samedi 28 mai 2016
"Le cercle des tricoteuses."
Un livre de poche acheté au hasard. Le hasard fait souvent bien les choses, ce roman se lit sans ennui, au contraire.
Il aurait pu être triste, dépressif, mièvre, larmoyant, l'histoire s'y prêtait. Il est plein d'espoir, bien écrit, nous suivons les séances de tricot et les vies de ces femmes avec beaucoup d'intérêt.
Il paraît que le tricot est une véritable thérapie pour oublier nos soucis, nos chagrins, vous tricotez et vous ne pensez à rien, sauf aux mailles qu'il ne faut pas sauter, point envers, point endroit, faire passer un fil, bien arrêter le dernier rang,l'écharpe se tricote de plus en plus vite, il va être temps de passer à la confection d'un pull. Un point à l'endroit, un point à l'envers, une augmentation, une diminution. Un gilet d'enfant rose avec une marguerite jaune sur le devant. Des chaussettes, des bonnets, une couverture.
Il se cache quoi derrière cette frénésie des aiguilles ? Des vies brisées, une maladie, l'attente d'une greffe pour son enfant, une enfant de cinq ans qui vient de mourir alors qu'elle était en pleine santé, une méningite foudroyante, Mary et Dylan ses parents ne savent plus vivre, vivre sans elle est impossible, surtout pour Mary qui sombre dans la dépression, son enfant unique n'est plus là. Dylan voudrait retrouver une femme heureuse, celle qu'elle était avant, avant le drame, mais comment faire ? Il ira chercher ailleurs cette femme qui sait être heureuse, sans amour, il aime Mary mais il n'en peut plus de cette atmosphère pesante. 80% des couples qui perdent un enfant ne s'en remettent pas, ils divorcent. Certains hommes ne supportent pas la maladie, le malheur qui atteint leur famille, ils partent.
Mary poussée par sa mère décide de rejoindre un cercle de tricoteuses pour essayer d'aller mieux, surtout pas pour oublier, on ne peut pas oublier. La mystérieuse Alice anime ce cercle, il y a là Beth femme au foyer et quatre enfants, elle ne sait pas que son univers va s'effondrer. Ellen, la triste Ellen, une fille malade, une vie étriquée, Ellen a besoin de prendre l'air pour fuir cette atmosphère.
Scarlet qui dissimule une partie dramatique de sa vie.
Lulu qui mène une vie bancale, un chat Katmandou mais avant il y avait eu Cat Stevens, les chats sont plus fiables que les hommes. Un jour, mise en confiance, elle racontera...
Il y a les relations difficiles entre une mère et sa fille, des secrets dévoilés un peu tard mais qui rétabliront l'amour entre elles. "Il y a tant de choses que je voudrais t'expliquer."
Je vous conseille ce livre, plein d'humanité, d'entraide, de beaux portraits de femmes, fragiles et fortes en même temps. Mary est le personnage principal du roman. Je ne vais pas oublier Roger le "tricoteur" qui venait avec son compagnon et qui l'a perdu.
" Les feuilles des arbres commençaient à prendre des teintes rouges et orangées. L'air fleurait bon l'automne. C'est avec ces petites choses que Mary découvrait qu'elle avait toujours le goût de la vie. La première pêche juteuse de l'été. Le baiser du soir de son mari. L'inclinaison particulière d'un rayon de soleil aperçu par la fenêtre. L'odeur de la pluie dans l'air. Le bruit des vagues déferlant sur la plage. Sentir un écheveau de laine tout neuf entre ses doigts."
J'ai aimé. Cela ne m'a pas réconciliée avec le tricot, j'ai pourtant des dizaines d'aiguilles qui m'attendent, j'ai souvent essayé, j'ai souvent renoncé..
Bye MClaire.
mercredi 18 mai 2016
Un trésor. J'avais failli l'acheter chez Leclerc-culture à Vannes, la couverture me plaisait, je l'ai acheté à la Fnac d'Aubenas, aucun regret, au contraire.
Premier roman d'Olivier Bourdeaut, un coup de maître, l'auteur a 36 ans. Cancre à l'école, il paraît que l'Education Nationale ne comprenait pas ce qu'il voulait apprendre, il a exercé plusieurs métiers complètement différents avant de se décider à écrire. Il avait beaucoup rêvassé pendant ses années scolaires, son imagination était féconde, son livre est une pépite, à ne pas manquer.
