dimanche 4 octobre 2020

Daniel Picouly "Longtemps je me suis couché de bonheur."




J'ai une petite pile de livres à lire mais je n'ai pas pu résister, je l'ai acheté. J'aime lire D.Picouly, bonne humeur assurée, un vrai conteur et il est pareil dans la vie, il se rend tous les ans au Salon du livre à Vannes et il raconte avec des gestes, de l'humour, c'est un régal.

Dans ce livre, il nous transporte dans son univers, la banlieue d'Orly lorsqu'il avait quinze ans, son lycée, son copain Bala, ses profs, en particulier son prof de français Monsieur Taquin, ce prof fou de Proust qui lui fera aimer l'auteur. Sa famille qui habite un HLM, 13 enfants, ce qui n'empêche pas Paulette sa maman de rêver, adopter un enfant malheureux, cela arrivera mais le père lui dira "Tu sais il faudra le rendre." "Les histoires de famille sont des meubles fantômes dans lesquels on butera un jour."  Les années sixties sont si bien décrites, la mobylette, qui se déguise avec un réservoir de moto "ça vieillit un réservoir." Les garçons ont plus de chance auprès des filles.Toute une époque.

En se rendant dans une librairie, l'auteur aperçoit une jeune fille qui tient dans ses mains "La Recherche." Oui, elle lit Proust, il n'en revient pas, il décidera qu'elle sera son Albertine et se prendra de passion pour elle et pour Proust. 

 Monsieur Taquin, le prof de français, est irrésistible. Monsieur Taquin a une vache, pas l'animal, une vache qui est sa serviette où il range les copies corrigées, hélas, il perd sa vache le jour où il doit rendre les notes qui permettront aux élèves de 3B de connaître leur orientation. 

Il n'y a pas que la vache qui disparaît, Albertine aussi est perdue, il faudra la retrouver et l'enlever.

Ce livre est aussi truffé de références littéraires. 

Ce roman je l'ai aimé, il peut ne pas plaire à ceux qui n'aiment pas le mélange de la fiction et de la réalité. Je me suis laissée emporter par le dynamisme de l'auteur, ses bons mots, son imagination.


Bye MClaire.


dimanche 27 septembre 2020

Yasmina Khadra "Le sel de tous les oublis."



 

J'ai découvert cet auteur il y a quelques années, je le lis dès qu'il publie, rarement déçue, une fois peut-être. Le premier livre lu "Les hirondelles de Kaboul." j'avais beaucoup aimé.

"Le sel de tous les oublis." vient de paraître. 

L'Algérie après l'indépendance, la violence règne dans ce pays, les hommes qui sont au pouvoir n'ont pas rétabli la paix et les années 1990 seront celles qui verront une haine se déchaîner entre algériens. Nous faisons la connaissance d'Adem Naït-Gacem, instituteur dans un petit village, dans la région de Blida. Il rentre chez lui, son regard se porte sur une petite valise en carton, il ne comprend pas mais Dalal sa femme luit donnera des explications, elle part, elle en aime un autre.

Séisme dans la vie de celui qui pensait ne jamais connaître l'abandon, plus rien ne sera comme avant, il a honte et décide de tout quitter, son travail, son village, son errance commence.

« Sèche la mer et marche, lui intime le vieillard. Ne t’arrête surtout pas/Et confie ce que tu cherches/À la foulée de tes pas. »

Il rencontrera toutes sortes de personnages, ils lui voudront du bien mais il n'acceptera jamais une main qui se tend, il se mure dans le silence, boit beaucoup, une tristesse infinie l'habite, il recherche quoi? Des hommes veulent le consoler, il refuse.

Une femme, celle qu'il ne faut surtout pas, lui fera croire qu'il est encore vivant.

Il y a de tout dans ce roman, la trahison, la sagesse de ceux qui veulent le sauver, la violence toujours présente, le désir, la philosophie de Mika, le nain protecteur, j'ai beaucoup aimé Mika. L'histoire de l'Algérie se mêle à la fiction. Ce qui est rarissime, Yasmina Khadra ose décrire des scènes un peu osées.

Yasmina Khadra est un véritable conteur, vous lisez, lisez pour connaître la suite. J'ai d'autant plus aimé ce roman puisque je suis née dans ce pays, j'ai tant adoré ce pays que nous avons quitté en 1962, à l'indépendance, j'avais vingt ans. J'ai reconnu les paysages, j'ai compris la honte d'Adem, Dalal était bien courageuse en quittant un mari qu'elle n'aimait plus, un pays où un écart de conduite est sévèrement puni.

