mardi 30 octobre 2018

Jacques Expert "Sauvez-moi"






Je ne lis pratiquement jamais des romans policiers, des San-Antonio dans ma jeunesse, c'est tout.
Je ne sais pas ce qui m'a poussé à acheter ce bouquin, l'auteur peut-être, journaliste à la télé, j'aimais beaucoup, un vrai pro. Je ne savais pas qu'il écrivait.
Je n'ai pas été déçue, mais pas du tout, au contraire, ce livre vous tient en haleine du début à la fin, pas envie de le lâcher, avancer dans ma lecture pour enfin connaître l'assassin, nous ne devinons jamais qui tue, nous pensons être sur la piste et puis non, alors qui? Ce n'est pas qu'un thriller, c'est aussi un bouquin qui analyse la psychologie des flics, des juges, des commissaires, nous vivons avec eux au 36 Quai des orfèvres. C'est aussi un roman qui nous fait prendre conscience qu'à tous les moments de notre existence, nous pouvons être des victimes d'une erreur judiciaire parce qu'un instant nous avons fait confiance à quelqu'un.

L'histoire :
Nicolas Thomas est libéré, il passe les portes de la prison de Clairvaux, il avait été condamné à mort et gracié par le Général de Gaulle après avoir sauvagement assassiné quatre femmes, ça c'est que la justice lui reproche, il a toujours clamé son innocence.
Après vingt-neuf ans de prison, il obtient sa liberté conditionnelle, on lui a trouvé un employeur en Normandie, il doit se présenter à la gendarmerie chaque semaine.
Le commissaire divisionnaire Sophie Ponchartrain avait obtenu ses aveux. Pendant des années elle recevra du courrier "Sauvez-moi". 
Nicolas Thomas en liberté, aussitôt les meurtres recommencent, la même façon de tuer. Nicolas Thomas ne s'est jamais présenté à son employeur, il s'est évaporé dans la nature..

C'est un roman policier, je ne vais tout de même pas vous raconter l'histoire complètement, ni la fin... Alors lisez-le.

J'ai aimé le rythme de l'écriture, pas un moment d'ennui, l'auteur arrive à nous faire aimer Nicolas Thomas, ce jeune homme aux yeux bleus que la vie n'a pas gâté, nous voulons qu'il soit innocent malgré quelques ambiguïtés. Il est entré en prison illettré, il en ressort cultivé. 
J'ai détesté très vite cette Sophie Ponchartrain, manquant de patience, autoritaire, arrogante, exigeante, tête à claques que les policiers craignent, en douce ils l'appellent Pimpon mais ils ne mouftent pas lorsqu'ils sont face à elle.
Il y a aussi son assistante, la douce Rachel complètement soumise à sa patronne, admirative.
Tous les personnages sont bien décrits.
Nous pouvons nous poser des questions sur ces interrogatoires. Nous pouvons nous demander combien d'innocents croupissent en prison alors qu'ils clament leur innocence. Cela doit être un peu moins vrai de nos jours, la science a fait des progrès, elle peut fournir des preuves.

-Je vous demande de ne pas me tutoyer, répète obstinément Chambaraud, comme si c'était sa seule défense.
-Je te tutoie si je veux!
-Dans ce cas, je ne répondrai à aucune de vos questions, en attendant quelqu'un de plus respectueux que vous.
Dupouy a sorti son arme et l'a collée contre sa tempe.
-Et là aussi, tu ne répondras à aucune question, ordure ?
..
-Vous ne me faites pas peur.
-Ah oui? Je dirais que tu as tenté de me reprendre mon flingue. On me croira puisque tu ne seras plus là pour raconter le contraire! et ça me fera un bien fou...
-Ne me tutoyez pas!

Pourquoi tutoyer? Le tutoiement peut être amical ou la forme d'un profond mépris.

Un bémol, j'aurais bien voulu savoir où se rendait Sophie Ponchartrain chaque nuit...Rien sur ce détail.

La prison vétuste de Clairvaux fermera définitivement en 2022.

Je vous recommande ce bouquin, vous passerez un excellent moment, d'accord, vous ferez peut être un cauchemar, vous entendrez une porte s'ouvrir pendant votre sommeil, vous attendrez qu'une main vous saisisse dans la nuit après avoir repéré quelqu'un qui vous suit.....