C'est l'histoire d'un amour fou vécu sous les yeux éblouis d'un petit garçon.
Un couple qui s'est formé en un instant, elle a des yeux verts, lui un regard bizarre, une coupe de cheveux démodée, il a l'allure d'un cavalier prussien. Il ment pour raconter des histoires, son fils a longtemps cru qu'il était tueur de mouches, non, il a fait fortune en créant une chaîne de garages qui contrôlent vos voitures au bout de quatre ans, avec l'aide d'un ami sénateur qui lui avait refilé le tuyau, il y allait avoir une loi, il fallait en profiter. Son affaire prospère revendue, il peut enfin vivre chaque minute auprès de sa femme et de son fils.
Il ne faut pas oublier la grue de Numidie, ramenée après un voyage en Afrique, Mademoiselle Superfétatoire. Elle vit dans la maison.
Un autre personnage du roman surnommé "L'ordure", le sénateur qui leur rend souvent visite.
C'est l'histoire d'une femme extravagante, attachante, imprévisible qui glissera lentement vers la folie sous les yeux des deux êtres qu'elle aime le plus au monde. Une famille loufoque mais où l'amour est palpable en lisant chaque ligne.
Le père donne un prénom différent chaque jour à sa femme, ils dansent beaucoup, boivent pas mal, reçoivent de nombreux amis. Ils n'ouvrent jamais leur courrier qui est entassé dans un coin de l'entrée, il ne faut pas gâcher la fête.
J'ai pensé au personnage de "Gatsby le magnifique."
Je ne veux pas trop en raconter, cela briserait le charme de cette lecture si vous vous décidez à acheter ou emprunter ce livre.
Mais je ne résiste pas à l'envie de vous raconter le mensonge du père, il fait croire à une femme qui l'ennuie qu'il est le descendant d'une famille riche de Détroit, constructeur de voitures, mais hélas, il était un enfant autiste jusqu'au jour où il a pu parler, elle lui demande "Quel a été votre premier mot ?" et il répond sans sourciller "Pneu." J'ai éclaté de rire.
J'ai ri, j'ai été étreinte par l'émotion, j'ai adoré cette famille qui se fout des conventions, nous pouvons pleurer et rire l'espace de quelques secondes. Ce roman est déroutant, émouvant. Evidemment, nous devinons ce qui arrivera à la fin du livre.
Nina Simone "Mr Bojangles" nous accompagne tout au long du bouquin.
C'est une de mes plus belles lectures de ces derniers mois.
Une très belle histoire d'amour.
J'espère que ce livre ne restera pas l'unique roman d'Olivier Bourdeaut, mais il a placé la barre très haut.
Bye MClaire.
jeudi 12 mai 2016
Nathalie Côte est musicienne, "Le renversement des pôles" est son premier roman.
« L’amour a ceci de commun avec les chambres à air qu’il éclate sans prévenir quand il ne fuit pas sournoisement. »
Bien écrit, il se laisse lire, mais il ne restera pas inoubliable, l'histoire est un peu banale, certaines jeunes femmes se reconnaîtront dans cette histoire bien de notre temps.
Deux couples, la quarantaine, Claire, Arnaud et leur fils Erwan ; Vincent, Virginie et leurs deux filles se retrouvent dans une résidence de vacances. Ils ne se connaissent pas, ils sont voisins. Ils seront les témoins des insatisfactions des uns et des autres.
Deux couples complètement différents, Virginie souffre d'être un peu ronde, Claire prend soin de son corps et affiche une silhouette parfaite. Arnaud, timide, complètement soumis à sa femme, ne prend jamais de décision au grand désespoir de Claire. Leur relation s'effiloche, Claire rêve d'un autre amour, Arnaud passe du temps sur un site de sexe, seules les images pornographiques lui donnent de la jouissance, il en a honte mais il est complètement addict.