"Je l'ignore. Il est des choses qui arrivent et qui nous dépassent" "Tu ne peux pas savoir combien je regrette le mal que je te fais." Mais elle part et il s'effondre.

Je ne dois pas terminer cette gazette sans dire que j'ai trouvé Adem antipathique, c'est peut-être ce qui a fait fuir Dalal?

Lisez ce roman, il devrait vous plaire.

Bye  MClaire.



vendredi 18 septembre 2020

Anne Pauly "Avant que j'oublie."


 

Une copine scrabbleuse me recommandait ce livre "Il faut que tu le lises." J'ai obéi, nous avons souvent les mêmes goûts de lecture.

Ce livre est émouvant, intense d'émotion, vous pouvez rire, sourire et pleurer. L'auteure s'appelle Anne, le personnage principal du livre aussi.

C'est l'histoire d'une famille pas ordinaire, la mère se réfugie dans la religion, elle meurt, le père est brutal, alcoolique mais il sait être tendre, sensible, un mystère. Le frère est silencieux, emmuré dans sa colère. Anne observe, n'a pas la langue dans sa poche et n'arrive pas à détester ce père qui est tout de même un peu cinglé.

C'est l'histoire d'une vie avant la mort de celui qui a vécu dans une maison délabrée au milieu d'un désordre invraisemblable, cette maison située à Carrières-sous-Poissy, il faudra la vider. Se souvenir des mauvais moments et des bons, il y avait des bons moments, des moments où l'homme ne souffrait pas, où il avait balancé la prothèse de sa jambe dans un coin, ou ceux partagés avec sa fille qui le savonnait, le rinçait, le séchait, frictionnait ce grand dos voûté, le crémait, lui tondait les cheveux, il roulait jusqu'à un miroir et disait "Merci ma douce, c'est très bien, me voilà tout propre, tout neuf."

Il y a des scènes vraiment très drôles dans les pires moments, celui où il faudra choisir le cercueil, le père sera enterré pas incinéré "Le pin, ça faisait cagette, barbecue,fin de marché..En plus avec une carcasse pareille, il allait falloir du solide.." les obsèques dans cette église pleine, le prêtre qui se trompe de prénom, qui s'endort. Nous attrapons souvent un fou-rire nerveux pendant des obsèques.

Anne se réconciliera avec ce père énigmatique, le lien se créera, ce sera l'apaisement tout en sachant que perdre ses parents fait de nous des orphelins jusqu'à la fin de notre vie.

C'est une histoire entre un père et sa fille, une fille qui videra la maison, ce moment si particulier où Anne a accès au secret du père. La lettre de Juliette est magnifique. Nous avons le droit de pleurer. Le moment où il faut fourrer dans des sacs poubelles tout ce qui a fait une vie.

Anne a une fiancée qui la soutient.

J'ai tout aimé, vous pouvez lire ce bouquin très vite 138 pages ou choisir de lire lentement ce condensé d'émotion. Anne Pauly a une écriture très particulière, son premier livre.


Bye MClaire.




jeudi 10 septembre 2020

"Yoga" Emmanuel Carrère.



 

Difficile d'écrire une gazette sur un livre qui fait tant parler de lui, toutes les critiques sont unanimes, ce roman, mais est-ce un roman?, est le meilleur bouquin d'Emmanuel Carrère.

J'en ai lu quelques uns de cet auteur, il écrit si bien, j'ai acheté "Yoga" dès sa sortie, je n'ai pas été déçue, j'ai beaucoup, beaucoup aimé.

Ce livre est captivant, j'ai trouvé les 100 premières pages assez ardues, il faut s'accrocher, la méditation ce n'est pas trop mon truc, E.Carrère se rend dans un centre réputé, il prend le chemin du Morvan pour 10 jours de méditation, pas de téléphone, pas de contact avec les autres, ils ne se regardent pas, ne se parlent pas, sauf au bout de quelques jours où il se permet de demander à un participant à quoi il pensait, l'autre lui répond "Aux nichons, aux nichons." J'ai ri.

J'ai aussi appris le nom de ces mouvements qui agitent notre mental et qu'il faut chasser "les vrittis" le yoga aide à les raréfier. 

Il devra interrompre son stage au bout de quelques jours, il se passe quelque chose d'horrible à Paris, l'attentat de Charlie Hebdo en 2015, son ami Bernard Maris a été tué. A partir de cet événement sa vie dérape, lui qui se pensait à l'abri des turbulences va connaître le pire, dépression, séjour en hôpital psychiatrique, pulsion suicidaire, jusqu'à la découverte de son mal, la bipolarité, le lithium le sauvera.