Bye MClaire.

mardi 23 octobre 2018

"La tour abolie" Gérard Mordillat.








Vous avez peut être vu "Vive la sociale" à la télé, le film est sorti en 1983, vous avez peut être lu "La brigade du rire", deux exemples parfaits de l'univers Gérard Mordillat. Il est de gauche, même très à gauche, il a du talent.
Je n'écarte jamais les livres des gens de droite ou de gauche s'ils ont du talent.
J'avais beaucoup aimé "La brigade du rire", j'ai acheté "La tour abolie" en poche.

En haut de la tour Magister, trente-huit étages, qui pourrait se situer dans le quartier de la Défense, une grande compagnie d'assurances, tout son état major travaille là, son but le profit.
Des bureaux occupés par Nelson, William, Quentin, Xavier, Frédéric, Gladys et le Président Robsen. Ils sont des cadres supérieurs rémunérés deux cent cinquante mille euros plus les bonus :
"Les bon, vous les notez mal et vous les payez très bien. Les mauvais, au contraire, vous les notez très bien et vous les payez mal.."
"Le mauvais bien noté mais mal payé sera une proie offerte à nos concurrents. Ses notes témoigneront d'une excellence (factice) et son salaire d'une injustice. On se le fera piquer sans problème! Ce qui aura le double avantage de nous débarrasser d'un naze et d'en fournir un à la concurrence..."
Le cynisme règne.

A l'accueil, Peggy, blonde, bien en chair, minois de poupée et pas farouche. 
Les épouses des cadres supérieures ont aussi une vie un peu agitée, il faut bien s'occuper lorsque les maris sont souvent absents !! Vies privées difficiles.

Dans les sous-sols et les parkings, des misérables et Peggy qui dort là dans une voiture, avec son frère qui est un illuminé. Peggy prend tous les jours le RER pour tromper le personnel, elle revient lorsque plus personne ne risque de la surprendre. Peggy n'a pas les moyens de payer une location.

Deux mondes qui ne se côtoient jamais, la police vient quelquefois vider les lieux à grands coups de Karcher, mais ils reviennent, il y a des Popovs, les Rats, les Zombies, des drogués, des ouvriers sans papier qui travaillent sur les chantiers et qui se nourrissent avec les déchets du self, la cantine qui ne rapporte pas assez et qui doit être supprimée pour laisser la place à un Fitness plus rentable. La révolte viendra de là, les containers sont aspergés de javel et le self doit fermer.

Le décor est planté. 

Je suis partagée, j'ai aimé et moins aimé.
J'ai aimé les passages qui décrivent notre monde, les très nantis et les misérables, ceux qui consomment et ceux qui n'ont rien, l'auteur sait manipuler les mots, il décrit très bien le monde des grandes entreprises, plus aucune humanité que du profit. Les cadres supérieures ne voient rien arriver, ils sont manipulés et arrivera la grande remise en question.
Tout s'effondrera, le feu embrasera le trente-huitième étage.
Un feu d'artifice.
J'ai aimé Thelma, la femme de William, cadre chez Magister, Thelma écrit un blog, une révolutionnaire qui se contrefiche de ce que pourrait penser la direction de Magister. Elle soutient les sans-papiers, les marginaux. Une femme forte.
"Vous savez quel est le mal du siècle?
L'indifférence, dit Thelma. Tout le monde ferme les yeux, tourne la tête et se tait devant l'horreur du quotidien comme si cela suffisait pour être épargné."

J'ai beaucoup moins aimé les passages très crus, les mots grossiers prononcés par la faune. L'auteur n'était pas obligé de les transformer en animaux sans pudeur pour rendre son livre intéressant. J'ai souvent hésité à poursuivre ma lecture et le passage suivant me réconciliait avec le livre.

Alors quel conseil donner? Vous pouvez aimer, le style est tout de même flamboyant, l'histoire très intéressante, le destin des personnages peut concerner chacun de nous, vous pouvez être au sommet et plonger dans un abîme de misère, Nelson un cadre connaîtra la rue, la faim, la folie.
G.Mordillat dépeint très bien notre société, il y a du rythme, autant de choses qui peuvent vous décider à le lire.

