mercredi 18 décembre 2019

"Une femme aimée" Andreï Makine.




Andreï Makine est né en Sibérie, il a rejoint la France clandestinement en 1987. Il siège à l'Académie Française.
J'avais lu "L'archipel d'une autre vie" et beaucoup aimé.




"Une femme aimée" la vie de Catherine II de Russie, une femme qui a beaucoup aimé, frénétiquement. Une femme amoureuse, qui aimait le sexe, avait de nombreux amants, Pierre III avait un phimosis, ceci explique cela, mais elle fut aussi une grande réformatrice.

L'auteur nous plonge dans ce Siècle des Lumières qui se voulait raffiné, il nous fait rencontrer Voltaire, Diderot, Potemkine qui la trompera et à qui elle offrira la Pologne pour mieux le détruire... Un siècle avec ses zones d'ombre, on tuait beaucoup, on assassinait, la soif du pouvoir et le cynisme dominaient.
Deux siècles plus tard un cinéaste Oleg Erdmann essaie de comprendre le destin de Catherine II, c'est encore l'Union Soviétique des goulags, il ne peut pas filmer la vérité, il y a la censure mais il persiste à vouloir percer le mystère de cette Tsarine.
Oleg vit dans un logement communautaire, nous découvrons mais nous le savions un peu cet immense pays était très pauvre, toutes les vicissitudes de ce peuple qui habite l'Union Soviétique de l'époque sont décrites.

Oleg va t-il arriver à découvrir ce secret à travers les cartes des pays que Catherine aurait traversés clandestinement en compagnie de son amant, Lanskoï qui était beaucoup plus jeune?
A.Makine nous transporte dans la Russie que nous connaissons actuellement, celle des grands oligarques.

C'est un récit entrelacé. J'ai aimé la moitié du livre, j'ai trouvé la suite un peu confuse mais arrivait un passage qui me donnait envie de continuer ma lecture, j'aime l'Histoire. Evidemment, l'écriture est parfaite.

J'ai découvert un Voltaire complexe, désireux d'éradiquer le peuple turc, il prie Catherine de lui confirmer que quinze mille Turcs viennent d'être abattus. "Ainsi, dit-il, mon bonheur sera complet." Finalement rien n'a changé entre les Russes et les Turcs, l'histoire se répète.
L'oligarchie de la fin du XXème siècle, qui existe toujours en 2019.

C'est un livre un peu déroutant mais qui vaut la peine que vous le lisiez si vous aimez découvrir l'histoire d'un pays.
Celle d'Oleg était un peu compliquée, il n'arrivait pas à se définir face à cette société, elle finit d'une façon très apaisante:
-Un homme dans le regard d'une femme aimée.

Bye MClaire.




mercredi 11 décembre 2019

Olivier de Kersauson- De l'urgent, du presque rien et du rien du tout"


Semaine de lecture fantasque, après "La panthère des neiges" quoi lire? J'avais depuis longtemps en attente le livre de Michel Houellebecq "Sérotonine", je ne me décidais pas à l'ouvrir, je n'avais jamais lu cet auteur. 
J'avais certainement raison d'hésiter, il a ses admirateurs qui le trouvent génial, je n'en fais pas partie, je n'ai même pas envie de me justifier, c'est comme ça. J'ai essayé de le lire mais très vite j'ai renoncé, à mon avis il est déprimant, un peu cru, le sexe est le sujet principal des premières pages, rien d'intéressant. Je l'ai refermé, rangé, j'aurais dû persévérer, je n'avais pas du tout envie.


Changement complet d'atmosphère. Lu en quelques heures, ce n'est pas un chef-d'oeuvre mais il se lit facilement, c'est gentillet, un peu irréaliste, tout à fait l'opposé de "Sérotonine".
Louis a 12 ans, élevé par une maman seule qui a voulu cette situation. Louis regrette que sa maman travaille autant, ce matin là il voudrait lui confier ce qu'il ressent pour Isa, son premier amour, elle ne l'écoute pas parce qu'elle est pressée, Louis monte sur son skate, sa mère est avec lui et c'est l'accident, il est renversé par un camion, hôpital, coma, des semaines de coma...La vie de Thelma la maman sera transformée.. Vous lirez la suite.
J'ai bien aimé lire ce bouquin qui dégouline de bons sentiments. J'ai bien aimé lire la liste des envies de Louis, une liste qu'il comptait bien vivre dans la réalité après son adolescence. J'ai appris à parler djeun.
Ce n'est pas d'un grand intérêt littéraire mais il faut bien de temps en temps un livre bonbon, léger malgré la gravité des situations.


