, il y a du mépris, ce n'est pas important, il faut surtout qu'elles gardent toujours le goût de la liberté.
Marie n'est pas une femme tendre, les câlins sont rarement au rendez-vous, mais c'est une femme forte, le personnage central du roman.

"Je hais ma mère profondément à ce moment-là, d'autant plus qu'elle m'est indispensable (...) Je hais ma mère autant que je l'aime."

Magdalena accouche de son enfant dans les bras de Marie.
La détresse de Magdalena :
"Je suis sûre qu'elle entend encore mon premier cri. Quand elle pense à moi, elle l'a dans les oreilles, il ne peut pas en être autrement. Et moi, je ne sais toujours pas il elle m'aime ou si elle me hait."

J'ai aimé ce roman parce qu'il nous fait aussi traverser toute une période de la Tchécoslovaquie, des années 30 aux années 90, la grande Histoire et les petites histoires.
Un pays sans mer, un pays que j'ai envie de visiter.
L'absurdité des réformes agraires, la réquisition de cette pauvre vache.

J'ai aimé la description de la nature, du monde paysan. J'ai perçu un petit air de Maupassant lorsqu'il écrivait ses nouvelles.

Les scènes de broderie dans cette petite maison, des moments privilégiés.

Je vous conseille de découvrir ces beaux portraits de femmes et certains des personnages secondaires qui sont vraiment très attachants.

Une recommandation de Marie qui peut aussi nous concerner tous :
"Ne laissez jamais les gens avoir pitié de vous. La pitié est ce qui se change en haine le plus rapidement...."

Lisez-le, c'est presque un ordre... Merci à Michelle qui m'a fait découvrir ce livre, je ne sais pas si je vais la remercier pour le prêt du dernier bouquin d'Amélie Nothomb, je ne l'ai pas encore lu !!

Bye MClaire.



dimanche 8 janvier 2017


Un matin, il y a quelques jours, j'écoutais F.Inter, Amélie Nothomb était invitée. Elle est amusante lorsqu'elle est interviewée, elle peut dire des horreurs avec un ton  tout à fait normal.
J'aurais dû me méfier lorsqu'elle a raconté qu'elle avait tué un enfant, elle détestait un garçon de sa classe et toute la nuit elle avait souhaité sa mort, le lendemain en arrivant à l'école, elle avait appris que l'enfant était vraiment mort. Elle se croyait responsable. 
Le journaliste avait eu une hésitation avant de continuer, un peu surpris lui aussi.

Je n'avais jamais lu cette écrivaine atypique, je n'y pensais pas et j'étais certaine que ses bouquins ne me plairaient pas. J'avais raison. Après l'interview j'ai eu une légère envie de la lire, très légère, ce n'était pas une obsession. Je suis allée à la Fnac acheter le livre de L.Gaudé et j'ai mis la main sur celui d'Amélie Nothomb "Pourquoi pas, je ne risque rien, il est en poche, si je n'aime pas, pas de regrets."

"Hygiène de l'assassin." est son premier roman, un scrabbleur m'a dit que c'était le meilleur.

L'histoire :  un écrivain célèbre Pretextat Tach, prix Nobel de littérature, va mourir, il est atteint d'un cancer rare. Obèse, laid, impotent, faire des courses pour s'alimenter, nourrir ce corps énorme, sont ses seules sorties. Il va donner des interviews à quatre journalistes, fait rare.
Trois se font éconduire sans délicatesse, il méprise les gens, il les écrase de son mépris et il est persuadé qu'aucun n'a lu ses livres, seule la dernière journaliste saura lui tenir tête, une femme, il ne supporte pas les femmes, des êtres malfaisants qui devraient mourir dès que leur puberté fait son apparition. Conversation musclée, il sera obligé de livrer son secret, la journaliste a fait une enquête.

Dialogue entre le prix Nobel et la journaliste.

- Féministe, moi ? Je hais les femmes encore plus que les hommes.
- Pourquoi ?
- Pour mille raisons. D'abord parce qu'elles sont laides : avez-vous déjà vu plus laid qu'une femme ? A-t-on idée d'avoir des seins, des hanches, et je vous épargne le reste ?
Et puis, je hais les femmes comme je hais toutes les victimes. Une très sale race, les victimes. Si on exterminait à fond cette race-là, peut être aurait-on enfin la paix, et peux-être les victimes auraient-elles enfin ce qu'elles désirent, à savoir le martyre. 

J'ai trouvé ce personnage ignoble, vulgaire,aucun risque de s'attacher à lui. Il est d'une perversité rarement lue.
J'étais mal à l'aise en lisant ce roman. Je n'arrivais pas à entrer dans l'histoire, saisir toutes les subtilités de l'écriture qui sont pourtant bien réelles.
Le livre est bien écrit, pour mon goût un peu trop de mots savants complètement inutiles, l'histoire originale mais écoeurante, choquante, je n'ai pris aucun plaisir à la lire, j'avais raison cette écrivaine adulée par de nombreux lecteurs ne m'obligera pas à rajouter une étagère dans ma bibliothèque pour ranger ses nombreux livres, elle est prolifique, elle publie chaque année un nouveau roman.
Elle ne fera pas partie de mon univers de lectrice. Je dis souvent que je tâte les bouquins, je les hume avant de les acheter, j'avais dû le faire avec un livre d'Amélie Nothomb et j'avais dû le reposer, rien ne s'était passé.