Bye MClaire. 








lundi 15 octobre 2018

Olivier Adam "La tête sous l'eau"


Olivier Adam publie, je lis sans hésitation, j'aime cet auteur depuis son premier livre "Je vais bien, ne t'en fais pas", son dernier bouquin "Chanson de la ville silencieuse" publié début 2018 a été l'objet d'une de mes gazettes, j'avais aimé.

J'ai rencontré cet auteur à l'occasion du Salon du Livre à Vannes. Je l'avais vu quelques heures avant déambuler dans les rues de Vannes, seul, observateur, je l'avais reconnu, regard bleu, l'air mélancolique, je n'aurais jamais osé l'aborder, je pense qu'il ne doit pas aimer, pas rock-star !! Je l'ai fait lorsqu'il était à son stand, l'endroit était approprié, je ne suis pas certaine qu'il aime beaucoup ce genre de manifestation, promotion oblige sans doute.  

Dans "Je vais bien, ne t'en fais pas" il faisait disparaître un fils, dans "La tête sous l'eau" c'est une soeur qui disparaît.
Des histoires de famille compliquées. Un roman sur l'absence. Absence d'un père, l'absence n'est pas physique, absence d'une mère qui préfère s'éloigner, absence d'une fille qui disparaît à l'occasion d'un festival de musique en Bretagne.
Antoine le fils assiste à la déliquescence de sa famille.

O.Adam aime la Bretagne, il décrit si bien la mer, les côtes de Saint-Malo.
La famille s'est installée à St-Lunaire près de St-Malo, les parents ne supportaient plus Paris, le père journaliste a trouvé du travail dans un journal local, la mère est prof à Rennes, Antoine et Léa sont inscrits au lycée. 
Ils venaient souvent en vacances dans ce coin et pensaient que le bonheur serait présent en s'installant sur cette côte. 
Cela ne sera pas le cas, une vague de tristesse envahira cette famille qui explosera au fil des mois.
L'endroit où vous passez de magnifiques vacances d'été n'est pas le même pendant l'hiver.
Léa disparaîtra mais sera retrouvée, le cauchemar ne sera pas terminé, la guérison sera longue, le pervers qui l'avait enlevée est en liberté. Plus tard, l'adolescente osera enfin avouer son secret.

Des belles pages sur le surf, Antoine surfe pour oublier :

"Les vagues sont hautes ce soir. Elles me frappent, me rouent de coups, s'abattent sur moi avec toute la brutalité nécessaire. À cet instant c'est exactement ce que j'attends d'elles. Qu'elles m'assomment. Me foutent la tête sous l'eau. Me passent au Karcher. Me nettoient de fond en comble. Et finissent par m'effacer tout à fait. Remis à neuf, essoré, liquidé." 

L'auteure écrit sur l'adolescence, décrit leurs souffrances. J'ai lu qu'il destinait ce livre à un public jeune, je ne fais pas partie de ce public mais j'ai apprécié une fois de plus son style d'écriture, je l'ai lu d'une seule traite en quelques heures.
A mon avis ce n'est pas son meilleur roman, mais il reste un bon roman.

Bye MClaire.






vendredi 5 octobre 2018

"Un clafoutis aux tomates cerises." Véronique de Bure.



Une jeune femme qui décrit si bien les sentiments d'une dame de 90 ans. Elle a dû côtoyer de très prés une vieille dame, l'écouter, la comprendre. Ce livre est un petit bijou de tendresse.

Je l'ai commencé et je n'ai plus pu le lâcher. 
J'ai commencé par éclater de rire en lisant chaque page, les réflexions désopilantes, les anecdotes, tout prêtait à rire et au fur et à mesure de l'avancement de ma lecture, je n'avais plus envie de rire, juste sourire, le sourire s'effaçait  pour laisser place à l'émotion.
Jeanne vieillissait, chaque jour lui apportait des contrariétés, des chagrins, Jeanne avait eu quatre-vingt-dix ans. Je ne me suis jamais ennuyée avec Jeanne.
Le temps n'est pas le même lorsque nous avons vingt ans, nous sommes à l'aube de notre vie, le temps s'étire, la vie s'ouvre à nous, à quatre-vingt-dix ans, si nous y arrivons, nous sommes au crépuscule de notre vie, la nuit tombe vite surtout en hiver. Il reste si peu de temps.