Olivier de Kersauson, nous pouvons l'apprécier ou il peut aussi nous laisser complètement indifférents ou nous irriter, lui s'en fiche complètement, il vit sa vie, il est indifférent à presque tout, la mer et son bateau sont ses passions.
Personnellement j'aime le personnage qui ne triche jamais. Il suffit de l'écouter ou de le lire pour ne pas se heurter à son regard perçant qui devine. Il est avant tout un homme libre.

Son livre est construit comme un dictionnaire, il commence par "A côté" et se termine par "Vulgarité". "Il passe au crible notre époque et ses moeurs". 
"Le monde dans lequel je vis est ridicule tout le temps. Les individus se promènent tous à Paris (et dans les grandes villes), j'insiste, avec leur sac à dos. Ils ne le portent pas parce qu'ils arrivent de province avec le casse-croûte, comme on aurait pu le faire dans les années cinquante, non, ils traînent leur sac pour fourrer leur portable, leur ordinateur...Ils transportent tous quelque chose.
Les gens ne vivent plus dépouillés. Or la vie dépouillée est plus belle que la vie "pouillée".
Les gens veulent être reliés, reliés aux autres, reliés à l'actu, reliés à je ne sais quoi. Mais pourquoi diable? Dans quel but?"
J'ai complètement adhéré à certains mots-clés. 
Argent : "Je n'ai pas trouvé ça intéressant dans ma vie. C'est un pouvoir assez vulgaire. Il m'a été donné de rencontrer peu de gens intéressés par l'argent et qui soient eux-mêmes intéressants....
Dans notre société, le fait d'avoir un peu d'argent met à l'abri d'un certain nombre de choses sordides. Mais il demeure que ça ne peut pas être une finalité"
C'est vrai, un peu d'argent mais ne pas tout sacrifier pour en avoir davantage.

Rire : "Le rire est très important. Pourquoi j'aime l'Afrique? Parce que c'est le continent au monde où l'on entend le plus rire. Ceux qui ne rient pas sont incapables de se rendre compte du ridicule comme du dérisoire de leur propre condition. Le rire est un coup de vent qui, parfois, secoue les Terriens."
 Personnellement j'adore rire, je fuis ceux qui ne sont jamais capables d'offrir un sourire

La conclusion que nous pouvons tirer en refermant ce livre est qu'il faut absolument lui foutre la paix, mais alors pourquoi a t-il écrit un livre? Pour nous faire partager sa nostalgie d'un monde disparu? 
J'avais adoré lire "Océan's songs" un vrai talent d'écrivain.

Bye MClaire.



mardi 3 décembre 2019

"La panthère des neiges" Sylvain Tesson.


Vincent Munier


Ce livre existe grâce au talent des deux hommes, l'écrivain et le photographe animalier qui a entraîné Sylvain Tesson au Tibet à la recherche de la panthère des neiges.

Un livre qui est un hommage à la nature.

Ce matin je regardais par la fenêtre, il a gelé cette nuit en Bretagne, je voyais une quantité de pigeons sur la pelouse, ils cherchaient de quoi se nourrir, j'allais quitter la fenêtre et j'ai pensé à la phrase de Sylvain Tesson dans le livre :
"Le jardin de l'homme est peuplé de présences. Elles ne nous veulent pas de mal, mais elles nous tiennent à l'oeil. Rien de ce que nous accomplissons n'échappera à leur vigilance.....Je savais désormais que je n'étais pas seul.
"Les artistes le savent : le sauvage vous regarde sans que vous le perceviez. Il disparaît quand le regard de l'homme l'a saisi"
J'ai de nouveau regardé, je n'avais vu que les pigeons mais il y avait aussi des petites grives et d'autre oiseaux que je n'avais pas vus. Ils se sont tous envolés dés que j'ai porté mon regard sur eux. 

Revenons à nos moutons, non erreur, à nos yacks...

L'auteur, Marie la compagne de V.Munier et Léo se sont envolés pour le Tibet. Sans repères, ils devront être à l'affût pendant des jours dans des conditions spartiates, dans le froid à plus de 4 500 mètres d'altitude, là où vivent des tribus nomades gardiennes des yacks qui ne sont plus sauvages, il y a d'autres yacks qui vivent libres, les drung et qu'ils verront souvent, des chèvres bleues, des renards, des ânes sauvages. Ils finiront par apercevoir la panthère après des jours d'affût.