Vincent rêve de devenir riche, Valérie a des exigences, une belle cuisine, une nouvelle voiture, ils achètent tout à crédit, sont un peu raides à la fin du mois. Vincent se fera arnaquer sur un site de bourse en ligne, il perdra les économies faites pour acheter une Tiguan à quatre roues motrices qui a un coffre plus grand que le X1. Valérie n'est pas au courant de la banqueroute, elle découvrira le pot aux roses pendant les vacances.
Les deux femmes sont insatisfaites pour des raisons bien différentes.
Les vacances seront le déclencheur pour prendre des décisions, Claire veut divorcer, Valérie imposera ses choix.
Tous sont des enfants de notre société de consommation, on consomme des maris, des femmes, une voiture, un séche-linge, des langoustine puisqu'ils ne peuvent pas se payer des langoustes. On rêve d'une vie facile sur un yacht qui appartient à Simon, l'amant de Claire pendant quelques jours, elle fantasmera la naïve, lui s'amusera et la rejettera, la renvoyant à sa vie monotone auprès d'Arnaud.
Voilà en gros l'histoire de ce roman. Rien de très original. Nous sommes juste les spectateurs de ce manque de communication, d'amour tout simplement.
J'ai regretté le peu de profondeur des personnages, pas de surprise. C'est vraiment dommage, l'écriture est agréable, l'histoire un peu plate. Pas de cataclysme, le renversement des pôles n'est pas pour aujourd'hui. Bye MClaire.
dimanche 1 mai 2016
Je me suis régalée en lisant ce livre. J'ai presque envie de jouer au camelot "approchez, approchez, achetez ce livre, que du bonheur" le camelot vend souvent de la pacotille mais là non, c'est du solide, du bien écrit, original, palpitant, ça ne ressemble à aucun livre de cet auteur que j'aime.
Dès que David Foenkinos publie, j'achète, j'avais aussi adoré son dernier "Charlotte". Ce que j'aime chez lui, c'est qu'aucun livre ne ressemble à un autre, il nous surprend toujours cet écrivain à la voix tellement douce.
Dans "Le mystère Henri Pick." il nous transporte dans le monde de l'édition, un monde qui peut être cruel ; nous percevons sans cesse son amour des livres, la souffrance de l'écriture, les blessures de l'écrivain qui n'arrive pas à se faire publier. D. Foenkinos a aussi essuyé des refus, il sait de quoi il parle. Proust aussi a eu quelques refus, je n'ai jamais lu Proust, je n'ai pas envie, il aurait pu se retrouver sur une étagère des livres refusés sans que cela me dérange.
"Comment croire ceux qui disent écrire pour eux ? Les mots ont toujours une destination, aspirent à un autre regard. Ecrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir."
L'histoire : Il existe à Crozon dans le Finistère, une bibliothèque municipale tenue par J.P Gourvec, un taiseux, un homme fou des livres et qui sans doute aurait bien voulu écrire le sien, mais il ne l'a pas fait officiellement, mais peut être l'a t-il fait dans le secret, qui sait ? Gourvec a vécu un mariage malheureux, il aurait pu écrire "Les dernières heures d'une histoire d'amour."
Il avait décidé d'ouvrir un espace dans cette biblio, un espace pour les livres refusés, mais les auteurs devaient en personne venir déposer les livres, il voulait faire "des échecs des autres, sa propre réussite." Ces livres restaient là sans que personne ne s'y intéresse, ils prenaient la poussière sous les yeux de Magali la nouvelle bibliothécaire, Gourvec est mort, elle finissait aussi par oublier ces romans, posés là. Les titres les plus farfelus "La masturbation et les sushis" une ode érotique au poisson cru, etc.
Jusqu'au jour où Delphine et Frédéric son fiancé, écrivain refusé, rendent visite à la bibliothèque. Delphine travaille chez Grasset, ses parents ont une maison de vacances à Morgat. En parcourant les rayons des livres refusés, ils tombent sur un roman écrit par Henri Pick qui a tenu une pizzeria à Crozon, intrigués ils demandent l'autorisation de l'amener chez eux pour le lire et c'est une révélation pour Delphine, elle pense qu'il doit être publié, elle en est certaine, ce livre sera un best-seller, mais avant il faut rencontrer la famille d'Henri Pick, Madeleine sa veuve, Joséphine sa fille. Madeleine tombera des nues, elle n'a jamais vu Henri écrire "que la liste des courses". Elle ne peut pas croire qu'elle ait pu vivre si longtemps à côté d'un "Fitzgerald de la pizza." ce n'est pas elle qui dit ça, elle ne connaît pas Fitzgerald. Pour elle ce sera un vrai séisme.
