dimanche 6 décembre 2015


Gérard Mordillat, un nom qui n'est pas inconnu, écrivain, journaliste, cinéaste. Je viens de découvrir ou de redécouvrir son univers en lisant son dernier livre "La Brigade du rire", j'avais un peu oublié le film "Vive la Sociale" tourné dans les années 1980.

Un bouquin de 516 pages, à lire sans modération, j'ai beaucoup aimé, un livre cocasse, généreux, fantaisiste, souvent émouvant, lucide sur notre société qui se délite et qui abandonne tous les idéaux de la gauche, la déshumanisation du travail, les idéaux de G.Mordillat sont toujours là, père serrurier à la SNCF, mère professeur d'anglais, enfant élevé au son de l'Internationale.
L'auteur est toujours aussi engagé, mais que vous soyez de droite ou de gauche ce livre ne peut que vous intéresser. Il est réjouissant.

L'auteur a une immense culture cinématographique, littéraire, en le lisant j'ai réalisé que j'avais encore beaucoup à apprendre sur le cinéma, les films cultes, le sens des scènes tournées, les acteurs qui n'étaient pas des très bons comédiens mais qui fascinaient les spectateurs, tel Gary Cooper. J'ai appris, j'ai découvert, j'ai redécouvert Hamlet, un chapitre brillant consacré à Shakespeare. 

L'histoire :

Une bande de copains décide d'enlever un éditorialiste du magazine de droite "Valeurs françaises", sans doute "Valeurs actuelles", Pierre Ramut. Cet homme n'a jamais travaillé mais a son mot sur tout, des conseils, des critiques. 
Il est enlevé, renfermé dans un bunker, il est condamné à percer des trous dans des plaques en duralumin, il doit bosser selon ses convictions qu'il expose dans son journal, semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au SMIC, travail le dimanche etc. surveillé jour après jour à tour de rôle par un personnage habillé d'une combinaison et un masque des sept nains sur le visage. Tout à l'air de tenir d'une grosse farce..

Sa disparition restera un mystère pour l'entourage de P.Ramut, pas de revendications, pas de rançon demandée. Sa femme Fabienne est la maîtresse d'Alex un journaliste aux dents longues du même journal, que son mari disparaisse ne l'inquiète pas trop. Ramut, personnage vraiment antipathique sera très vite oublié et remplacé dans son journal.

Dans la bande il y a : Rousseau le beau gosse professeur d'économie, Dylan prof d'anglais qui vit avec les deux jumelles Dorith et Muriel et qui rêve d'écrire "son" livre mais qui n'y arrive pas, l'Enfant Loup garagiste amoureux de Suzanna infirmière en psychiatrie, Hurel l'industriel mais qui lit Marx et Kropotkine, Isaac distributeur de films, Kowalski dit Kol qui a perdu son travail après la fermeture de la librairie et qui fricote avec Betty licenciée également, se greffe Victoria compagne de Richard un de leur bande qui vient de se suicider, il ne supportait plus son infirmité après un accident.
Ils sont tous plus ou moins cabossés par la vie mais l'amitié est leur ciment, leurs convictions de gauche aussi. Cette bande est pleine d'humanité, émouvante, les amours de chacun sont tellement bien écrites.

Un beau passage sur la lecture, un seul livre vraiment lu et nous n'avons pas besoin des autres, nous nous sommes reconnus ou découverts.
"Tu vois dit Kol avec prudence, d'abord j'ai pensé que seul un très petit nombre de livres méritait que l'on s'y plonge jusqu'à s'y perdre ou s'y trouver. A la réflexion, je crois que cela vaut pour tous les livres. Parce que le livre en soi n'est rien, il n'est que le support des mots. Et, que ce soit dans un roman de gare, un traité de géographie ou Le Capital, la vérité de ce que nous sommes peut sortir de n'importe quel mot lu dans n'importe quel livre."

J'ai appris que Claude Sautet disait toujours en lisant un scénario avant de donner son accord pour tourner le film "ça finit comment?" la fin était très importante pour ce réalisateur.
Alors si vous vous posez la question "ça finit comment?" vous n'avez plus qu'à lire ce roman que j'ai beaucoup aimé.
Claude Sautet aurait aussi aimé, lui qui filmait toujours des bandes de copains, leurs chagrins, leurs joies, leur amitié, il ne me reste plus qu'à penser aux acteurs qui auraient pu tourner dans ce film. Ce livre tragi-comique pourrait être un film, Gérard Mordillat doit y penser.

Bye MClaire.



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