J'ai tout aimé en lisant ce livre. La culture de l'auteur est immense, il y a de nombreuses réflexions philosophiques, nous apprenons. C'est un homme libre, ses réflexions sur notre vie de nation civilisée sont percutantes, justes et précises, il nous oblige à réfléchir, je ne pense pas qu'il veuille le faire, à mon avis il nous laisse notre libre arbitre lui qui est rebelle à la discipline, il ne se soumet pas, l'humour est souvent là.
J'ai évidemment aimé la description des paysages, des endroits où il ne faut pas tricher. La patience sur les sols glacés.
"Chaque âge a son élégance, chaque époque fait ce qu'elle peut. La nôtre prenait le soleil en slip".
Les enfants, j'ai aimé ce qu'il a écrit :

"A huit ans, ces mômes avaient la notion de la liberté, de l'autonomie et des responsabilités, la morve au nez, le sourire en coin, un poêle comme seconde mère et un troupeau de géants à charge (des yacks). Ils craignaient les panthères, mais portaient un petit poignard à la ceinture et se seraient défendus en cas d'attaque. En outre, ils conjuraient les peurs par leurs chants gueulés dans l'air glacé. Ils n'avaient pas de conseiller d'orientation, ils savaient courir la montagne. Ils circulaient chaque jour devant des promesses de défilés conduisant à des cols ouverts sur l'horizon. Ils échappaient à l'infamie de nos enfances européennes : la pédagogie, qui ôte aux enfants la gaieté. Leur monde avait ses bordures, la nuit ses froidures, l'été ses douceurs, l'hiver ses souffrances. Ils peuplaient un royaume crénelé de tours, percé d'arches, défendu de parois. Ils ne regardaient jamais d'écrans et peut-être leur grâce était-elle proportionnelle à l'absence de haut débit"....

Si vous n'avez jamais lu Sylvain Tesson il faut absolument le faire. Lisez "Berezina " "Sur les chemins noirs" etc. Vous ne serez pas déçus.
"La panthère des neiges" est un livre sublime, il nous rappelle que l'homme n'est qu'un maillon de la chaîne.

Bye MClaire.





mercredi 27 novembre 2019

"Le bal des folles" Victoria Mas.




Une belle surprise, un premier livre très réussi, difficile de le quitter lorsque nous avons commencé à le lire. 
Je n'avais jamais lu l'histoire de l'hôpital de la Salpêtrière, je l'ai fait après avoir terminé le roman. Sous Louis XIII un dépôt de poudre, la poudre devait être fabriquée avec du salpêtre, d'où le nom, puis un asile pour malheureux et un asile d'aliénées à la fin du 18ème siècle. Jeunes, nous avons habité quelques mois boulevard de l'Hôpital, je passais devant la Salpêtrière sans vraiment m'y intéresser. C'est fait.

Chaque année est organisé un bal dans le service des aliénées ou plutôt dans la vaste salle de l'Hospice, le bal de la mi-carême, les femmes attendent ce moment avec impatience, elles se déguisent. C'est une idée du docteur Charcot, une expérimentation, tous les bourgeois de Paris sont invités, ils sont aussi impatients que ces femmes, une curiosité, les voir de si près excite leur imagination. La folie se donnait en spectacle.
Les femmes qui étaient internées n'étaient pas toutes folles, la famille pouvait le faire si la personne ne rentrait pas dans le schéma classique, la moindre déviance pouvait être considérée comme de la folie et Eugénie fille d'un notable en fera les frais, elle voit les morts, les morts lui parlent, chose insensée aux yeux de son père. Elle sera internée.
Elle rencontrera Geneviève, l'intendante qui n'affiche jamais un sentiment d'humanité, il ne faut pas, jusqu'au moment où...
Tous les personnages sont attachants, la petite Louise, Thérèse la tricoteuse qui ne veut surtout pas que la médecine la considère guérie, dehors personne ne l'attend. 
Cette période est le début de la psychiatrie, nous pouvons être révoltés contre ces médecins qui se livraient à des expériences sur des malades qui avaient la parole ligotée.