Ce livre bouleversera la vie de toutes les personnes qui s'y intéresseront de près. Des parcours croisés des personnages. Il bouleversera surtout la vie tranquille de Madeleine qui se demande comment son mari a pu lui cacher cette passion d'écrire, on ne connaît jamais les pensées secrètes de l'autre, après tout pourquoi pas ?
Le livre sera un grand succès, mais un homme doute, un ancien critique littéraire, ruiné, un peu alcoolique, désoeuvré, il ne croit pas au buzz, il cherchera à comprendre..
Je vous laisse découvrir la suite, la fin est surprenante, je n'ai pas eu une seconde l'intuition du nom de l'auteur. Tout le talent de D.Foenkinos.
J'ai aimé l'amour des livres, le lecteur qui se reconnaîtra toujours dans un livre "C'est incroyable, vous avez écrit ma vie." Il faut toujours lire le livre qui nous correspond, que ce soit un roman de gare ou le livre ardu d'un philosophe. Peu importe, la lecture est un moment magique.
La description des dérives de la notoriété, tout le monde veut avoir sa minute de gloire et cela passe souvent par la télé, Madeleine non, elle était tranquille dans sa petite maison de Crozon, ce sont les médias qui s'empareront d'elle, même François Busnel a effectué le déplacement, j'ai beaucoup ri, le microcosme parisien au bout du monde.
La façon de créer un buzz. Sa façon malicieuse de mêler des noms réels du monde de l'édition à des noms inventés, quelques bas de page(s) "Comme si la reconnaissance consistait à être compris. Personne n'est jamais compris, et certainement pas les écrivains. Ils errent dans des royaumes aux émotions bancales, et, la plupart du temps, ils ne se comprennent pas eux-mêmes."
J'ai beaucoup aimé le personnage de Magali, si mal dans son histoire de couple et qui retrouve pendant quelques jours le bonheur d'aimer avec un jeune homme qui pourrait être son fils. Là aussi Foenkinos nous émeut.
"Il est difficile de dater le début du déclin d'un amour. C'est progressif, insidieux, l'aisance sournoise des agonies...Quant les enfants seront grands, on pourra se retrouver, pensaient-ils. Ce fut exactement le contraire."
Pour finir, j'ai aimé que cette histoire se déroule à Crozon, en Bretagne, au bout du monde, un merveilleux bout du monde.
J'ai aimé, adoré cette histoire pétillante, ce roman dans le roman, je ne peux que vous conseiller de le lire. Je l'ai lu en deux jours, je l'ai fini dans la voiture, en route pour Vichy, une passagère pas très bavarde dans ce cas là.
Bye MClaire.
lundi 25 avril 2016
Je l'ai lu jusqu'à la dernière ligne et pourtant j'ai souvent eu envie de l'abandonner, pas toujours, il y a des beaux passages. Ce livre me mettait mal à l'aise, je n'ai jamais côtoyé ce genre de personnages, un monde tellement différent du mien.
Vous allez rétorquer que lire c'est ça, se plonger dans un univers que nous ne connaissons pas, je suis d'accord, mille fois d'accord, un livre doit nous faire réfléchir, rêver, pleurer, mais là ça ne me faisait vraiment pas rêver, la coke, le sexe, la misère humaine, je sais que cela existe mais je n'ai vraiment pas envie de lire un roman qui ne parle que des mauvaises choses de la vie.
L'addiction à la drogue n'est pas belle, à l'alcool pas mieux, ne jamais toucher à ces poisons, ce sont des pièges mortels.
Ce qui m'a plu dans ce roman, c'est l'évolution du personnage de Myriam, ce que j'écris est un peu paradoxal, Myriam ne pouvait évoluer qu'en passant par la coke, l'alcool, le sexe, le mal de vivre, c'est le squelette du bouquin, sans ça tout s'effondre.