Jeanne vit dans un petit village, près de Vichy, son mari René est mort, il lui reste ses copines, ses voisins Fernand et Marcelle qui sont toujours disponibles pour lui rendre service, la femme de ménage qui vient une fois par semaine, la factrice qui s'arrête pour lui donner son courrier et prendre celui qui est à poster. Elle a des enfants qui vivent à Paris, sa fille qu'elle a eu un peu tard et avec qui elle est fusionnelle, descend souvent, ses petits-enfants accompagnent leur maman, son fils s'occupe de ses papiers. Elle n'est pas seule et  a la chance d'être en bonne santé et d'avoir toute sa tête, elle peut rester dans sa grande maison, s'occuper de son jardin, jouer au bridge, faire ses courses, elle conduit. A notre époque où tout va si vite, Jeanne vit dans une bulle hors du temps, à la campagne, elle regarde pousser ses légumes, ses fleurs, le bonheur est dans son coin de campagne, dans le Bourbonnais. Ses copines, Toinette est veuve, Nine aussi, Gilberte aussi. "Aucune ne s'est remariée. Aujourd'hui il n'y a quasiment plus d'hommes au-delà de quatre vingt-ans dans le pays. Il n'y a que Chantal qui n'ait pas eu de mari. On prétend même qu'elle n'aurait jamais vu le le loup..."

Jeanne raconte ses journées, jour après jour.Elle confectionne un clafoutis et confond les tomates cerises et les cerises qui sont congelées. Un autre jour, c'est une copine qui disparaît, puis une autre que ses enfants font rentrer en maison de retraite. Un autre jour, elle tombe. Elle entend moins bien mais elle ne veut absolument pas ces espèces de gros boîtiers beiges, aux allures de flageolets en plastique. Marcelle sa voisine a perdu la tête, hospitalisée elle meurt, Fernand est désespéré, il a trouvé une maison d'accueil. Tout s'effiloche, son entourage se rétrécit. Elle sait que la fin est proche. Il faut bien partir un jour.
"Demain, c'est le printemps. La traversée s'achève, enfin. Je distingue l'autre rive, celle de la vie qui reprend. C'est demain et pourtant l'horizon reste flou, comme lointain. Les couleurs m'apparaissent pâles, la lumière un peu blême, comme au travers d'un voile. Vais-je arriver à traverser jusqu'au bout? J'avance si lentement et je me sens si lasse.."

Un très beau roman sur le grand-âge, sur une vieille dame qui nous donne envie de vieillir, j'ai oublié de dire qu'elle jouait aussi au scrabble et qu'elle aimait beaucoup boire son petit coup de blanc avec ses copines. Elle peut ressembler à votre grand-mère, à une voisine que vous aimez, ce livre est du bonheur. "Du bonheur en mots" et j'ai envie d'ajouter, si vous êtes dans le troisième âge vous allez reconnaître certains de vos sentiments, les réflexions sur les enfants sont hilarantes.

J'aurais tellement aimé voir ma mère vieillir comme elle, quatre-vingt-dix-huit ans, mais rien, pas d'angoisse, pas de plaisir, pas de chagrin, pas de joie, pas de souvenirs, elle vieillit...

Ce roman est en poche. Ne vous privez pas de sa lecture.

Bye MClaire.



vendredi 28 septembre 2018

"La mélancolie du kangourou" Laure Manel




Passer du puissant livre de Zafon à ce roman est extrêmement dépaysant. Je ne connaissais pas cette auteure, Michelle ma copine lectrice l'avait mis dans la pile de livres prêtée et elle a eu raison, j'ai passé un excellent moment de lecture.

Un roman sur la résilience.
Antoine, 35 ans, marié à Raphaëlle vit de très beaux moments, ils s'aiment, ils ne manquent de rien, l'envie d'un enfant est de plus en plus présente, la boîte de pilules est jetée à la poubelle et très vite elle est enceinte.
Ils vont être parents pour la première fois, le moment tant attendu est là, le bébé est dans la bonne position, son coeur bat normalement, tout se présente bien, sauf que le pire peut arriver, la petite fille pointe son nez mais Raphaëlle suffoque, convulse et meurt.
Antoine est anéanti, comment aimer cette enfant qui lui a pris sa femme, la petite fille s'appelle Lou, un prénom choisi par Raphaëlle. Antoine est anesthésié, il lui faudra du temps pour la prendre dans ses bras, s'en occuper, beaucoup de temps, Rose la baby-sitter embauchée est jeune, 20 ans, mais elle saura faire aimer Lou à Antoine, elle est pleine de vie, aime la danse, avec elle la vie revient dans cette maison où les portraits de Raphaëlle sont très présents. Les vêtements, le manteau dans l'entrée, la brosse à dents dans le verre, tout est là, personne n'ose y toucher et Antoine ne veut pas.