L'originalité de ce livre est que ce n'est pas véritablement un roman qui raconte une histoire d'amour ou autres. L'auteure a su nous intéresser en écrivant des faits réels comme un roman. Au final le bal n'est qu'un prétexte, quelques pages.
Quel talent..

L'écriture est limpide, très agréable, 

Victoria Mas est la fille de Jeanne Mas la chanteuse mais elle n'a vraiment pas besoin de la notoriété de sa maman pour exister. 

Un très beau moment de lecture, je vous recommande ce livre.

Bye MClaire.



mardi 19 novembre 2019

Nathacha Appanah "Le ciel par-dessus le toit"




Magnifique roman.

Un trio, une mère et deux enfants. Trois personnages cabossés par la vie qui essaient de s'en sortir chacun à leur façon.


Phénix la maman qui ne s'est pas toujours appelée Phénix, dans une autre vie son prénom était Eliette.
Paloma la fille, qui a très vite compris qu'elle devait s'éloigner pour ne pas être dévorée par cette vie qu'elle déteste.
Loup le garçon étrange, mystérieux, écrou 16587, Maison d'arrêt de C...
"Quelle forme prendrais-je sur le mur.
Est-ce que d'autres que moi essaieraient de deviner
Comme dehors on s'allonge sur l'herbe et on démasque les nuages.
Ils diraient je vois je vois
Un chien un insecte un serpent
J'aimerais tant que ce soit autre chose
Un ciel une étoile un rêve...."

Le visage de Loup est beau, le visage d'un "enfant" qui a voulu rejoindre sa soeur au volant d'une voiture qu'il n'avait pas le droit de conduire. Loup est emmuré dans un lieu mais aussi dans sa tête. Cet enfant est terriblement émouvant.

Phénix vit dans une vieille maison au bout d'un chemin, belle mais tatouée des pieds à la tête, une façon de se cacher? Révoltée, son enfance aurait dû être heureuse mais ses parents lui faisaient jouer un rôle qu'elle ne voulait plus tenir, belle petite fille maquillée, habillée comme une adulte, elle devait chanter, jusqu'au jour où elle quitte son enfance en poussant un cri terrible. Un mal-être qui l'empêchera de donner de la tendresse à ses enfants. 

Paloma, la discrète Paloma, celle qui s'asseyait toujours au bord des chaises, en attente. 

Dans cette histoire les pères sont absents. La misère doit-elle se reproduire dans ce milieu dit défavorisé, ce milieu ou le souci quotidien est de survivre? L'auteure laisse une porte ouverte sur un avenir plus prometteur.

Ce livre est doux, quelquefois violent, de la noirceur mais jamais agressif, chaque mot nous parle, chaque mot nous émeut. Je l'ai refermé doucement, sans faire de bruit, je ne voulais pas troubler les retrouvailles d'Eliette, de Paloma et de Loup, ces moments si fragiles où tout peut déraper.
"Tant de choses peuvent changer en dix ans, n'est-ce pas?"

Evidemment le titre est emprunté à un poème de Verlaine, le ciel par-dessus le toit, Verlaine qui avait été emprisonné après avoir tiré sur Rimbaud..

Lisez ce roman, vous ne l'oublierez pas.

Bye MClaire.



mardi 12 novembre 2019

"Agathe" Anne Cathrine Bomann




J'ai préféré écrire une gazette qui parle de ce livre, j'ai eu le temps de lire celui d'E.E.Schmitt après "Agathe", je n'ai pas aimé "Journal d'un amour perdu", pas trop envie d'en parler, en général j'apprécie E.E.Schmitt, il adorait sa mère qui est morte subitement mais de là en en faire un livre de 251 pages, c'est trop, un trop-plein lassant, il y a de beaux passages, pas assez pour passionner la lectrice que je suis.
Revenons à Agathe.

Un livre que je n'aurais pas eu l'idée d'acheter si André un ami Québécois sur Facebook ne l'avait pas recommandé.
Il a eu raison, j'ai beaucoup aimé. Un petit livre, des chapitres assez courts, une écriture pleine de sensibilité. L'auteure est jeune, elle est arrivée à décrire avec des mots justes l'angoisse de ce vieux psy qui vit seul, sa marche vers une retraite qu'il n'a pas préparée, le vide qui l'accompagnera, il compte les visites, le compte à rebours a commencé, que va t-il faire de sa vie ? Une vie passée à écouter celles de ses patients tout en souffrant d'un manque d'amour pour les autres. La solitude, l'angoisse, ces sentiments qu'il a si souvent écoutés vont devenir les siens.
Un psy qui ne doit jamais montrer sa préférence pour une malade, écouter, juste écouter. Agathe Zimmermann est cette malade qui a perdu toute envie de vivre, elle se mutile "J'ai une telle envie de gommer mon visage ; je ne le mérite pas" Cette femme n'est que douleur.
Comment ces deux êtres vont-ils arriver à se comprendre?
Un jour Agathe lui dira :
"Comment pouvez-vous prétendre comprendre les autres si ne savez même pas comment vous allez vous-même ?"