L'histoire :
Une famille qui se décompose, la mère est partie, a abandonné son mari et ses enfants, sans explication. Ils vivent dans une maison, un lieu indéfini, il y a là Myriam, Nathan qui partira très vite et le père, figure pas très sympathique qui s'occupe très peu de sa fille. Myriam, très jeune, rencontrera un producteur de cinéma, Yann, qui l'épousera. Elle ne connaît rien de la vie, n'a jamais rien appris, elle traîne une mélancolie carabinée, fait l'amour avec Yann mécaniquement puisqu'il faut. Elle se donnera à d'autres assez facilement.
Il y a Maria, la soeur de Yann, qui apprendra tout à Myriam, elle écrit dans un magazine, la coke circule, Myriam y goûte et ne pourra plus s'en passer, l'alcool aussi sera souvent son soutien. Elle évoluera dans ce monde de "bobos".
Une petite fille, Caroline naîtra, là encore rien, aucun sentiment, l'amour maternel n'est pas au rendez-vous. Cela viendra beaucoup plus tard, mais on peut comprendre, Myriam n'a pas connu l'amour de ses parents, elle n'arrive pas à aimer son enfant.
L'indifférence au monde l'habite.
"Quand il rentrait, Yann prenait Caroline dans ses bras et elle cessait de pleurer aussitôt. Il ne disait rien, mais je savais ce qu’il pensait. Il disait Myriam, tout va bien. Or je n’y arrivais pas. Quelque chose me manquait. Ce fameux instinct maternel, cette attirance naturelle que j’étais censée éprouver. Et j’étais si horrifiée, si honteuse de moi que je le cachais. C’était une vraie souffrance. Je devais me forcer avec elle, lui parler, la prendre, lui sourire quand je n’en avais pas"
Tout est sec. Tout est triste. Lugubre.
La mère de Myriam resurgit, Nathan aussi, les liens familiaux sont vraiment délabrés, il faudra faire face à l'Alzheimer du père qui est hospitalisé.
Bon, ça va, vous ne pleurez pas devant toute cette misère. Je n'ai pas pleuré, moi aussi j'avais le coeur sec en lisant ce bouquin, sauf lorsque Caroline apparaît, les enfants sont toujours touchants..
Dans ce roman, P.Djian se perd un peu, j'ai dû quelquefois retourner en arrière pour reprendre le fil de l'histoire.
La fin du livre est pleine de promesses, ouf !
Je l'ai fini, je voulais aller jusqu'au bout. Est-ce que ce livre fera l'objet d'un film ? 37°2 le matin avait été une réussite, le livre et le film.
J'ai le casting pour ce film :
Luc Besson sera le producteur, Maïween sera Maria (elle avait épousé Luc Besson à 16 ans) - Jean Dujardin aura un contre-emploi, il interprétera le personnage de Yann, je vois bien une jeune comédienne un peu sauvageonne dans le role de Myriam, Lou Roy Lecollinet pourrait tenir ce rôle (Trois souvenirs de ma jeunesse.)
Bye MClaire.
samedi 16 avril 2016
Annie Ernaux "Mémoire de fille."
On peut facilement tirer tant de livres de la vie et l'on peut tirer si peu, si peu des livres.
Kafka.
Un livre, cela se dévore et se hume, c’est un parfum qui est une nourriture, une odeur qui est un incendie. Hubert Juin.
(Le double et la doublure.)
Annie Ernaux a tiré de nombreux livres de sa vie, j'en ai lu quelques uns, j'avais beaucoup aimé "Les années", et comme le dit la citation, j'avais dû le humer avant de l'acheter, je fais toujours ça.
Dans son dernier roman, j'hésite un peu à écrire "roman", ce n'est pas un roman, c'est autobiographique comme souvent dans son oeuvre, c'est l'histoire d'une fille de 18 ans qui est elle mais qu'elle appelle sans cesse "la fille de 58", un dédoublement souhaité.
Ce livre devrait être lu par toutes les ados, elles sont si précoces maintenant, ce que nous étions à 18 ans, elles le sont à 14 ans, elles connaissent presque tout de ce qui se passe lorsque l'amour est là, des choses que nous avons longtemps ignorées, nous nous doutions bien que les bébés ne naissaient pas dans des choux et des roses, mais les choses de l'amour restaient un grand mystère, à 14 ans évidemment, nous étions prêtes à croire que nous pouvions avoir un bébé en embrassant un garçon. Je me souviens très bien de l'instant, de l'endroit, où j'ai posé la question à ma mère " On fait les bébés comment ?" Je devais avoir 10 ou 11 ans, ma mère n'a pas évité la question, mais les explications restaient très évasives, la petite graine rejoignait une autre graine.
