dimanche 13 novembre 2016

"Désorientale" de Négar Djavadi.


Je l'ai terminé aujourd'hui et je n'avais pas envie de le refermer.
Je vais user des superlatifs, roman foisonnant, passionnant, émouvant, bouleversant, on ne peut pas l'oublier.
C'est le premier livre de l'auteure, une vraie réussite, à lire avec attention, les personnages sont nombreux et les noms et prénoms pas du tout habituels pour nous. L'arrière grand-père s'appelle Montazemolmolk, il possède un grand domaine en Iran, une soixantaine de chambres et cinquante deux épouses qu'il honore à tour de rôle, il a aussi vingt-huit enfants. Ils vivent tous dans "l'andanouri" en 1896. Lui était le Khan, le maître absolu.

C'est le début du roman. Nous sommes très vite transportés dans une salle d'attente de l'hôpital Cochin, KImiâ l'héroïne du bouquin veut un enfant par insémination artificielle, Pierre le donneur qui est sensé être son compagnon est séropositif.
Elle est à Paris depuis l'âge de 10 ans, ses parents, une famille aisée sont des opposants au régime du Shah puis de celui de Khomeiny, qui est répressif : "Qui aurait pu imaginer que l'ange n'était en fait qu'un démon, la lumière une illusion ? Qui aurait pu savoir que tel le joueur de flûte de Hamelin, le vieillard conduirait bientôt les enfants de son pays dans une grotte et les y enfermerait ?"

 ils ont été obligés de fuir l'Iran, le père Darius Sadr est parti le premier, sa femme et leurs trois filles suivront, des passeurs se chargeront de leur faire traverser la frontière, des Kurdes en chevaux dans la neige, moments difficiles qui marqueront la mère et les enfants, puis la Turquie et enfin la France, tant attendue, tant aimée dans leurs rêves de liberté.
Ils vivront à Paris et à partir de là le roman nous transportera de Paris en Iran, entre le passé et le présent. Il n'y a pas d'ordre chronologique, mais on ne se perd jamais.

J'ai aimé :

J'ai toujours été touchée par les exilés, qui n'a pas subi l'exil ne peut pas comprendre.

J'ai aimé sentir tous les parfums d'Orient, voir vivre ces familles fusionnelles dans les pays orientaux, les jalousies, les disputes, l'amour, les codes qui régissent les uns et les autres, les conservateurs et ceux qui sous le régime du Shah s'émancipaient. Les intellectuels qui se battent contre toutes les dictatures. 
J'ai compris le désenchantement de cette famille qui arrivait dans un pays tant désiré, pensant y trouver de la compréhension, de l'attention et ne trouvant que de l'indifférence et même un peu d'agressivité. Darius le père si brillant, si admiré par sa femme, homme imprévisible, conquérant perd tout son éclat dans ce petit appartement, loin de l'Iran il n'est plus rien, alors il marche pendant des heures et il écrit.
Paris est gris, Paris est beau pour ceux qui peuvent profiter de ce que cette ville offre. Nous sommes arrivés en 1962 dans une ville que nous ne connaissions pas et l'hiver 1963 avait été terrible, j'ai des souvenirs. J'ai compris.
La famille Sadr navigue entre l'appartement, le supermarché, l'école. Léili la fille aînée et Mina la cadette, sont des enfants sages, Kimiâ la narratrice traîne un mal de vivre, elle se rebelle, fréquente des milieux "underground", les Halles, les punks. Le désarroi de la mère, Sara, un personnage infiniment émouvant, à mon avis le plus beau personnage du roman.
L'errance de Kimiä qui cherche à se débarrasser de cette famille qui lui colle à la peau et qui l'empêche d'être elle même, mal dans ce corps qui ne lui convient pas. 
« Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. »
Kimiâ apaisée, Kimiä qui va être maman, rend visite à sa mère, Sara, dans une résidence, une maison de retraite, un passage qui ne peut pas laisser insensible :
"La décoration de la chambre est chargée. Partout des photos, des objets familiers, des livres, des coussins, un tapis persan couvre le sol. C'est nous qui les avons apportés, dans le but dérisoire de rendre ce lieu chaleureux et de lutter contre l'immense culpabilité qui nous habite depuis que nous l'avons installée ici. Il y a en chacune de nous ce conflit insondable entre la raison et la culture, le fait que nos vies ne nous permettent pas de la garder avec nous et l'honneur persan qui consiste à ne pas abandonner ses parents, quel que soit son état. Sara n'a besoin d'aucun de ses objets. Elle évolue dans une capsule spatio-temporelle où le souvenir n'existe pas."...Elle me regarde. De peur qu'elle me confonde avec quelqu'un d'autre je la devance : "C'est moi Kimiâ."
"Ton père n'est toujours pas rentré, je ne sais où il est. On est vendredi n'est-ce pas ?"
Darius a été assassiné par les amis du régime iranien.
Kimiâ, ne partagera jamais avec Sara sa joie d'être maman. Sara est dans son monde.

Ce livre n'est pas complètement autobiographique, une partie seulement, la première.

A vous de le lire. La lecture est subjective, je me méfie, depuis que j'ai prêté "Une vie française" de J.Paul Dubois que j'avais tant aimé à deux lectrices de mon club et qui m'ont dit en me le rendant "Nous n'avons pas du tout aimé."
Incompréhension de ma part, mais elles avaient le droit de ne pas aimer.

Bye MClaire.








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