Deux déprimés qui devront apprendre à aimer la vie.

J'ai aussi aimé le personnage de sa secrétaire, Madame Surrugue, effacée, efficace et qui est elle même confrontée à un dur moment dans sa vie sans que le psy s'en aperçoive. 

Un roman émouvant, plein d'humanité. J'ai beaucoup aimé.
Je dois ajouter que l'auteure est thérapeute.

Bye MClaire.



mardi 5 novembre 2019

Philippe Hayat "Où bat le coeur du monde"




Philippe Hayat est entrepreneur, il a créé ou repris des entreprises avec succès, deux livres écrits, deux succès. Il est doué..Vous avez peut être lu il y a quelques années "Momo des Halles", il récidive avec ce roman que j'ai beaucoup aimé.

L'histoire :

En 1935, une famille juive vit heureuse à Tunis dans le quartier de La Hara, Stella la maman, Darius le fils, Sauveur le père. 
Le bonheur s'éteindra le jour où la communauté juive sera persécutée, les Arabes ne tolèrent plus ces juifs qui pour eux ressemblent trop aux Français. Sauveur perdra la vie, Darius perdra sa voix après avoir assisté au lynchage de son père.
Darius muet, Stella le destinera à des études qui devraient lui procurer une grande destinée, elle se sacrifiera pour lui, l'aimera jusqu'à s'oublier, oublier sa vie de femme, travaillera comme femme de ménage pour gagner une misère.
L'enfant apprendra le langage des signes, sa mère aussi, jusqu'au jour où il découvrira le monde de la musique depuis le balcon du théâtre où travaille sa mère. C'est une révélation, il sera musicien, il sera clarinettiste et rien ne le fera changer d'avis, doué il apprendra très vite grâce aux leçons gratuites offertes par un ami de Lou, une jeune femme de la bourgeoisie qui s'est entichée de l'enfant.
La guerre, les soldats américains s'installent à Tunis, Darius rêve de New-York....
Vous lirez la suite...

J'ai tout aimé ou presque, sans doute un peu plus que d'autres lecteurs, j'ai retrouvé l'ambiance de l'Algérie, des communautés qui vivaient ensemble jusqu'au jour où tout a basculé. 
J'ai compris Stella qui étouffait Darius, j'ai compris Darius qui ne voulait qu'une chose, désobéir à cette mère pour accomplir son rêve; Un jour Billie lui dira "D'où tu viens, Darry ? Tu me le diras un jour ?" Billie ne parle pas le langage des signes :
-Il lui aurait parlé de cette petite femme indomptable qui s'était opposée à son art, qui avait tellement réussi à le fortifier qu'il lui avait désobéi. 
Sa vie d'homme avait pu commencer. Un blanc pouvait jouer la musique des noirs.
J'ai aimé Dinah sa compagne, femme fidèle, jamais fatiguée, elle sera celle qui le sauvera.
J'ai beaucoup moins aimé cette ségrégation sociale qui régnait aux Etats-Unis. L'amour perdu de cette maman qui attendra pendant des années le retour de son fils, ils s'écriront.
Il reverra la Tunisie en 1954 "La Méditerranée étincelait sous le soleil de midi. Gammarth, la Marsa..Il mit un nom sur toutes les plages et chercha la pointe de Sidi-bou-Saïd, le mont Boukornine dominait le golfe. Derrière la bande de sable de La Goulette, le lac ressemblait à un coeur."

J'imaginais un avion qui descendrait vers Alger...

Et il y a l'écriture pleine de sensibilité de Philippe Hayat, elle est vibrante d'amour. Le jazz, j'avais envie d'écouter, je suis allée sur Youtube... Ce livre est souvent douloureux mais aussi plein de joie, je l'ai quitté doucement, je n'avais pas envie de le refermer.

Bye MClaire.