"Oui, d'accord, mais comment ?" Je pense que je savais mais je voulais qu'elle le dise, qu'elle m'explique. Elle a expliqué brièvement, mais elle n'était pas gênée, ma mère lisait beaucoup, je ne sais pas si elle avait lu "Le deuxième sexe" de Simone de Beauvoir.
Annie Ernaux est née en 1940, elle est de ma génération, je ressens tout ce qu'elle écrit si justement, les interdits, la surveillance maternelle, les amies, les années de pensionnat, les bals où nous pouvions nous rendre qu'accompagnées par un des parents, assis sur une chaise, le cou dressé pour ne rien perdre, si ma mère avait osé mettre trois chaises l'une sur l'autre, elle l'aurait fait. Son désir d'être amoureuse, sa soif de liberté.
Plus tard elle répondra ceci à un journaliste :
Ma mère était une femme extraordinaire qui admirait les livres, la littérature. Quand j'ai écrit des horreurs sur elle dans Les armoires vides, elle n'a rien dit mais elle a dû souffrir. J'en traîne une grande culpabilité. Moi, en écrivant, je sais que j'ai détruit des choses, des gens. Je ne peux pas m'en empêcher... J'ai écrit un roman qui ne fut jamais publié, et j'en ai parlé à ma mère. Je me souviens de sa réaction: «Si j'avais su, j'aurais bien aimé écrire. Si j'avais su. Et aussi, aller à l'école.»
"Moi, mes parents ne m'ont jamais empêchée de lire, j'ai toujours eu accès à tous les livres que je voulais."
Combien de filles se mariaient pour échapper à la domination familiale ? Pas moi, je vous rassure, je me suis mariée à 18 ans par choix, je l'aimais et cela fait 55 ans que cela dure, et je jouais sur deux tableaux puisque nous étions souvent chez mes parents, c'était pratique. Je ne fuyais pas mes parents.
Annie Ernaux oui, elle en avait même un peu honte, un sentiment gênant, ils étaient modestes, les parents de ses amies étaient des notables, elle avait une bourse, ils ne pouvaient pas lui payer ses études. Ses amies ne venaient pas chez elle.
Une occasion se présente, être monitrice dans une colonie de vacances, gagner un peu d'argent et surtout connaître enfin la liberté, ne plus subir le regard de sa mère.
J'ai tout de suite été happée par les premières lignes du livre "Il y a des êtres qui sont submergés par la réalité des autres, leur façon de parler, de croiser les jambes, d'allumer une cigarette. Englués dans la présence des autres. Un jour, plutôt une nuit, ils sont emportés dans le désir et la volonté d'un seul Autre. Ce qu'ils pensaient être s'évanouit. Ils se dissolvent et regardent leur reflet agir, obéir, emporté dans le cours inconnu des choses. Ils sont toujours en retard sur la volonté de l'Autre. Elle a toujours un temps d'avance. Ils ne la rattrapent jamais."
L'Autre est un chef-moniteur, il ne la violera pas, elle était consentante, mais pour une première fois, ce ne sera pas une belle expérience, mais incroyablement elle se mettra à aimer cet homme qui n'a eu aucun respect pour elle, elle a été l'objet d'un plaisir sexuel brut, il ne s'encombrera pas de préliminaires, elle avait été choisie, elle qui ne se trouvait pas belle.
Cette première fois la poursuivra toute sa vie, jusqu'à l'écriture de ce livre.
C'est la raison pour laquelle j'écris plus haut que ce livre doit être lu par les ados qui veulent sauter le pas. La première fois est tellement importante pour une fille, ne pas se donner à n'importe qui, vite fait et mal fait. "Il vous abandonne avec le réel, par exemple une culotte souillée. Il ne s'occupe plus que de son temps à lui."
