mercredi 23 mars 2016

Marc Trévidic "Ahlam".



Cette semaine j'ai lu deux bouquins, complètement dissemblables.
Celui de Frédéric Lenoir "Coeur de cristal." qui est un conte gentillet, pour les enfants et les adultes, il nous raconte une histoire et nous lisons, pour les enfants de 9-10 ans c'est parfait, pour les adultes, c'est juste un bon moment, retomber un peu en enfance, croire encore aux légendes, oublier le sujet du livre de Marc Trevidic, la montée de l'intégrisme en Tunisie, sujet beaucoup plus préoccupant, angoissant. L'actualité est là pour nous le rappeler.

J'avais à la maison "Terroristes, les 7 piliers de la déraison" du juge antiterrorisme Marc Trevidic. Il tient davantage du "documentaire", le juge se mettait dans la peau des apprentis terroristes, il essayait de comprendre ce qui poussait ces jeunes à partir dans les montagnes afghanes. La difficile tâche des juges : un islamiste est-il nécessairement un terroriste potentiel ? Un jihadiste est-il déjà un terroriste ?
 Dans "Ahlam" l'auteur mêle une histoire d'amour à la montée de l'intégrisme, les périodes avant et après Ben Ali. La Tunisie en toile de fond.

J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt, aucun ennui. C'est le premier roman de l'auteur, les premières maladresses en lisant certains chapitres, ceux qui parlent de l'amour sont inégaux, il y a de belles pages et d'autres un peu trop "appliquées", il s'agit d' un premier roman, c'est pardonnable.
Nous sentons que M.Trévidic est beaucoup plus à l'aise dans la description de ce qui s'est passé en Tunisie, très documenté, pas une fausse note, tout est bien écrit, les enchaînements sont parfaits.

L'histoire :

Paul est un peintre célèbre, 38 ans il décide de s'installer quelques mois en Tunisie, sur l'île de Kerkennah, en face de Sfax. Il a visité cette île avec ses parents lorsqu'il avait 9 ans et en a gardé un magnifique souvenir. Paul est orphelin, ses parents, deux artistes sont morts dans un accident lorsqu'il était enfant.
Il sort d'une histoire d'amour, un chagrin qu'il veut oublier, l'île lui semble le bon endroit pour recommencer à peindre.
Il s'installe à l'hôtel, puis décide d'acheter une grande maison qu'il fait rénover. Il a fait la connaissance d'un pêcheur qui le promène sur sa felouque, il devient l'ami de toute la famille, de Farhat, de la belle Nora sa femme, des deux enfants Issam et Ahlam, et de Fatima la grand-mère.
Les enfants fréquentent beaucoup la maison de Paul après la mort de leur maman, une leucémie foudroyante, Paul décèle des talents chez les enfants, la musique chez Ahlam la fille, la peinture chez Issam. Il s'occupera d'eux sans relâche, pendant des années, né en lui un fol espoir, une oeuvre unique où nous retrouverions la peinture et la musique. Des récitals dans le monde avec les deux enfants qui se transforment en adultes sous ses yeux.
Son rêve ne se concrétisera pas, Issam entraîné par un ami d'enfance basculera dans l'intégrisme, il deviendra l'ennemi de Paul. 

Vous lirez la suite.

Ce que j'ai aimé :

La connaissance parfaite des rouages de l'embrigadement des jeunes, M.Trévidic emploie les mots justes, les mots arabes. La description de ce printemps arabe plein d'espoir pour une certaine jeunesse et qui peu à peu s'est transformé en prison, en intolérance, en barbarie. La Tunisie voulait montrer un autre visage, un exemple de démocratie, rien n'a fonctionné comme prévu. Les terroristes agissent, frappent les femmes qui n'obéissent pas, sèment la terreur, détruisent tout ce qui est l'art, 
L'auteur nous raconte l'histoire de ce pays.

Il y a ces moments de pure beauté, les paysages, le visage d'Ahlam qui ne se soumet pas, elle fait face à l'obscurantisme, pleine de désespoir en constatant la folie de son frère qu'elle adore, il est embrigadé. Les moments passés sur la felouque, la bonté de Farhat, la preuve qu'un musulman peut être ami avec un "infidèle" en sirotant du rosé sur son bateau, loin des autres qui le croient sobre.

Enfin, il y a l'art et la cruauté du monde qui s'opposent.

J'ai un peu moins aimé :

J'ai eu un peu de mal à croire aux scènes d'amour décrites, même si Ahlam semble affranchie, je sais que les coutumes sont plus fortes que tout, elles se renforcent. Les filles de ces pays ne sont pas prêtes de vivre libres ou il faut qu'elles partent loin de la famille. Très difficile de se débarrasser du joug familial.
J'ai quitté l'Algérie à l'indépendance, j'avais 20 ans mais je suis sûre que rien n'a changé, au contraire.

Conclusion, un livre à lire, malgré quelques maladresses. 
L'auteur a tout le temps de se perfectionner pour être un bon romancier, les racines sont là, il ne reste plus qu'à agir en bon jardinier pour que l'arbre produise des beaux fruits, les livres. Bonne chance.

Bye MClaire.



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