dimanche 22 janvier 2017

"Sur les chemins noirs" Sylvain Tesson.




J'ai toujours et j'ai toujours eu une grande admiration pour les gens qui osent, pour ceux qui ne se recroquevillent pas dans leur coquille et qui sont ouverts au monde. Ils ne  sont pas toujours exemplaires mais ils osent..
Sylvain Tesson fait partie de ces hommes, j'ai lu un de ses premiers livres il y a longtemps "On a roulé sur la terre" il était en compagnie d'Alexandre Poussin, nous avions vu un documentaire à la télé, Alexandre avait traversé l'Afrique en compagnie de sa femme Sonia, grand ami de Sylvain Tesson, jeunes ils grimpaient sur les murs des monuments de Paris.
J'ai lu Berezina il n'y a pas longtemps, je n'ai pas lu "Dans les forêts de Sibérie." Nous voulions aller voir le film et le temps est passé.
Sylvain Tesson adore grimper, l'Himalaya, toutes les montagnes, c'était autre chose que de grimper sur le toit d'une maison après une soirée bien alcoolisée, il est tombé, a fait une chute de huit mètres, s'est fracassé sur du béton, brisé, en miettes, le beau visage de cet homme s'est transformé, bouche de travers, crâne défoncé, sourd d'une oreille, l'oeil touché. Colonne vertébrale farcie de clous, les poumons touchés, il est resté quatre mois à l'hôpital et lorsque le médecin a parlé de rééducation, il a préféré marcher sur des chemins oubliés, de la frontière italienne au Cotentin. Marcher sur des chemins plutôt que sur un tapis roulant, c'était son choix. Il avait connu Valparaiso, le Népal, la Russie, il ne connaissait pas le Cotentin. C'est cette histoire qu'il raconte.

Une grande leçon de vie, d'endurance, un récit riche de mots, de beaux mots malgré ses maux qu'il ressent en marchant, les descriptions des paysages écrites dans un langage admirable, des réflexions empruntées à des grands philosophes, Agamben par exemple, les écrans qui prennent possession de nos existences:
"Le corps social le plus docile et le plus soumis que soit jamais apparu dans l'histoire de l'humanité."
Les expériences de Jean-Henri Fabre, naturaliste de la fin du XIXème siècle qui faisait comprendre qu'on pouvait s'ouvrir au monde dans le secret d'un jardin.
Le livre n'est pas qu'un récit de voyage, il est aussi une réflexion sur notre société.
Les campagnes qui se dépeuplent, Les belles rencontres dans des vieux bistros, les derniers.
Ses difficultés à renoncer à l'alcool, absolument interdit, alors qu'il traverse les vignes de Provence. Il ne boira plus, lui qui avait tant abusé. Il doit boire du viandox ! Tout le monde ne connaît pas le viandox, en Mayenne, à Entrammes plus exactement il demande un viandox à la patronne d'un café;
-Qu'est-ce que c'est ? dit-elle.
-Un bouillon, dis-je.
-Jamais entendu. Où trouvez-vous cela ?
-Partout. A Brûlon, il m'en ont servi un hier.
-C'est dans la Sarthe ça! dit-elle. Cela ne m'étonne pas d'eux.

Les milles façons de fuir le monde en dépliant cette carte qui lui indique "les chemins noirs." Une carte IGN, une carte de l'hyper ruralité, qui lui permettra d'éviter les grands centres commerciaux, les autoroutes, les villes.

Il arrive que des amis l'accompagnent pendant quelques jours.

J'ai reconnu les endroits le long de l'Indre, les noms des villages qui sont morts ou en train de mourir. Villages bien vivants, connus il y a longtemps.
J'ai reconnu les endroits où son voyage se termine, dans ce magnifique Cotentin, tout là haut, près du phare de Goury.


La fin du livre est très belle.
"C'est fini", me dis-je. Le destin m'accordait la grâce de marcher à nouveau tout mon soûl et de dormir à la belle étoile, sur les avant-postes vivables : Les vires des parois,
les sous-bois, le bord des falaises. Le pays était là, sous mon dos. Personne ne savait très bien ce que lui promettaient les métamorphoses. Les nations ne sont pas des reptiles : elles ignorent de quoi sera faite leur mue...."

Mais lui sait qu'il peut encore trouver des vallons où s'engouffrer, sans rencontrer personne, tout près de chez lui.
Un livre plein d'humanité.

Un livre qui peut vous donner l'envie d'enfiler vos chaussures de marche, prendre un sac à dos et partir sur ces chemins oubliés où poussent les mûres, des pommiers, des noisetiers.

Il cite une phrase de Bernanos "Il n'y a plus beaucoup de liberté dans le monde, c'est entendu, mais il y a encore de l'espace."

J'aimerais rencontrer Sylvain Tesson au salon du livre de la ville de Vannes, je ne sais pas s'il a déjà fait le voyage Paris-Vannes.

Bye MClaire.


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