Suivent les sarcasmes, les moqueries des autres, toute la colonie est au courant. Heureusement, l'auteure se sent au dessus de tout ça. La lecture du "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir, lui donnera les clés pour sortir de ses tourments, elle cessera d'être boulimique, anorexique et ses règles reviendront, l'absence de ce sang lui faisait honte.
Ce livre décrit très bien l'aliénation des femmes qui existe toujours dans certains pays, le pouvoir des hommes sur les femmes.
J'ai beaucoup, vraiment beaucoup aimé ce livre, si bien écrit, si émouvant, si vrai. Annie Ernaux écrit des livres autobiographiques qui se confondent avec notre vie à nous.
Une lecture très forte, j'ai pris mon temps pour lire, chaque phrase est importante. Elle écrit des mots qui sont généralement tus par les femmes, ils sont quelquefois crus mais nécessaires.
Bonne lecture. Bye MClaire.
Plus tard elle répondra ceci à un journaliste :
Ma mère était une femme extraordinaire qui admirait les livres, la littérature. Quand j'ai écrit des horreurs sur elle dans Les armoires vides, elle n'a rien dit mais elle a dû souffrir. J'en traîne une grande culpabilité. Moi, en écrivant, je sais que j'ai détruit des choses, des gens. Je ne peux pas m'en empêcher... J'ai écrit un roman qui ne fut jamais publié, et j'en ai parlé à ma mère. Je me souviens de sa réaction: «Si j'avais su, j'aurais bien aimé écrire. Si j'avais su. Et aussi, aller à l'école.»
"Moi, mes parents ne m'ont jamais empêchée de lire, j'ai toujours eu accès à tous les livres que je voulais."
Combien de filles se mariaient pour échapper à la domination familiale ? Pas moi, je vous rassure, je me suis mariée à 18 ans par choix, je l'aimais et cela fait 55 ans que cela dure, et je jouais sur deux tableaux puisque nous étions souvent chez mes parents, c'était pratique. Je ne fuyais pas mes parents.
Annie Ernaux oui, elle en avait même un peu honte, un sentiment gênant, ils étaient modestes, les parents de ses amies étaient des notables, elle avait une bourse, ils ne pouvaient pas lui payer ses études. Ses amies ne venaient pas chez elle.
Une occasion se présente, être monitrice dans une colonie de vacances, gagner un peu d'argent et surtout connaître enfin la liberté, ne plus subir le regard de sa mère.
J'ai tout de suite été happée par les premières lignes du livre "Il y a des êtres qui sont submergés par la réalité des autres, leur façon de parler, de croiser les jambes, d'allumer une cigarette. Englués dans la présence des autres. Un jour, plutôt une nuit, ils sont emportés dans le désir et la volonté d'un seul Autre. Ce qu'ils pensaient être s'évanouit. Ils se dissolvent et regardent leur reflet agir, obéir, emporté dans le cours inconnu des choses. Ils sont toujours en retard sur la volonté de l'Autre. Elle a toujours un temps d'avance. Ils ne la rattrapent jamais."
L'Autre est un chef-moniteur, il ne la violera pas, elle était consentante, mais pour une première fois, ce ne sera pas une belle expérience, mais incroyablement elle se mettra à aimer cet homme qui n'a eu aucun respect pour elle, elle a été l'objet d'un plaisir sexuel brut, il ne s'encombrera pas de préliminaires, elle avait été choisie, elle qui ne se trouvait pas belle.
Cette première fois la poursuivra toute sa vie, jusqu'à l'écriture de ce livre.
C'est la raison pour laquelle j'écris plus haut que ce livre doit être lu par les ados qui veulent sauter le pas. La première fois est tellement importante pour une fille, ne pas se donner à n'importe qui, vite fait et mal fait. "Il vous abandonne avec le réel, par exemple une culotte souillée. Il ne s'occupe plus que de son temps à lui."
Suivent les sarcasmes, les moqueries des autres, toute la colonie est au courant. Heureusement, l'auteure se sent au dessus de tout ça. La lecture du "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir, lui donnera les clés pour sortir de ses tourments, elle cessera d'être boulimique, anorexique et ses règles reviendront, l'absence de ce sang lui faisait honte.
Ce livre décrit très bien l'aliénation des femmes qui existe toujours dans certains pays, le pouvoir des hommes sur les femmes.