Vous lirez cette histoire, sans pathos. Evidemment, nous devinons la fin.

J'ai aimé le personnage de Rose, elle est pétillante, j'ai aimé sa délicatesse, ne rien brusquer. 
Antoine est quelquefois irritant, comment peut-on être indifférent devant un bébé, son bébé, il lui faudra du temps pour la prendre dans ses bras, un enfant ressent tout, même s'il ne peut pas s'exprimer.
Nous partagerons quatre année avec eux, avec des absences, des retours, des déprimes, des moments de joie, et la vie qui revient, se donner le droit de vivre sans oublier l'autre qui n'est plus là. La tendresse sans la colère.

Un roman tout en émotion. Un livre sur le deuil. L'auteure arrive à véhiculer des beaux sentiments, elle raconte une histoire crédible.

Bye MClaire.




jeudi 20 septembre 2018

"Carlos Ruiz Zafon - Le labyrinthe des esprits"





J'ai retrouvé "L'ombre du vent" édité en poche, il est sur une étagère au milieu d'autres bouquins, c'est lui qui m'a fait aimer Zafon, c'est le premier livre de la série, très réussi, celui qui donne envie de lire ceux qui suivront.
Je viens de terminer "Le labyrinthe des esprits" le dernier de la saga. 840 pages, un livre qui pèse..
Carlos Ruiz Zafon est un écrivain qui vend, il vit ou a vécu en Californie, loin de l'Espagne, loin de Barcelone, une ville toujours présente dans ses romans, Barcelone magnifique et inquiétante.

Comment faire un résumé de son livre? Impossible, il faut le lire, se faufiler dans son labyrinthe, les personnages sont nombreux, les bons et les méchants. Je pense souvent à Alexandre Dumas que j'ai aimé dans ma jeunesse ou à Eugène Sue "Les mystères de Paris", Carlos Zafon écrivain leur ressemble.
Il nous immerge dans l'Espagne franquiste, nous fait parcourir les rues sombres de Barcelone, nous raconte des faits véridiques, les enfants vendus à des riches familles, des couples qui ne pouvaient pas avoir d'enfants, les parents étaient supprimés, assassinés. Les hommes au pouvoir qui intriguaient, la répression.
Il nous raconte l'histoire d'Alicia, personnage sorti de son imagination, petite fille meurtrie dans sa chair, Barcelone a été bombardée, elle deviendra "l'associée" de Léandro, un policier qui n'hésitera jamais à sortir son arme pour punir. La belle Alicia, jeune fille élégante qui cache une âme sombre.
Nous retrouverons la famille Sempere, libraire, et surtout Fermin, j'adore ce personnage truculent, cultivé, chaque passage où il apparaît est magique.

Daniel, Julian, Fernandito, nous les aimons.

Les lignes consacrées aux livres sont admirables :
"Une histoire n'a ni début ni fin, seulement des portes d'entrée.
Une histoire est un labyrinthe sans fin de mots, d'images et de pensées réunis pour nous révéler la vérité invisible sur nous-mêmes. En définitive, une histoire est une conversation entre une personne qui raconte et une personne qui écoute. Or un narrateur ne peut conter que dans la mesure de ses capacités, et un lecteur ne lit que ce qui est déjà écrit dans son âme.
Telle est la règle d'or sur laquelle repose tout artifice d'encre et de papier, parce que lorsque les lumières s'éteignent, que la musique cesse, que le parterre se vide, seul compte le mirage demeurant gravé dans le théâtre de l'imagination interne de tout lecteur. Et également l'espoir de tout faiseur de contes: que le lecteur ait ouvert son coeur à l'une de ses créatures de papier et lui ait confié quelque chose de lui-même pour le rendre immortel, ne fût-ce que pendant quelques minutes..."