Pour oublier cette mauvaise impression, je me suis aussitôt plongée dans un bouquin prêté par ma copine lectrice :
"Giboulées de soleil." de Lenka Hornakova-Civade, écrivaine Tchèque, premier roman, j'aime beaucoup. Trois femmes, Magdalena, Libule, Eva, de mère en fille, elles naissent de père inconnu, trois femmes fières et libres.

Bye MClaire.







lundi 2 janvier 2017

"Ecoutez nos défaites." Laurent Gaudé



Publié chez Actes Sud, j'aime bien la présentation des livres chez cet éditeur. Le livre est étroit et plus haut.

C'est le quatrième livre de cet auteur que je lis.
"La mort du roi Tsongor." "Le soleil des Scorta." qui avait obtenu le Goncourt (un Goncourt que j'ai lu, c'est rare."
j'avais aimé. J'avais adoré "Pour seul cortège." Alexandre le Grand et sa marche vers l'Indus.
J'avais écrit une gazette, si ça vous tente

http://gazettemarieclaire.blogspot.fr/2014/11/laurent-gaude-goncourt-pour-le-le.html

J'apprécie l'écriture de cet auteur, ses réflexions philosophiques, l'originalité de ses livres.

"Ecoutez nos défaites" est vraiment original, une construction pas banale. Des destins d'hommes célèbres et d'hommes de l'ombre. Laurent Gaudé entremêle la fiction et la réalité sans que jamais nous nous perdions.

La marche d'Hannibal accompagné de ses éléphants, il marche sur Rome. Il ne vaincra pas mais son nom restera à jamais dans l'histoire.
Le destin d'Hailé Sélassié, Empereur d'Ethiopie qui s'est battu et qui a perdu contre l'envahisseur fasciste. Sélassié et ses Rolls, ses bijoux, son peuple crevait de faim.
Le général Grant et la guerre de sécession. La fin minable de Grant "le boucher".
Assem Graïeb et Job, agents secrets, qui ont vu la mort de Khadafi, la mort de Ben Laden, tant de corps suppliciés, las de la folie des hommes à laquelle ils participent.
A chaque période du livre, les hommes ont été tués par milliers, les soldats se jetaient les uns contre les autres dans des corps à corps mortels.

Il y a Mariam, une archéologue irakienne qui cherche désespérément à sauver des oeuvres d'art avant que les islamistes détruisent tout. Mariam et Assem se rencontreront dans un hôtel, une nuit d'amour au milieu de ces massacres, ils savent qu'ils ne se reverront sans doute jamais. Une nuit d'amour, de douceur pour oublier l'horreur et il y a la petite statuette du dieu Bés, un Dieu monstrueux, nain épais, à gros ventre, nez écrasé, Mariam offre cette statuette à Assem pour qu'elle soit épargnée du pillage.

J'ai souvent vérifié sur Internet si le nom d'un village était réel, si le massacre des enfants dans  une école irakienne était vrai, je sais que des massacres ont vraiment eu lieu et existent encore, la télé n'est pas avare d'images, mais dans un lieu précis, je ne savais pas. 

Ce roman nous pose une question, comment peut-on se déclarer vainqueur après tant de vies sacrifiées, des corps mutilés, de ventres lacérés, des fleuves de sang, de terre rougie, imbibée par le sang.
Les personnages d'Assem et de Job m'ont vraiment touchée, même s'ils n'hésitent pas à tuer ceux qui sont les ennemis de l'Occident. Il y a toujours un moment dans notre vie où nous nous posons des questions sur nos actes.
"Nous n'étions que des hommes, il ne saurait y avoir de victoire, le désir, juste, jusqu'à l'engloutissement, le désir et la douceur du vent chaud sur la peau."

Mariam est aussi un beau personnage du livre, elle assiste impuissante à la destruction du patrimoine culturel de cette région du monde, Hatra, Mossoul, Palmyre, Bamiyan. 
Elle aussi se pose une question : fallait-il déterrer, violer les sépultures de toutes ces merveilles pour les exposer et finalement soient détruites plus tard, ne fallait-il pas mieux les laisser là où elles reposaient depuis si longtemps, loin de la rapacité des hommes ? Le passage du livre qui décrit la découverte des taureaux Apis est très beau. Le nom de l'archéologue Mariette sera pour toujours lié à cette découverte.

J'ai beaucoup, vraiment beaucoup aimé ce livre, sans doute parce que j'aime l'histoire et les épopées flamboyantes, même si à un moment le corps finit par s'incliner pour laisser la place à la mélancolie. C'est vrai, la victoire n'est jamais totale.

Bye MClaire.