dimanche 6 mars 2016

Olivier Adam "La renverse."


Olivier Adam, je serais incapable de dire "Je n'aime pas son livre." Je suis une inconditionnelle, j'ai dû lire une dizaine de romans de cet auteur, jamais très gais, souvent très sombres mais toujours passionnants.
"La renverse" est un livre que je qualifie de furieux, la colère d'un adolescent embarqué dans une histoire qui le dépasse. Un scandale qui va ébranler M. la petite ville où Antoine habite, le sénateur-maire, un queutard, disons les choses crûment, va provoquer un séisme dans la vie de cet ado. Comme toujours Olivier Adam n'a pas son pareil pour nous donner l'impression d'avoir le souffle coupé, le coeur en miettes lorsqu'il écrit, nous découvrons page après page tous les dommages collatéraux que la mauvaise conduite des parents peut causer dans leur famille. La destruction d'une famille.

L'histoire :

Antoine et Camille vivent dans une banlieue de Paris, le père travaille, rentre tard, peu bavard, froid, lâche, ne s'intéresse à ses enfants que pour les réprimander. Une existence tranquille rythmée par la tonte de la pelouse le week-end, les courses au centre commercial, une existence tranquille mais sans chaleur. Sa mère toujours impeccable, lointaine, mais qui veut sembler parfaite aux yeux des habitants de M. Antoine passe du temps chez son copain Nicolas, là où rien n'est pareil, une famille qui semble unie, un peu fantaisiste, j'ai bien écrit qui semble unie.

Un jour, le sénateur-maire jette son dévolu sur sa mère, elle devient sa maîtresse, son adjointe, la vie de la famille explosera lorsque le scandale éclatera, deux employés de la mairie portent plainte pour viol. La mère d'Antoine et de Camille est mêlée à ce scandale, son nom apparaît dans les journaux, aux infos à la télé. La vie devient impossible pour les ados, montrés du doigt au lycée, insultés, obligés d'effacer les graffitis qui salissent leur maison chaque nuit. Toute cette violence est impossible à gérer, Camille fuit chez son oncle à Bordeaux, fragile, il vit moins en retrait que son frère, il entend, voit, tout devient insupportable. Antoine reste encore un peu, mais il fuira aussi, en Bretagne, la Bretagne est toujours omniprésente dans les romans d'Olivier Adam..

Stop, je n'en dis pas plus.

Evidemment malgré l'avertissement au lecteur, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à l'affaire Georges Tron et à DSK, aux scandales politiques et sexuels, le sénateur-maire est un mélange de ces deux hommes.

J'ai été infiniment touchée par le personnage d'Antoine, par son enfance sacrifiée. Ecoeurée de la duplicité des adultes, de leur perversité, révoltée par la communication des médias, toujours un peu corrompus, une race de journalistes prompte à s'emballer, à semer le doute puis à passer à autre chose sans s'inquiéter des dommages, le lynchage médiatique, j'ai peu de considération pour cette profession. Le chantage de ceux qui se considèrent puissants, tu obéis ou tu es viré, la turpitude des politiques. Du manque de tendresse des parents qui sont toxiques dans cette histoire, très toxiques. Quel bonheur d'avoir des parents "normaux", bien que nous ne soyons jamais des parents idéaux, nos enfants nous reprocheront toujours quelque chose.

Et il y a les doutes, les interrogations d'Antoine, et s'il s'était trompé sur l'attitude de ses parents, arrive la période des remords :
"J'étais son fils. J'avais grandi auprès d'elle. Elle m'avait élevé...J'en venais à penser que dans toute cette affaire, c'était moi le plus dérangé, le plus brutal, le plus insensible. Le plus inhumain. Je me disais : même les animaux. Même les animaux ont plus le sens de la famille, plus d'attachement à ceux qui les ont fait naître et les ont élevés que toi."
"Ma mère était-elle seulement coupable ? Et si oui, de quoi ?
Il ira chercher des réponses auprès de la famille de sa mère, qui confirmera plus ou moins ce qu'Antoine pensait de son attitude envers eux, sa mère était bipolaire, malade, elle avait fait plusieurs séjours en clinique. Antoine n'avait aucun souvenir de tout ça, comme souvent il vivait en retrait, il ne voulait pas voir, il se protégeait, il ne connaissait pas ses parents.
Une poignante description de son enfance, de la destruction de tous les liens familiaux. Antoine cherchera la paix de l'autre côté de l'Atlantique, au Québec : Il était temps de commencer à vivre.

J'ai aussi aimé le personnage du libraire qui emploie Olivier en Bretagne, peu bavard mais perspicace. La description de ce morceau de Bretagne, l'odeur d'iode, c'est évidemment la région de St-Malo.

J'ai aimé, beaucoup aimé ce livre très bien écrit, émouvant, comme du Olivier Adam souvent lu.

Bye MClaire.







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