vendredi 4 septembre 2015









J'entendais et je lisais partout qu'il fallait absolument lire ce bouquin de Christine Angot, qu'il marquait la rentrée littéraire, j'ai cédé à cet engouement des médias et j'ai bien fait.

J'ai lu un de ses romans mais il y a longtemps, je ne me rappelle même plus du titre, je n'avais pas dû être emballée, puis plus rien, je la trouvais un peu compliquée, nombriliste, agressive, en lisant ce roman j'ai compris. J'ai comme ça des écrivains que je refuse de lire, Amélie Nothomb par exemple, peut être à tort.

L'histoire de ce roman autobiographique se déroule en grande partie à Châteauroux. Nous connaissons très bien cette ville, La Châtre où nous sommes restés presque 20 ans,  se situe à 30 km, c'est le Berry de George Sand, Châteauroux est une ville quelconque, sans âme, la seule attraction à mon époque était les Nouvelles Galeries.
Je reconnaissais la description faite par C.Angot de cette ville de province à la fin des années 50, sa mère travaillait à la Sécu, rue Jacques Sadron, j'ai souvent écrit cette adresse sur des enveloppes avant la carte Vitale. 
J'ai reconnu la cité St-Jean, le Poinconnet et sa forêt, le muguet au printemps, les vieux quartiers et l'Indre qui coule au bout du chemin.
Autant dire que ce livre m'a tout de suite intéressée, dès les premières pages, mais ce n'est pas le principal sujet de ce roman bouleversant. 

Le sujet est l'amour immense d'une mère pour sa fille et d'une fille pour sa mère. Le père n'est pas là ou si peu là.
Rachel Schwartz la mère de C.Angot est élevée par sa mère, le père a aussi disparu sans laisser d'adresse, il fait quelques réapparitions, mais il n'assume pas son rôle de père. Rachel travaillera à la Sécu et fera la connaissance de Pierre Angot au cours d'une soirée, une passion folle, de beaux moments mais tout est dit dès le début, il ne l'épousera pas, elle ne connaîtra pas sa famille, il est issu d'un milieu aisé, elle non "Si tu avais été riche, j'aurais peut être pu" dés le départ les choses sont dites, ainsi il se dédouane si tout se terminait, il l'avait prévenue. Elle veut un enfant de lui, il accepte mais sans vouloir s'en occuper. Christine naîtra dans une clinique de Châteauroux, en présence de la mère de Rachel et d'une amie.
Pierre est reparti à Paris, puis il travaillera à Strasbourg, il verra sa fille Christine lorsqu'elle avait cinq mois pendant une journée, puis plus tard lorsqu'elle aura quatre ans, le jour de l'accouchement un simple télégramme "Désolé, matériellement impossible venir aujourd'hui. Pierre"
Rachel veut croire que tout est encore possible, elle l'aime, comment expliquer l'amour. Mère célibataire à Châteauroux dans ces années-là n'était pas facile à vivre.
Christine Schwartz deviendra Christine Angot beaucoup plus tard.
Mère et fille vivront une vie fusionnelle, la plus heureuse possible ensemble dans ce vieux quartier de la ville où tout le monde se connaît, jusqu'à la mort de la grand-mère, ensuite elles iront vivre dans la cité St-Jean, elles s'adorent, ne se quittent pas et Christine adore faire des "bibis complets" à sa maman, ceux qui commencent par le front et se terminent entre les deux oreilles, c'est une gentille petite fille, intelligente :
-Tu sais parfois j'ai l'impression d'être un petit paquet.
-Un petit paquet? Comment ça un petit paquet ?
-Ben, un petit paquet ! Un petit paquet que tu emportes avec toi, et que tu tiens par une ficelle.

La suite sera beaucoup plus compliquée, le père refait son apparition, il se passera le pire et il faudra du temps à C.Angot pour pardonner à sa mère qui n'a rien vu ou qui n'a pas voulu comprendre, une période où tout devait semblait normal, on ne devait rien dire. Le mot maman sera de nouveau prononcé beaucoup plus tard, lorsqu'elle pardonnera.

C'est aussi un roman sur la différence des classes, la supériorité de l'un qui considère l'autre comme une "merde" qu'il peut écraser à tout moment, qui fait perdre confiance 
Christine dit à sa mère :
-Chaque fois que tu as avancé un pion sur l'échiquier, il a trouvé un moyen pour te faire reculer.
Rachel est à moitié juive, il ne manquera jamais de lui rappeler dans leurs conversations.
De la perversité. J'ai pourtant trouvé le personnage de Pierre inintéressant, petit malgré sa soi-disant culture, mais l'amour que lui porte Rachel lui fait croire qu'il est important, il a besoin de cette jolie fille qui l'admire à son bras pour se sentir important. A t-il eu besoin de violer sa fille pour se sentir exister?
"C'était peut-être un interdit fondamental, mais ça ne le concernait pas. Pas lui. Comme s'il n'était pas mon père et que je n'étais pas son enfant. Il était au-dessus de ça, au dessus de toi, de nous, et des règles sociales d'une manière générale".

Les dernières pages sont magnifiquement écrites. Ce sera la réconciliation entre une mère et sa fille.

Ce roman est poignant, lumineux, des parts d'ombre, une belle écriture, brève, sèche à certains moments, lorsque les sentiments sont absents, une fureur contenue.
J'ai lu ce livre assez vite, je ne pouvais pas le poser. 217 pages passionnantes.

Vous avez compris, j'ai beaucoup aimé.   Bye MClaire.

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