Tout au long du livre nous le suivons dans sa quête du "bonheur", il fera un séjour au milieu des migrants sur une île grecque, quatre jeunes migrants seront ses compagnons, des pages émouvantes.

 Il se décrit sans concession, vrai, ne cache pas ses addictions, un homme qui se cherche.

Je n'ai pas trouvé ce livre noir, au contraire, l'écriture est belle, ce livre est lumineux, il nous fait prendre conscience de notre fragilité ou de notre chance d'être des êtres forts qui aimons la vie, je n'ai pas lâché le livre, regrettant de tourner la dernière page. Je vous le conseille.


Bye MClaire.



vendredi 28 août 2020

"Sofia Aouine - Rhapsodie des oubliés."


 "Cette minute entre l'enfance et la jeunesse est la pire." Cocteau.

Conseillé par François Busnel, c'était écrit sur le bandeau du livre. J'ai lu la quatrième de couverture et j'ai acheté ce livre de poche. Un vrai coup de poing. 

Abad a treize ans, il vit dans le quartier de la Goutte-d'Or dans le XVIIIème, ce n'est pas le quartier le plus chic de Paris, c'est là que ses parents se sont installés après leur départ du Liban, un pays en guerre, ils sont des Arabes pas comme les autres, ils ne ressemblent pas aux Arabes qui vivent dans ce quartier mais pour les autres ils seront toujours des Arabes de Barbès.

Dès les premières lignes du roman nous entrons dans l'univers d'Abad, un gamin en pleine puberté qui ne pense qu'à ça, il sera fiché comme primo-délinquant. "Les adultes oublient toujours leur enfance, c'est pour ça qu'ils deviennent des vieux cons", c'était Odette une voisine qui disait ça. Le père Michel, le prêtre de l'Eglise syriaque avait conseillé à sa mère un pèlerinage au pays ou un exorciste. Il représentait le péché et en dernier recours il sera conduit devant une psy, une dame censée guérir son "dedans", le guérir de la "bagnette". Des belles lignes écrites, la psy est juive, Ethel Futterman elle comprendra la souffrance de cet enfant, j'ai beaucoup aimé ces moments d'apaisement, loin des pseudos imans, des prostituées, des Batman ces filles en jilbab qu'il ne faut jamais regarder sous peine "d'être traqué par un frère qui risque de te couper les couilles". Loin des cassos, des drogués, des Salafistes.

Gervaise est aussi un beau personnage de ce roman, prostituée, enlevée à sa fille qui est restée en Afrique, au Cameroun, elle devra payer une dette pour récupérer son enfant. Son destin sera tragique.

Odette fait aussi partie des personnages que nous n'oublierons pas, elle qui oubliera tout dans une maison de retraite. Elle était celle qui lisait du Camus à l'enfant, lui faisait écouter de la musique, des moments rares. Odette racontait "Alain Bashung a habité ce quartier jusqu'à la fin "La nuit je, la nuit de mens.." Lunettes noires, chapeau vissé au crâne, il errait la nuit et disparaissait dès que le jour se pointait. Il avait toujours vécu là"

Les parents d'Abad ont aussi leurs problèmes, ils sont pauvres, bossent beaucoup pour assurer le quotidien, le père parle peu, cogne souvent, la mère se tait, rase les murs. Après un accident de travail du père, tout se compliquera, il finira par disparaître après avoir vu un documentaire sur le Japon "Les évaporés" ceux qui disparaissent, qui ne seront jamais retrouvés, ceux qui ont honte de leur quotidien. La maman d'Abad finira par confier son fils à l'ASE, "Aide sociale à l'enfance", une famille de la Baie de Somme l'accueillera, sans affection, travaux de la ferme, école. Loin de la rue Léon-Barbès, Abad sera pourtant heureux, baignades, promenades en vélo, il oubliait doucement son quartier.....

J'ai regretté l'absence de conclusion.. Une suite?

Si vous acceptez les mots crus, le langage particulier de ce quartier, la langue du bitume, vous ne pourrez pas rester indifférent à ce roman. Personnellement, j'ai adoré découvrir ce que nous ne côtoyons jamais ou que nous ne voulons pas voir et entendre, le désespoir, la souffrance, la violence. Abad est lumineux. Un très beau premier livre pour cette auteure qui a aussi connu ces quartiers, elle est aujourd'hui reporter radio.

Bye MClaire.












mercredi 19 août 2020

Jean-Christophe Rufin "Le flambeur de la Caspienne."