Vous n'êtes pas obligés de lire toute la saga, le roman est très compréhensible, mais je vous conseille de lire "L'ombre du vent" magnifique. Très bizarre, j'en parle, je l'avais rangé et il vient de tomber sur le parquet, je l'avais sans doute mal rangé ou les livres nous entendent, ils ne veulent pas être rangés au "Cimetière des livres oubliés" c'est possible...

Bye MClaire.

samedi 8 septembre 2018

"Un million de minutes" Wolf Kuper.










« Ah, papa, j'aimerais avoir un million de minutes avec toi. Rien que pour les jolies choses, tu vois ? »

Histoire vraie.

J'ai fini de lire ce bouquin il y a trois jours, je n'arrivais pas à me décider à écrire ma gazette, j'avais sans doute encore envie de le garder pour moi, le partager plus tard. Nul ne peut expliquer nos sentiments lorsque nous lisons. Ce livre est touchant, il me correspond, j'ai tellement eu envie de parcourir le monde avec mari et enfants et des sacs à dos, sans jamais oser franchir le pas de la porte, il faut beaucoup de courage pour partir et tout laisser, il faut aussi de l'argent, le quotidien nous rattrape toujours. Rien n'interdit de rêver.
J'ai aussi beaucoup pensé à Louis mon petit-fils qui est parti, il est en Australie, après avoir parcouru la Nouvelle-Zélande, il a le projet de partir en Asie en passant par la Nouvelle-Calédonie, le voyage inverse du livre. La famille Küper a commencé par la Thaïlande et a terminé son périple en Nouvelle-Zélande.

Rien ne prédisposait l'auteur à accomplir ce voyage, il détient un doctorat en politiques internationales de l'environnement, il parcourait le monde pour son travail, un emploi du temps chargé, il travaillait beaucoup, un bel avenir. Deux enfants, Nina et Simon qui venait de naître. Nina est une petite fille différente, elle est très lente, elle déborde de vie mais il lui faut prendre son temps. Son père n'a pas tout son temps, il lui faut s'adapter à ce rythme, jusqu'au jour où l'enfant prononcera la phrase "Ah, papa j'aimerais avoir un million de minutes avec toi. Rien que pour les jolies choses, tu vois?"
Le déclic, sa femme Vera voudrait aussi que Wolf s'intéresse davantage à ses enfants, ils décident de tout vendre, font des calculs pour ne prendre que le nécessaire, les kilos de bagages sont comptés et ils partent. Ce voyage sera t-il bénéfique à Nina? Les médecins parlent de "spécificités comportementales et cognitives".

Je vous laisse découvrir le voyage.

J'ai aimé l'évolution de l'auteur, au départ je pensais que nous allions uniquement suivre l'évolution de Nina, les histoires sont parallèles.
Faut-il travailler autant, gagner beaucoup d'argent, consommer autant, pour être heureux? 
Le passage du livre que j'ai beaucoup aimé est le séjour en Australie-Occidentale, Walpole, Peaceful Bay, Denmark et Albany, le pays du Grand Océan austral, là où l'Océan "se fracasse avec une indomptable sauvagerie contre les falaises rocheuses à pic, en un tonitruant feu d'artifice d'air et d'eau." Le pays des vrais mecs "Wolfi, a man has to do what a man has to do - Un homme doit faire ce qu'il a à faire."
L'amour de leur terre.
"On dirait aussi que cette terre est un lien entre les habitants du village. Comme si vous aviez une sorte de... réseau de racines qui vous reliait. C'est possible?" La solidarité, ils échangent, troquent, se dépannent, on peut aussi glisser un peu d'argent sous un fil tendu autour d'un arbre.

Chacun vit à son rythme, peut explorer son moi intime, se remettre en question.

Faut-il être toujours le vainqueur dans une compétition? La course des escargots est pleine de philosophie.

Les paysages de la Nouvelle-Zélande sont magnifiquement décrits, les petites mésaventures deviennent amusantes sous la plume de l'auteur. 

Le voyage durera deux ans, Nina aura eu son million de minutes.

J'aimerais connaître la suite, que sont-ils devenus? 

J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, il n'est pas encore vendu en livre de poche, il vient juste de paraître. Merci à ma copine scrabbleuse Michelle pour ce prêt, une belle découverte. 

J'ai commencé le dernier roman de Zafon "Le labyrinthe des esprits", un gros bouquin à lire qui devrait me prendre quelques jours, j'aime bien les premières pages.

Bye MClaire.