J'ai beaucoup, vraiment beaucoup aimé ce livre, si bien écrit, si émouvant, si vrai. Annie Ernaux écrit des livres autobiographiques qui se confondent avec notre vie à nous.
Une lecture très forte, j'ai pris mon temps pour lire, chaque phrase est importante. Elle écrit des mots qui sont généralement tus par les femmes, ils sont quelquefois crus mais nécessaires.
Bonne lecture. Bye MClaire.
dimanche 10 avril 2016
Denis Lachaud écrit pour le théâtre et le cinéma. Il publie ses romans chez Acte-Sud. J'aime la présentation des livres chez cet éditeur, la largeur du livre, nous reconnaissons tout de suite et les romans ne sont jamais trop épais pour ceux qui aiment lire vite.
Ce livre a été publié en 2009, il ne doit pas exister en livre de poche.
Il était sur une pile de livres à lire, j'avais fini celui de Marc Trévidic, j'ai saisi le bouquin, lu deux pages et je l'ai tout de suite refermé, ce n'était pas le bon moment. Nous allions prendre l'avion, vraiment pas la peine de me filer des angoisses, et cerise sur le gâteau, sur la 5 comme souvent, il y avait un documentaire sur un accident d'avion. Je l'ai reposé en me promettant de le lire en revenant de Lisbonne. C'est fait.
Je l'ai lu avec plaisir, c'est un roman vraiment original qui aurait pu tomber dans la mièvrerie. L'auteur a réussi l'exploit de nous passionner avec l'histoire de deux personnages qui échappent à un accident d'avion, le Boeing est tombé dans la forêt équatoriale, ils sont les seuls survivants, autour d'eux l'horreur des corps mutilés, les chairs brûlées par le kérosène, les cris et ensuite le silence et surtout l'incapacité d'aider les autres à s'en sortir lorsqu'on est soi-même blessé, sauver sa peau, marcher loin de ce brasier, essayer de fermer les yeux pour ne pas voir, ne pas avoir de souvenirs.
Lindsay voit surgir un homme blessé qui l'aidera à atteindre un endroit où des secouristes viendront leur donner les premiers soins. Emmanuel s'effondrera et se réveillera beaucoup plus tard, partiellement amnésique.
"D'où nous vient toute cette énergie, d'où tirons-nous notre énergie, toi et moi, l'énergie de progresser sous la canopée, si ce n'est de l'amour ?"
Le mot AMOUR est écrit, ce livre est un roman sur l'amour qui va lier les deux survivants. L'auteur arrive à nous faire douter sur l'identité sexuelle de Lindsay, est-ce une femme ?
Est-ce un homme ? J'ai longtemps cru que c'était une femme, puis j'ai eu un doute, l'idée que c'était une femme est revenue, on ne le sait qu'à la fin. Il faut être adroit dans l'écriture pour faire douter, ne jamais révéler. Emmanuel était amoureux de Camille, Camille, une fille ? Un garçon ?
J'ai beaucoup aimé l'idée que l'amour était évident entre deux êtres, ce n'est pas démodé d'aimer, j'ai aussi aimé l'amour de la vie lorsque celle-ci risque de nous échapper, les mots sont tellement fluides, précis, beaux.
Lyndsay ne peut qu'aimer cet homme qui a vécu les mêmes moments. On ne sort jamais indemne d'une catastrophe qui a failli nous coûter la vie, les autres ne peuvent pas comprendre, les autres hésitent à poser des questions. On peut difficilement expliquer les névroses qui suivent.
Rencontre complètement improbable, c'était écrit.
Emmanuel l'indécis, le désabusé, le tourmenté qui cherche l'amour à travers des sites de rencontres rencontrera Lindsay qui dans la vie joue la comédie sur des scènes de théâtre, où ? en tombant du ciel. De l'horreur surgira l'amour, une renaissance.
Le blog d'Emmanuel est écrit comme un poème, on ne peut pas parler d'haïku mais ça y ressemble. C'est très beau à lire.
Je ne peux absolument pas dire que vous aimerez tous ce roman, cela m'est impossible. Personnellement j'ai aimé le style, l'histoire, il peut vous surprendre.
Bye MClaire.
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