 


J'apprécie cet écrivain, je ne me suis jamais ennuyée en le lisant, une belle écriture, il nous amène souvent en voyage, il connaît le monde qu'il nous fait parcourir, diplomate, médecin.

Je n'ai pas hésité à acheter ce livre qui nous amène à Bakou capitale de l'Azerbaïdajan, dans une ambassade où est nommé Aurel Timescu, le petit consul que nous connaissons, héros de deux précédents livres. Aurel est toujours aussi paresseux, étourdi, mal habillé et surtout fouineur. La femme de l'ambassadeur est morte dans des circonstances qui intriguent Aurel..

Mais voilà, cette fois-ci je n'ai pas été très captivée par cette histoire. En général j'ai toujours beaucoup de mal à poser le livre qui m'intéresse, là je l'ai posé assez souvent, un livre qui aurait pu être lu en quelques heures a mis plusieurs jours à se refermer. Je l'ai lu jusqu'à la fin, il y a toujours l'écriture de l'auteur qui nous attire.

J'ai aimé la description du pays, Bakou très peu visitée par des touristes et pourtant si attirante. 

J'ai aimé découvrir la vie dans l'ambassade, nous ignorons tout de ce qui se déroule dans ce qui représente la France à l'étranger.

Je n'ai pas aimé quelques passages trop faciles qui n'apportaient rien à la suite de l'histoire, du café se déverse dans une soucoupe, quel intérêt?

Quant à l'intrigue tout était écrit d'avance.

Cela ne m'empêchera pas de lire les bouquins qui suivront, J.C Rufin reste un grand écrivain, mais certainement pas la suite des aventures d'Aurel Timescu.

J'avais rencontré l'auteur au Salon du Livre de Vannes, très accessible, discret, charmant.



Bye MClaire.


mardi 11 août 2020

Mélissa Da Costa "Tout le bleu du ciel."



 


838 pages en livre de poche. Attirée par la couverture, un camping-car, j'avais adoré le film avec Sean Penn "Into The wild", un camping-car, dans le film Sean Penn était seul, dans le livre Emile n'est pas seul.

Emile est atteint pas une maladie rare, un Alzheimer précoce, il a 26 ans, plus que deux ans à vivre au maximum. Il décide de vivre ses deux années loin de ses parents pour ne pas avoir à subir la compassion qui ne manquera pas d'arriver, ses parents voudront qu'il suive un protocole à l'hôpital, il ne veut pas, il veut profiter au maximum de ce temps qui lui reste. Il achète un camping-car, passe une petite annonce "Recherche compagnon(ne) d'aventure pour partager avec moi ce dernier périple."

Il n'attend pas de réponse et pourtant trois jours plus tard il retrouve Joanne sur une aire d'autoroute, elle porte un grand chapeau noir, un seul bagage, un sac à dos. Elle parle peu, semble d'accord sur tout, le road-movie commence et nous transporte à travers les magnifiques paysages des Pyrénées.

N'oublions pas qu'Emile est malade, ses trous de mémoire sont bien présents, ses fugues aussi, mais il y a des moments magnifiques, l'amitié, l'amour, les rencontres, la solidarité. Joanne finit par se confier, son secret est bouleversant.

Je n'en dis pas plus.

J'ai aimé ce livre pour plusieurs raisons, il est poignant, plein d'humanité, malgré la gravité de la situation il y a des moments de rires, de joie, de complicité entre ces deux personnages atypiques. Emile parle avec les mots de son époque et il a une maladie qui touche les personnes âgées, un décalage.

J'ai traversé les Pyrénées avec les personnages, les racines de mon père sont là-bas, nous sommes souvent allés dans cette région, une attirance. L'auteur décrit ces montagnes avec des mots remplis de poésie, l'envie d'aller à Gruissan, au bord des étangs voir les flamants roses, l'envie de monter dans les alpages des Hautes-Pyrénées, de parcourir les Pyrénées-Atlantiques. 

Un reproche, le roman aurait pu être raccourci, il y a quelques longueurs, le lecteur peut avoir envie de sauter quelques pages sans que cela nuise à la compréhension de l'histoire.

Lisez-le, je suis certaine que vous verserez quelques larmes. Etienne aurait mérité de vivre longtemps, un beau personnage, mais...mais, enfin vous lirez la fin du livre qui est pleine d'espoir.

J'ai oublié de parler du petit chat Pok qui les suivra dans leur périple et qui est quelquefois celui qui console Joanne.

Je retourne dans mon transat, il fait très chaud, j'ai commencé le dernier bouquin de J.Christophe Rufin.


Bye MClaire.