mardi 10 avril 2018

Grégoire Delacourt "La femme qui ne vieillissait pas"



J'ai eu la chance de rencontrer Grégoire Delacourt à l'occasion du salon du livre à Vannes. Sympathique, accessible, je lui avais dit que j'avais un peu moins aimé son dernier livre "Danser au bord de l'abîme" ou plutôt quelques passages de ce livre, il savait, il comprenait et avait répondu qu'il reverrait sa copie pour la sortie en livre de poche, si une autre rencontre se présentait, je pourrais lui dire "J'a adoré votre dernier roman".
Ce livre raconte le temps qui passe ou plutôt qui ne passe pas sur le visage d'une femme, Martine, à partir de ses trente ans elle ne vieillit plus, son allure reste la même, sa peau ne flétrit pas, aucune ride. Pour de nombreuses femmes ce serait un bonheur, le rêve, pour Martine, à partir d'un certain moment de sa vie ce sera un cauchemar.
"La vieillesse est une victoire"

L'histoire :

Martine est née dans le Nord dans les années 50, un père handicapé, il est rentré de la guerre d'Algérie avec une jambe en moins, une maman pleine de charme qui veut profiter de sa jeunesse, souvent seule, avec des amies ou des amis, loin de ce mari qui est quelquefois violent après avoir bu, il supporte mal son infirmité, la petite fille observe ce couple, sa maman est sa princesse, elle apprend à différencier les moments où son père est celui qui lui raconte des contes et ceux où il devient colérique. Un jour, sa maman ne rentrera pas, renversée par une voiture en dansant sur la chaussée après avoir vu un film "Une homme et une femme", la petite fille devra apprendre la vie seule.

L'auteur nous raconte toutes les étapes de la vie de Martine (Betty), il y aura la rencontre avec André, l'homme qui sera l'amour de sa vie, mais il y aura aussi ce qui sera pour elle une malédiction, elle ne vieillira pas, toutes les photos prises par Fabrice photographe et fiancé d'Odette sa meilleure amie, la montrent inaltérable, trente ans, quarante ans, cinquante ans, soixante ans, rien ne change. André change, leur fils Sébastien aussi, Martine qui se fait appeler Betty reste la même. Odette vieillit. elle ne peut pas arrêter le temps qui passe, elle livrera son corps à la chirurgie esthétique...

Ce que j'ai aimé :

Des passages "Je désirais une histoire simple, une de celles qui ne font pas les livres mais la vie ; je rêvais de paix et de temps, je rêvais de lenteur, je voulais grandir encore, m'épanouir auprès d'un compagnon comme à l'ombre tiède d'un arbre, je voulais des enfants, des odeurs de chocolat chaud, des toises plus tard aux chambranles des portes des chambres, des dessins maladroits ; je voulais vieillir auprès d'un homme bon, patient, et puis un jour être grand-mère, devenir ces deux petits vieux que l'on croise parfois dans un parc, sur un banc, qui se tiennent la main et dont les beautés ont déteint l'une sur l'autre..."
J'ai aimé l'amour qui unit ce couple.
J'ai aimé André, un homme de la terre qui a appris à connaître le bois, à travailler le bois jusqu'à la perfection. Un homme vrai.

J'ai aimé "On peut mentir aux autres ; à soi c'est plus difficile"

"Il faut que les choses meurent pour que nous ayons la certitude de les avoir possédées"

Les passages sans concession sur la chirurgie esthétique
"La chirurgie était une drogue, un espoir sans fin, après le visage, les lèvres, après les lèvres, les paupières, après les paupières, les seins, après les seins, le ventre, après le ventre, les genoux, et le temps passe et on recommence pour faire passer le temps, on se voit de plus en plus jeune et belle, de plus en plus parfaite, alors qu'on est vue comme une misère"

J'ai aimé le personnage de Françoise, celle qui prendra la place de la maman de Betty (Martine), sa patience, son amour sans faille pour un homme qui finira par confondre Betty et Paule, celle qui s'est fait renverser en dansant sur la chaussée, après avoir vu J.L Trintignant et Anouk Aimée danser après leurs retrouvailles.

"La femme qui est dans mon lit
N'a plus vingt ans depuis longtemps (...°
Et c'est son coeur
Couvert de pleurs
Et de blessures
Qui me rassure."  Georges Moustaki  Cité dans le roman.

Je ne peux que vous recommander ce livre qui se lit trop vite.

J'avais lu juste avant celui-ci, le dernier bouquin d'Eric-Emmanuel Schmitt, 119 pages pour nous raconter ses leçons de piano avec Madame Pylinska, j'ai aimé, toujours plein de sensibilité, j'ai souri.
Je sais, j'emploie souvent le mot AIMER, mais il n'y en a pas d'autres à mon avis, c'est le plus beau.

Bye MClaire.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire